Catégorie : Tome 1

LES DIEUX COMPLÉMENTAIRES

Avant de considérer l’organisation des douze dieux complémentaires deux à deux, nous pouvons récapituler le symbolisme des douze forces principales qui soutiennent l’évolution humaine.

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Les dieux assistant à la naissance d'Athéna - Musée du Louvre

Les dieux assistant à la naissance d’Athéna – Musée du Louvre

À la base, trois forces doubles (trois dieux et trois déesses) posent les buts et les moyens dans la phase actuelle d’évolution.
Trois déesses (les buts) :
Héra : l’adaptation au mouvement du Devenir selon l’ordre divin sans que rien ne soit laissé en arrière.
Hestia : la réalisation progressive d’une parfaite égalité qui est garante de la croissance du feu intérieur, Agni, le feu sacré.
Déméter : la réalisation de l’union, ultimement dans le corps.

Trois dieux (les moyens)
Zeus : l’expansion indéfinie de la conscience.
Poséidon : l’abolition de l’ego par le nettoyage du subconscient.
Hadès : la victoire sur la mort par l’unité esprit/matière. Cette victoire étant autrefois considérée dans un lointain futur, Hadès ne fut pas été retenu parmi les dieux de l’Olympe, car le chercheur ne pouvait s’adonner consciemment au travail correspondant.

Zeus appartenant au supraconscient, il lui fallait un délégué dans la conscience humaine : c’est sa fille Athéna « le maître intérieur ».
Il se tient au-dessus de l’opposition des contraires, à la limite de la dualité, et intègre donc en lui la construction et la destruction des formes soumises à cette dualité, d’où ses deux fils Arès et Héphaïstos.
Le but ultime de son travail, c’est l’Amour en évolution, symbolisé par Aphrodite qui naquit de son union avec l’océanide Dioné.
Pour parvenir à ce but, il s’appuie également sur deux instances qu’il génère :
dans le cœur véritable, les forces qui travaillent à la construction de l’être psychique par la lumière et la volonté vraie : Apollon et Artémis. Le nécessaire travail de purification/libération est développé dans la branche du Titan Océanos.
dans le mental, l’ascension des plans jusqu’à la gnose surmentale, symbolisé par le dernier dieu arrivé sur l’Olympe : Hermès

Chaque force est d’autant plus efficiente que face à elle joue une force opposée et/ou complémentaire. Par exemple, une tempête émotionnelle générée par le subconscient (Poséidon) appelle une intégration en conscience, une nouvelle unité (Déméter). Les obstacles ne sont plus considérés alors comme des freins à l’évolution mais comme des opportunités.
L’organisation des couples en paires est confortée par le fait qu’il y avait à Olympie un lieu de culte avec six autels (Pindare), dont l’un était dédié au couple Cronos-Rhéa.

Voir la Planche 18

On remarquera qu’Arès a été placé en face d’Aphrodite alors qu’il s’agit d’un couple d’amants, et Athéna en face d’Héphaïstos, le mari légitime d’Aphrodite. Cette disposition concorde avec ce qui a été dit de l’humanité actuelle, de la nécessaire évolution de l’amour au travers de la destruction des formes, et du refus, dans le cadre d’une recherche sincère, de considérer les formes intellectuelles comme véridiques.

Zeus-Héra

Le couple Zeus-Héra représente le principe d’expansion de la conscience et de la puissance de limitation exactement complémentaire qui doit permettre une intégration progressive. Il pourrait aussi être considéré comme le nécessaire va-et-vient entre le moi et le non-moi, qui est le moteur de l’évolution.

Aphrodite-Arès

Le couple d’amants Aphrodite-Arès exprime une union temporaire, tant que l’évolution de la forme (destinée à être une manifestation de l’Amour) exige la destruction de celle-ci du fait de sa cristallisation. Lorsque les formes seront assez souples pour s’adapter au mouvement du devenir, Héphaïstos retrouvera son épouse légitime Aphrodite, couple dans lequel la forme souple et évolutive sera devenue expression de l’Amour.
Ce couple doit nous apprendre le détachement par rapport aux formes quelles qu’elles soient, à accepter joyeusement les transformations dans tous les domaines, y compris celle de notre propre forme mentale/vitale/physique (et donc aussi la mort en tant que processus évolutif) et surtout à « assouplir » notre nature.

Déméter-Poséidon

Le couple Déméter-Poséidon invite à la prise de conscience que l’action du moi subliminal (le moi conscient n’étant que la partie émergée de l’iceberg) est tout aussi importante dans l’évolution que notre démarche consciente (Déméter).
Autrement dit, une partie de nous, inconsciente et en contact avec des forces cosmiques que nous ignorons totalement, œuvre aussi à notre évolution. C’est comme si l’homme était travaillé à la fois par le dessus, l’appel de l’Esprit, et par le dessous, l’aspiration de la Matière à la perfection. Ce double appel lui demande de prendre sa place progressivement dans l’univers, afin de réaliser le lien entre l’Esprit et la Matière. Si l’homme devait s’en remettre à ses propres forces pour évoluer, cette évolution serait infiniment plus lente.
Il nous invite donc à faire confiance à l’action de l’Absolu qui opère pour chacun de la façon la plus appropriée et la plus rapide.
C’est le couple qui nous conduit vers la réalisation de l’Union, vers le difficile équilibre de la matière et de l’esprit : ni fuite dans l’esprit (que cautionnent les croyances en divers paradis, hors de la Terre), ni fuite dans le matérialisme qui rend l’homme esclave des mondes denses et lui fait perdre de vue la divinité de cette matière.

Apollon-Artémis

Le couple Apollon-Artémis exprime les deux pouvoirs de l’être psychique qui s’éveillent en l’homme, la vision de Vérité et l’Acte juste qui opère à partir d’un point de certitude. Ils représentent des réalisations avancées dans le yoga : rappelons qu’Héra sait qu’ils sont appelés à devenir de plus grands dieux que ses propres enfants, lesquels agissent sur les formes par la puissance du mental le plus haut, et non par le pouvoir de l’âme.

Héphaïstos-Athéna

Le couple Héphaïstos-Athéna est aussi, comme celui d’Aphrodite-Arès, un couple temporaire : il nous invite à construire des formes aussi pures que possible en accord avec la croissance de notre être intérieur, des formes mentales pures, des sentiments purs, des gestes purs. C’est-à-dire à abandonner les formes qui ne sont plus utiles à notre évolution et à exprimer ce qui aspire à naître.
Lorsque le temps sera venu, Athéna sera l’épouse légitime d’Arès, c’est-à-dire que l’évolution se poursuivra par un processus d’adaptation-transformation de la forme, et non par sa destruction.

Hestia-Hermès

Enfin, le couple Hestia-Hermès accompagne le chercheur dans sa quête, l’invitant à « connaître » par un continuel échange entre le haut et le centre, entre la tête et le cœur, dans une attitude de rectitude, d’aspiration, de consécration et de gratitude. Il invite à l’accomplissement le plus difficile, le don de soi qui est aussi oubli de soi.
A la rapidité d’Hermès et même du point de vue du mental ordinaire, à sa fulgurance, correspond l’immobilité d’Hestia.

 

 

 

 

 

 

 

OCÉANOS : LES DIEUX-FLEUVES SCAMANDRE ET ACHÉLOOS ET LES OCÉANIDES

Dans la descendance d’Océanos figurent les Océanides et les grands fleuves tels le Scamandre et l’Achéloos.

Voir Arbre généalogique 19 

Héraclès combattant le fleuve Achéloos pour Déjanire

Héraclès combattant le fleuve Achéloos pour Déjanire – Musée du Louvre

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Tandis que la descendance du couple Japet-Clymène représente les efforts dans « l’ascension des plans de conscience », celle d’Océanos-Thétis décrit l’évolution selon la nature, dans l’incarnation. Elle implique tout à la fois une « purification » des plans inférieurs (des déformations issues de l’ignorance et des mélanges de fonctions) et une « libération » des éléments qui furent nécessaires à leur construction mais doivent progressivement être ensuite éliminés (les attachements, les désirs, l’ego). C’est pour cette raison qu’« Océanos coule vers sa source” : le processus de purification/libération doit se poursuivre jusqu’à l’origine de l’évolution.

Les Anciens y ont fait figurer les courants de conscience-énergie qui soutiennent cette évolution.
S’y déploient donc :

–  « les Océanides » ou « Océanines », forces supports de l’évolution selon la nature, infinies modalités de manifestation de l’Absolu dans la création. Elles sont plus de trois mille selon Hésiode, chiffre de l’Absolu (trois) au plus haut niveau (mille).
Avec les fleuves et Apollon, elles aident à élever les jeunes gens. Elles sont donc des aides ou supports pour les chercheurs qui se sont engagés sur le chemin.
Représentées comme de belles jeunes filles, elles furent associées à tort aux Nymphes esprits de la nature (Dryades, Naïades, Oréades, etc.) bien que ni Homère ni Hésiode ne les aient classées dans cette catégorie.

– « les fleuves » décrivant les grandes orientations du travail à effectuer. À travers leur descendance sont exposés les enseignements et les expériences qui accompagnent les différents chemins d’évolution selon la nature. Parmi les plus importants :
dans la descendance du fleuve Inachos « la progression de la concentration », réputé comme le plus ancien des fleuves d’Argolide et origine de la lignée des Inachides, on trouve les processus de purification et de libération, préalables à toute évolution future.
dans la descendance des fleuves Pénée et Asopos, origines des lignées Lapithe et Asopide, figurent les expériences des chercheurs les plus avancés.

Selon Hésiode, il y a tout autant de fleuves que d’Océanides, c’est-à-dire autant de chemins vers l’Absolu que d’êtres humains.

Le nom Océanos (Κ+Ν) représente « une expansion de la conscience selon le processus évolutif de la nature ». La lettre oméga en début de mot, laisse entendre que les phases de cette évolution commencent toujours dans le corps.
Sa partenaire, la Titanide Téthys (Τ+Θ), semble indiquer une évolution dans la « profondeur » de l’être, alors que le couple Japet-Clymène œuvre vers les hauteurs. (Il ne faut pas la confondre avec Thétis (Θ+Τ), fille de Nérée et mère d’Achille.)

Hésiode décrit Océanos comme un « courant entourant la terre de tous côtés », formant ainsi un double éthérique du corps, « source de toutes les eaux, douces et salées ». De même que ce courant se divise en une quantité illimitée de fleuves et de rivières, le corps est parcouru par d’innombrables courants d’énergie.
Dans plusieurs passages de l’Iliade, Océanos est à l’origine de tous les autres dieux, et donc des courants de conscience-énergie qui tous puisent à la même source. (Rappelons qu’il ne doit pas être confondu avec Pontos, ce dernier symbolisant les phases de croissance dans le plan vital.)

Les fleuves sont présents dans les histoires des héros selon les nécessités de l’évolution. Issus directement de la génération des Titans, ils ont rang de dieux.

Les Océanides

Du côté féminin, une multitude d’Océanides compose « la race sacrée des jeunes filles qui, par toute la terre, mènent les jeunes gens à l’âge d’homme », des jeunes filles « aux fines chevilles qui partout disséminées sur la terre et dans les profondeurs de l’onde, exercent en tout lieu même surveillance, enfants splendides entre toutes les déesses ».
Leurs noms signifient « celles qui sont recouvertes, voilées » : ce sont des forces partout agissantes (sur terre et dans l’onde : dans le vital et le mental), mais à l’insu de l’homme.
Déesses de même rang que les dieux de l’Olympe, elles sont immortelles (participent de la non-dualité). Elles agissent dans l’humanité avec une extrême souplesse et délicatesse (aux fines chevilles) : le Divin œuvre en chacun et à chaque instant pour le meilleur de son évolution, avec les plus grandes précautions.
Ce sont elles qui dirigent les mouvements du yoga (les jeunes gens) jusqu’à leur maturité, jusqu’à ce que le chercheur suive sa propre méthode de yoga.

Hésiode mentionne quarante et une d’entre elles, mais l’Hymne homérique à Déméter n’en compte que vingt et une. Certains auteurs, insistant sur une aide particulière dans un moment précis de la quête, en ont ajouté quelques autres.

Les dieux-fleuves

Si les Océanides sont des forces qui soutiennent l’évolution, les innombrables « fleuves tourbillonnants (tournoyants) », représentent les processus évolutifs ou apprentissages conscients (de mouvements qui existent déjà dans la nature). En dehors de l’image de centres d’énergie, peut-être peut-on voir dans les « tourbillons » le fait que les difficultés se représentent encore et encore jusqu’à ce qu’elles soient résolues.

Seuls quelques dieux-fleuves ont une importance majeure, les autres n’intervenant dans les histoires des héros que de façon ponctuelle. Les deux plus grands, l’Inachos et l’Asopos, rassemblent dans leur descendance la quasi-totalité des mythes que nous avons classés dans le processus de purification et de libération. Ils ne sont mentionnés ni par Hésiode ni par Homère mais figurent dès le milieu du 5ème siècle avant J.-C. dans les œuvres d’Eschyle et de Pindare.

L’Inachos

Le dieu-fleuve Inachos (Ν+Χ) est le symbole de « l’évolution du rassemblement de la conscience » ou celui de « l’évolution de la concentration » ou encore de « l’évolution vers le vide, vers l’abolition de l’ego », selon la valeur donnée au Khi. Ce peut être aussi l’image d’une « souffrance (εν+αχος) » laquelle est bien souvent l’élément déclencheur de la quête.
C’est le grand fleuve d’Argolide, la patrie des « lumineux (argiens) » et donc des « chercheurs de vérité ».
Sa descendance regroupe l’essentiel des enseignements et des expériences de cette voie d’incarnation. Les toutes premières générations évoquent également les réalisations spirituelles des civilisations précédentes.

Selon les auteurs, il est soit le père d’Io « l’ouverture de la conscience dans l’incarnation » soit l’un de ses ancêtres. Les générations intercalées dans cette dernière version avaient pour objet, soit d’introduire les Argiens et de faciliter la compréhension (Phoronée « celui qui est porté par l’évolution », Niobé « l’incarnation de la conscience », appelée « la mère de tous les Vivants » car elle incarne la première expérience du chercheur que « ça existe », et Argos « le lumineux ») soit de rendre cohérent le nombre de générations dans les lignées.
À partir d’Io, les sources convergent. On trouve successivement son fils Épaphos, le « toucher de l’Absolu », premier contact du chercheur avec son être psychique, puis les deux jumeaux Agénor et Bélos dont la descendance décrit les enseignements théoriques et pratiques de la « purification » et de la « libération ».

La branche d’Agénor (la purification) se divise à son tour en deux sous-branches. Celle de Cadmos ouvre la lignée royale de Thèbes dont l’objet sera le chemin de reconquête de l’harmonie divine et d’universalisation des centres d’énergie. Celle d’Europe, en Crète, est en rapport avec l’ouverture de la conscience et l’évolution du discernement, et traite des risques associés « d’auto-enfermement » dans les structures mentales à la suite d’expériences majeures (le Minotaure).

La branche de Bélos expose les enseignements théoriques en vue de la « purification » et de la « libération », notamment la victoire sur la peur (Persée) et les travaux d’Héraclès.

Le Penée

Son nom évoque une stabilisation de l’évolution qui implique un chemin d’incarnation (suivant le nom de son épouse, Creuse). Sa lignée traite du manque de purification du vital profond (les Centaures) et de différentes formes d’orgueil spirituel (Ixion, les Molionides et les Aloades) lorsque le chercheur croit être parvenu au plus haut niveau du surmental.
Figure dans cette lignée l’ami de Thésée, Pirithoos « celui qui expérimente rapidement », expression du chercheur qui intègre rapidement les expériences de la vie sans qu’elles aient à être renouvelées et ne s’attarde pas dans les situations non évolutives.

L’Asopos

Avec lui le chercheur quitte les paysages familiers de la quête et s’aventure dans le « bourbier » des mémoires vitales et physiques. Ce fleuve est l’ancêtre du grand Ajax « la conscience supérieure » et d’Achille, le roi des Myrmidons « roi des fourmis », celui qui s’occupe vraiment des « tous petits détails » auxquels on n’attache d’ordinaire aucune importance, et sans l’intervention duquel la guerre de Troie n’aurait jamais pu être gagnée par les Grecs.

L’Achéloos

C’est l’aîné des fils d’Océanos et donc le plus ancien processus d’apprentissage évolutif. Il est aussi « le plus grand fleuve de Grèce », soit l’ascèse la plus répandue. Il créa les îles Échinades : il est à l’origine de la « concentration ». Ce fleuve aux tourbillons d’argent coule en Étolie où se trouve la ville de Calydon : il est donc associé au combat pour la maîtrise des énergies vitales archaïques.
Héraclès dut le défier à la lutte car il prétendait aussi contracter une union avec Déjanire, « le détachement ». Pour cela, le fleuve avait pris la forme d’un taureau « le pouvoir de réalisation dans le mental lumineux ». C’est donc un courant de conscience qui peut se manifester sous différents aspects.
Il est le père des Sirènes, (qu’il eut d’une certaine Stéropé, nom homonyme du plan du mental supérieur) symboles des différents paliers mentaux de « ravissement » que le chercheur peut atteindre au cours de la quête et dont il doit s’éloigner rapidement s’il veut poursuivre le chemin (les Sirènes de la mythologie grecque sont des oiseaux à tête de femme.)
C’est donc le symbole d’une ascèse en vue du « détachement », de la libération sur le plan vital.

Le « divin » Scamandre

C’est le fleuve majeur de la plaine de Troie, que les hommes appellent Scamandre « l’homme (partiellement) réceptif » et les dieux le Xanthe « jaune-doré » : les hommes le considèrent sur le plan mental tandis que les dieux le « voient » selon la couleur de sa vibration. De lui jaillissent deux sources, l’une chaude, l’autre froide : il est le non-duel d’où jaillit la dualité (au niveau solaire de Tiphereth dans l’Arbre de la Kabbale). Il coule dans la plaine de Troie dont les héros appartiennent au mental illuminé, plan de la non-dualité mentale, mais dans lequel l’ego se maintient dans les couches profondes. C’est seulement dans le surmental, plan de toutes les possibilités, que l’ego disparaît totalement. Le Scamandre prend sa source dans l’Ida, la montagne de l’union.

CRONOS : LES DIEUX DE L’OLYMPE ET HADÈS

Hadès est le frère de Zeus et Poséidon. En effet, Cronos engendra avec Rhéa les six dieux principaux qui gouvernent la conscience humaine, Hestia, Héra, Déméter, Hadès, Poséidon et Zeus.

voir Arbre généalogique 17

Hades tenant la corne d'abondance

Hades tenant la corne d’abondance – Musée du Louvre

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Rappelons que la supra-conscience s’identifia avec la conscience mentale lorsque Zeus, le supraconscient, avala Métis « l’intelligence tournée vers le discernement », imposant au vital la domination du mental.
Rhéa, femme de Cronos, faisait l’objet d’un culte sur le mont Thaumasion, nom formé sur la base de celui du deuxième fils de Pontos, Thaumas, symbole du plan du « vital vrai » : ceci confirme le nom donné au règne de Cronos, « l’âge d’or », durant lequel le mental réflexif, qui apporte des déformations et des limitations à la vie, n’était pas encore agissant.

Nous avons déjà étudié les dieux qui font partie de l’Olympe. Au cours de son évolution, l’homme doit intégrer les forces qu’ils représentent, devenant leur égal. Les héros de la guerre de Troie en témoigneront, car ils pourront parfois infliger des blessures aux dieux. L’homme parvenu à ce niveau d’évolution n’est plus soumis aux forces mentales qui parcourent le monde de façon cyclique. Il a atteint le plan du Surmental, celui de la Pléiade Maia, mère d’Hermès, et les réalisations correspondantes avec le sixième fils d’Éole, Périères « celui qui agit de façon juste » ou encore « celui qui est passé au-delà des cycles ».

Il nous faut étudier le sixième enfant de Cronos et Rhéa, Hadès, qui a été jusque-là laissé de côté, car il ne figure pas parmi les Olympiens, du moins aux temps homériques. (Nous aborderons Dionysos plus tard car il tient une place à part, n’ayant pas le rang de dieu dans l’œuvre d’Homère et y étant même à peine mentionné. Cet initié considérait sans doute la voie dionysiaque comme l’un des chemins possibles, mais sans la privilégier, probablement en raison des mélanges toujours possibles avec les énergies du vital.)

HADES

Rappelons que lors de la victoire sur les Titans, Zeus, Poséidon et Hadès se partagèrent le monde, Hadès héritant du monde souterrain, le royaume de l’invisible.

Le nom Hadès, Αιδης, a pour lettres structurantes ΙΔ : c’est donc le lieu de réunification (Δ) de la conscience (Ι) dont l’étape ultime est dans le corps (une fois l’union réalisée dans le mental et le vital). Les Anciens considéraient Hadès comme « α-ίδε(ιν), celui qui n’est pas visible » : son royaume est un lieu où ne peut encore pénétrer la conscience, où l’union se fait dans l’inconscient. Pour y parvenir, il faut avoir vaincu Cerbère – et non pas seulement l’avoir ramené au conscient comme Héraclès le fit -, puis avoir traversé le Styx, ce qu’aucun héros n’a jamais accompli. Lorsque le Styx pourra être franchi, lorsque le travail de Perséphone sera achevé, l’Homme abordera le monde « éternel » (Αιδιος), de l’Unité totale.

Son domaine est celui de ce que nous nommons ici « l’inconscient » selon la définition de Sri Aurobindo, et donc du corps qui renferme la bibliothèque des mémoires de l’évolution. C’est aussi la résidence des « ombres », symboles des expériences qui ont rempli leur rôle.
Cet « inconscient » n’est en aucune façon équivalent à celui de la psychologie moderne qui, lui, concerne les couches peu profondes de ce que nous nommons ici le subconscient, domaine de Poséidon où s’accumulent les moindres sensations ainsi que les « nœuds » résultant de traumatismes émotionnels. Nœuds que le dieu réveille le moment venu, générant des coups de vent ou des tempêtes tumultueuses qui malmènent le chercheur et dont les causes peuvent être ramenées à la conscience sans trop de difficulté.
Il ne faut donc en aucun cas réduire les incursions au royaume d’Hadès des grands héros à la découverte par les hommes ordinaires des contenus de leur subconscient, quel que soit le moyen d’investigation.

Selon Homère, les seuls héros descendus dans l’Hadès de leur vivant (en conscience) sont Héraclès et Ulysse. Héraclès appartenant à la description théorique du chemin, seul Ulysse représente une expérience qui aborde le yoga du corps. Des auteurs plus tardifs ont ajouté Thésée et son ami Pirithoos, ou encore évoquent des héros morts revenus pour une plus ou moins longue période dans le domaine des vivants, tels Sisyphe ou Alceste. (Le mythe d’Orphée est un peu particulier car il comporte de nombreuses versions qui seront traitées plus tard.) Ces auteurs, permettant à des héros imparfaitement purifiés et libérés d’y accéder, soit étendaient abusivement l’Hadès aux régions du subconscient profond, soit semblaient admettre la possibilité d’un travail dans le corps avant que la « libération » ne soit parfaite. Ainsi peut se comprendre le mythe dans lequel Sisyphe, ayant délibérément choisi de ne pas de se faire inhumer selon le rituel, fut autorisé à ressortir des mondes souterrains : tant que le vital n’est pas totalement purifié, l’effort et l’intellect doivent servir au discernement, même si un travail dans le corps a déjà commencé.

Rappelons aussi que le contraire de la conscience est la Nescience, symbolisée par le Tartare et non par l’Hadès (même si certains auteurs tardifs ont inclus le premier dans le second) : l’Hadès est un lieu de ré-union, et non de négation. Et c’est Thanatos et non Hadès qui est associé à la mort du corps physique.

Perséphone, vivant en alternance avec sa mère Déméter et son époux Hadès, montre que la réalisation vers la plus haute union incarnée par Déméter – laquelle appartient aux plus grandes hauteurs de la conscience humaine car elle est la sœur de Zeus – est effectuée par des allers-retours entre l’inconscient et le conscient. Elle « informe » le corps des évolutions de la conscience et inversement. Mais le corps n’est pas – ou du moins n’était pas au temps d’Homère – un lieu évolutif pour l’humanité : Hadès ne se manifeste donc jamais dans la vie des mortels et ne séjourne pas sur l’Olympe parmi les autres dieux. C’est pourquoi Achille dit qu’il préfère être « le plus insignifiant des vivants, un serf, même celui d’un pauvre, plutôt que le roi des morts. »
(Si le corps témoigne de l’unité de la matière, l’apparente immobilité d’Hadès conjuguée au va-et-vient de Perséphone pourrait aussi indiquer qu’une avancée d’un chercheur particulier se répand dans toute l’humanité, par résonnance.)

L’Hadès n’est donc en aucun cas le lieu de l’au-delà de la vie même si les mythes évoquent des « morts », mais un monde de la conscience matérielle où les expériences passées sont intégrées et conservées, et où certains processus poursuivent leur travail, soit qu’ils aient été achevés dans le conscient et le subconscient ordinaire, soit qu’ils aient été chassés de ces plans.

Si ces expériences évolutives sont appelées « ombres » ou « psychai, Ψυχαι » par Homère (avec les lettres structurantes, « ce qui pénètre au centre »), c’est parce qu’elles contribuent à la croissance de l’être intérieur. Ce terme ne désigne aucune des facultés humaines, exprimées par des mots tels que Phrenes (l’esprit), Thymos (l’être vital, principe de volonté) et Noos (l’être mental, la pensée). Il s’agit bien plutôt de ce que nous appelons dans cet ouvrage « l’être psychique », ce corps en formation autour de l’âme comprise comme l’étincelle divine en chacun, et de même nature qu’elle. Ces « ombres » contribuent donc à la croissance de l’être psychique en s’agglutinant au noyau déjà existant. Toutefois, une « ombre » ne peut être assimilée à l’être psychique si le héros n’a pas été enterré chez les vivants selon les rites prescrits, c’est-à-dire tant que le « travail » en question, qu’il semble bénéfique ou maléfique à nos yeux humains, n’a pas épuisé son rôle dans la conscience active. C’est ce qui permit à Sisyphe, représentant de « l’effort » dans le mental, de retourner dans le monde d’en haut.
Un processus évolutif qui a terminé son travail n’a plus de raison de se maintenir dans la conscience. Aussi le chien Cerbère empêche-t-il logiquement le retour des « ombres » vers la lumière, laissant s’en revenir seulement de rares héros, ceux qui retrouvent leur passé évolutif et celui de l’humanité, et peuvent en contempler les évènements comme un tout absolument cohérent.

Cette conception de l’Hadès n’est pas commune à tous les textes mythologiques car il se produisit un lent glissement de sens et le « monde souterrain » qui décrivait tout d’abord une zone particulière de la conscience en vint à désigner la destination des défunts.
Ni « paradis », ni « purgatoire », ni « enfer », il n’a initialement aucune de leurs caractéristiques qui lui furent plus tardivement attribués. Si certains auteurs en différencièrent les régions, c’est sans doute pour distinguer les expériences qui perduraient d’une vie à l’autre (les îles des Bienheureux) et donc liées à l’être psychique, de celles liées à l’existence en cours (le champ des Asphodèles).

C’est là que travaillent les aventuriers de la conscience afin de permettre un jour à l’humanité de franchir le Styx, c’est-à-dire de réaliser l’union dans le corps. Si Hadès lui-même n’est pas hostile, les gardiens de la frontière ultime, Cerbère et le Styx, « glacent d’effroi », car le chercheur y rencontre les puissantes forces des commencements de l’évolution, alors qu’il ne dispose plus des protections liées à la présence de l’ego.

Hadès a différents surnoms tels « le riche » (celui qui comble tous les manques) ou « l’autre Zeus » ou encore « Zeus Katachtonios » (καταχθονιος ΧΘ), c’est-à-dire le supraconscient des profondeurs ou encore « le supraconscient qui se concentre vers l’intérieur de la matière ».
Divinité du monde souterrain, il est par là-même celle des « mines », des potentialités enfouies dans la matière et dans le corps.

Son attribut est logiquement le casque d’invisibilité, et désigne le domaine dont l’homme ne peut être conscient. Ce casque est peut-être aussi le symbole du silence mental qui doit être installé pour celui qui commence la descente dans le corps. Dans l’imagerie, il est souvent représenté avec une clef et une corne d’abondance : il détiendrait la « clef » de la vie, et la « ré-union » offrirait tout ce qui est imaginable.

Si en général c’est un lieu « en dessous », Homère le situe aussi en extrême occident, car l’accès aux mémoires inconscientes les plus profondes exige un long voyage dans le passé évolutif. Ainsi, les âmes des morts se rassemblèrent et vinrent à Ulysse, le plus avancé des chercheurs dans le processus d’union, après qu’il eut remonté le cours du fleuve Océanos qui rassemble les courants évolutifs.

Afin de bien marquer à la fois les étapes de la progression et les possibilités de la conscience dans ce monde souterrain, Homère mentionne différents fleuves : l’Achéron – et son passeur Charon mentionné dès le sixième siècle avant J.-C. par d’autres auteurs – le Cocyte, le Pyriphlégéton et bien sûr le Styx.
Dans sa barque, Charon faisait traverser les ombres contre tribut. Il était décrit comme un génie brutal et tyrannique. Le nom de Charon comporte les mêmes lettres symboliques (Χ+Ρ) que ceux du fleuve Achéron et de Chara « la joie ». Il est donc aussi le symbole du « juste mouvement du rassemblement de l’être ».
Ils délimitent plusieurs régions, différentes selon les auteurs : le champ des Asphodèles, les Champs Élysées aussi nommés « Iles des Bienheureux », auxquels s’ajoutent (dans les récits de Pausanias) les « Iles blanches » réservées semble-t-il aux héros de la guerre de Troie. Ces différentes régions ont pu servir à illustrer les enfers, purgatoires et paradis des conceptions chrétiennes.
Certains ont décrit le champ des Asphodèles comme un lieu morne, conception que ne semble pas partager Homère qui en fait notamment le territoire de chasse d’Orion. Ce dernier y poursuit « les fauves qu’il avait tués lui-même dans les monts solitaires » car une habitude ou un comportement chassé du conscient doit ensuite l’être du subconscient (par exemple dans les rêves) et enfin de ses derniers retranchements dans le corps.

De même, si le royaume d’Hadès est un monde inexorable au sens où la loi de l’Unité ne souffre rien de « vrillé » ou de « mensonger », il n’est en aucun cas un lieu de punition ou de récompense. Ceux qui y endurent des châtiments exemplaires ne sont donc que des éléments indispensables à l’évolution qui prolongent leur « travail » dans l’inconscient, avant d’être définitivement détruits (ou plutôt « épuisés »). Ils n’ont donc strictement rien à voir avec le comportement moral.
Nous voyons par exemple dans l’Odyssée les âmes des « prétendants » de Pénélope, décrits par ailleurs comme de sinistres personnages, gagner le champ des Asphodèles. Ils y sont conduits par Hermès alors même qu’ils représentaient de leur vivant de sérieux obstacles sur le chemin : cela se comprend mieux lorsque l’on sait qu’ils représentent le meilleur de l’ancien, la sagesse et la sainteté. Dans les mythes, le « bien » comme le « mal » apparent concourent à l’évolution.
Dans le même ordre d’idées, le fait que des crimes puissent être punis dans les enfants ou la descendance signifie seulement que les éléments correspondants doivent être redressés à une autre étape du chemin. Ce qui n’est pas incompatible avec le karma transgénérationnel, comme cela semble se confirmer dans les sciences actuelles – psychologie, génétique, etc. – qui découvrent que les enfants doivent intégrer et/ou résoudre ce qui ne l’a pas été par les générations précédentes.

Les idées de réincarnation et de métempsychose n’apparaissent pas dans les textes d’Homère et d’Hésiode. Elles semblent avoir été introduites à la charnière des périodes archaïque et classique (entre le 6e et 5e siècle avant J.-C.), charnière marquée par les tragiques, (Eschyle, Sophocle, et Euripide), les Pythagoriciens, Platon et les premiers Orphiques. C’est de cette époque que date la confusion entre « l’au-delà » de la vie et l’inconscient, « royaume d’Hadès », laquelle peut cependant s’expliquer si l’on considère que l’au-delà était – et demeure encore – un royaume de l’inconscient.

En décrivant l’Hadès comme « la région où se jette dans l’Achéron le Pyriphlégéthon et le Cocyte dont les eaux viennent du Styx », Homère précise la relation entre les courants de conscience qui y sont actifs. La littérature eschatologique, interprétant ces noms, y a vu « l’effroi », « les lamentations » et « les flammes brûlantes », mais on cernera mieux leur sens véritable avec les lettres structurantes.

Le Styx, celui « qui fait horreur et qui glace d’effroi » ou « qui est détestable, haïssable » est le symbole de la barrière ultime pour réaliser la réunion dans le corps. C’est le courant de conscience-énergie le plus ancien, car Styx est « la fille ainée » d’Océanos, père des fleuves et des rivières. Il « redresse tout selon la Vérité, ΣΤ+Ξ », ou « la rectitude (ou l’intégrité) sur tous les plans de l’être ». Cette absolue mise en ordre est la nécessité fondamentale pour celui qui s’aventure dans le yoga du corps au niveau cellulaire.
Les eaux du Styx alimentent le Pyriphlégéthon « le feu qui brûle à l’intérieur » et le Cocyte, ΚΩ+Κ+Τ, un « élargissement de la conscience vers l’esprit et vers la matière.
Ces deux derniers fleuves se déversent à leur tour dans l’Achéron, « le mouvement juste au centre (de la matière) » Χ+Ρ », qui est le fondement. Ces deux fleuves qui « coulent en sens opposé » sont en relation avec les deux courants du Caducée. Ils se rejoignent devant « la roche de basalte noir » tout au fond de la conscience dont parlent les Védas, Sri Aurobindo, Mère et Satprem, qui rend inaccessible à l’homme les formidables pouvoirs divins tapis au creux de la matière.
L’aventurier de la conscience doit descendre dans les marais nauséeux où se rejoignent les deux courants qui alimentent le processus évolutif, celui du feu brûlant de l’union et celui glacé de la séparation.

Selon Hésiode, le Styx est constitué d’un dixième du fleuve Océanos, tandis que les neuf autres « s’enroulent en tourbillons argentés autour de la terre et du vaste dos de la mer ». Cette description confirme que c’est un courant de conscience immédiatement au contact du corps. Premier né d’Océanos, il témoigne que la cessation du « fonctionnement vrai » fut le premier élément perturbateur qui se manifesta dans l’évolution et le Styx constitue donc l’ultime barrière sur le chemin du retour permettant la « libération » du corps, après celles du mental et du vital.

C’est donc par l’eau du Styx que les dieux prononcent leurs serments solennels, car elle ne peut souffrir le moindre mensonge. (Les dieux ne peuvent jurer par un élément au-delà du Styx, car ils n’ont pas accès au monde supramental.) « Et si un dieu se parjurait, il était privé de parole et de souffle, de nectar et d’ambroisie, et plongé dans une grande torpeur pendant une année des dieux. Cette peine purgée, il était banni de la compagnie des dieux pendant neuf ans. » Le parjure d’un dieu, et donc d’un représentant d’un monde avoisinant le monde de Vérité, le Supramental, semble chose impossible, sauf à considérer les dieux comme des forces en croissance. Leurs « parjures » correspondent donc à des ordres de notre être le plus haut ou le plus profond qui n’ont pas été suivies d’effet. Ce qui a pour conséquence une suspension de l’action de la force correspondante pendant une longue période (une année des dieux). Cette phase terminée, le chercheur aura encore beaucoup de difficulté pour réintégrer cette force à sa quête de façon coordonnée, le temps d’une gestation symbolique (neuf ans). Par exemple, si le chercheur ne « tranche » pas alors qu’il sait devoir le faire à un moment donné – fonction représentée par le dieu Arès – non seulement il n’en aura plus l’occasion pendant longtemps, mais encore, par la suite, il aura du mal à le faire de façon juste. Les « éveillés », que l’on a décrit comme « ceux qui ne s’arrêtent jamais », sont aussi ceux qui suivent exactement les ordres intérieurs et évoluent très vite.

Cette mise en garde contre les conséquences de la négligence des ordres intérieurs semble assimiler celle-ci aux seules fautes vraiment graves sur le chemin, celles qui sont punies par les Érinyes « les gardiennes du mouvement juste ». Ces dernières punissent les crimes familiaux, les pires d’entre eux étant ceux commis envers les parents et les descendants, ceux qui coupent de la source divine (meurtre contre les parents) ou ceux qui empêchent certaines évolutions (infanticide).
Cette négligence peut aller jusqu’au refus de la tâche que l’âme s’est fixée pour cette l’incarnation, tâche qui implique la Volonté profonde et non celle de l’ego. Trahir cet engagement est la seule « faute » que l’homme puisse vraiment se reprocher à lui-même, dans la mesure où il en est devenu conscient.
Zeus et les divinités de l’Olympe sont donc obligés d’obéir aux Érinyes. Nées du sang d’Ouranos, elles ont à peu près même rang que les Titans si ce n’est un rang supérieur. Ce sont les gardiennes de l’ordre divin le plus haut, à l’origine de la manifestation, au-delà même de la création.

Notons que Léthé « l’oubli » a été mentionné beaucoup plus tard parmi les fleuves du royaume d’Hadès, dans la littérature eschatologique où il représenta sans doute la conscience humaine oublieuse de son origine. Le chercheur accédant à l’inconscient retrouvait par le franchissement du Léthé toute sa « mémoire ». Chez Hésiode, Léthé est seulement fille d’Éris « la discorde » (sens obtenu avec la valeur inversée du Rho, symbole du mouvement de séparation) elle-même fille de Nuit : c’est la séparation de l’origine qui génère l’oubli.
Avec les lettres structurantes, Λ+Θ, ce fleuve représente le courant de conscience énergie qui conduit vers « la liberté par la croissance intérieure ».

Cerbère, posté à l’entrée du royaume d’Hadès, est l’un des quatre monstrueux enfants d’Échidna « la cessation de l’évolution dans l’unité » et de Typhon « l’ignorance ». Il veille donc sur l’illusion de la séparation. Il a pour frère Orthros « le mensonge ».
Le moment de l’apparition des quatre monstres dans l’évolution est sujet à controverse dans la mythologie. Selon Hésiode, l’ignorance (Typhon) est issue de la Nescience originelle (le Tartare), et elle précèderait donc la création. Mais selon Homère, elle est concomitante du début de la formation de la conscience humaine car Typhon est pour cet auteur fils d’Héra, épouse de Zeus.
D’autre part, Apollodore fait d’Échidna une fille du Tartare, posant la perversion fondamentale – l’arrêt de l’évolution dans l’unité – aux origines de la manifestation, tandis qu’Hésiode la donne pour une fille de Phorcys et Céto, le troisième niveau de la vie, et elle ne serait donc pour lui apparue que lors de la constitution du moi animal avec la formation du cerveau limbique.
Quoiqu’il en soit, l’action de Cerbère se situe (ou plutôt se situait) aux limites des possibilités d’investigation de la conscience humaine dans les couches archaïques. En effet, il empêche tout échange entre le conscient et l’inconscient matériel, gardien du phénomène que nous appelons « mort ».
Il possède cinquante têtes (ou trois selon d’autres auteurs) signe d’un processus bien établi dans ses formes, et une queue de serpent symbole de sa participation au processus évolutif.
Il représente une barrière considérée par les Anciens comme infranchissable, mais que notre époque commence à ébranler. Héraclès ayant ramené Cerbère à son oncle dut le reconduire chez Hadès : le chercheur le plus avancé, si tant est qu’un travail se passant en un lieu mythique fut réalisable, pouvait amener à sa conscience (au jour) la nature réelle de l’obstacle qui empêchait de réaliser l’union parfaite, y compris dans le corps, mais il ne pouvait encore s’y attaquer.
En tant que chien, Cerbère représente aussi le flair, l’intuition subtile qui peut sans doute être associée à la conscience des cellules qui est nécessaire avant de commencer le yoga dans le corps.

Si le monde souterrain est seulement un réservoir des mémoires de l’évolution, il ne peut abriter de lieu pour les damnés. Selon la tradition tardive, trois juges, Éaque, Minos et Rhadamanthe y siègent pour orienter les ombres selon leurs mérites. Mais, selon Homère « Rhadamanthe séjourne en un endroit où la vie est douce et facile pour les hommes, et Minos rend la justice aux ombres qui le demandent » ne faisant ainsi que poursuivre la tâche entreprise dans le conscient, c’est-à-dire un travail de discernement intuitif aux fins d’intégration de l’expérience.
Quittant la vision de l’évolution réservée aux seuls initiés dans les écoles de mystères, les prêtres du culte officiel jugèrent sans doute nécessaire, dès la période classique, d’introduire dans l’eschatologie destinée au peuple, la notion d’une justice post-mortem sanctionnant une conduite plus ou moins exemplaire durant la vie. La menace de la punition devait servir de garde-fou à une humanité encore en enfance et susceptible de comportements débridés.

Les châtiments exemplaires dans l’Hadès : Tityos, Tantale et Sisyphe

Il n’y a chez Homère que trois personnages qui subissent dans l’Hadès des châtiments exemplaires : le géant Tityos, Tantale et Sisyphe.
Selon ce qui a été exposé ci-dessus, ils doivent exprimer des attitudes ou fonctionnements fondamentaux qui ont terminés leur travail ou ont été rejetés du mental et du vital, mais doivent encore, dans l’inconscient corporel, œuvrer ou disparaître.

Tityos

Tityos était un géant, fils de Gaia. Il gisait sur le sol du monde souterrain et couvrait neuf arpents ; deux vautours posés à ses flancs lui déchiraient le foie et il ne les écartait pas de ses mains ; il fut tué par Apollon et Artémis, juste après leur naissance, car il avait fait violence à leur mère Léto, la glorieuse épouse de Zeus, tandis qu’elle se rendait à Pytho (Delphes) à travers Panopée, la ville des beaux chœurs.

Comme tous les géants issus de Gaia, le principe d’Existence-Conscience, Tityos représente une nécessité évolutive qui doit être vaincue à plusieurs niveaux.
Il symbolise l’éloignement fondamental de l’homme de sa source divine, le sentiment ou la conscience « d’être séparé » ou encore « conscience d’ego ». Cette « conscience de séparation » doit être vaincue, non seulement dans le mental par l’union en l’Esprit, mais dans le vital et dans le cœur par la réalisation psychique, et aussi dans le corps au niveau cellulaire même.
Avant d’être tué par Apollon, il avait fait violence à Léto, combattant ainsi le pouvoir d’union apporté par le psychique. Il est donc d’abord éliminé dans la personnalité mentale-vitale lorsque l’être psychique apparaît, puisque l’être psychique est incompatible avec la séparation (mais non avec la différenciation). Puis, par une « vision élargie qui voit tout » (Pan-opeus Παν+οψ) il établit en l’être une harmonie progressive (les beaux chœurs).
Mais il maintient son emprise au niveau du corps, le « couvrant » largement, bloquant ainsi l’accès à la transformation corporelle.

L’étymologie de son nom est obscure. Il a la même structure que le mot Titans, signifiant « tendre vers, faire effort » et aussi « étendu, couché », mais nous avons retenu la valeur de la lettre Τ, ici redoublée (ou associée à la racine Τυ « être gros ») autrement dit l’expression d’une « forte séparation ». Si l’union a été réalisée sur les plans du mental et du vital, si le chercheur est devenu un « libéré » vivant, il lui reste encore à vaincre cette croyance en la séparation dans le corps.
Et s’il « n’empêche pas les vautours de lui déchirer le foie » c’est que cette puissance de « séparation » accepte, au niveau du corps, que ce qui la fonde, la croyance en sa permanence ou indestructibilité, soit usée peu à peu. Autrement dit, la résolution de la « séparation » dans le corps, même si elle semble longue et laborieuse est totalement acceptée.

Une autre compréhension de Tityos pourrait être la « tension » qui s’oppose à la détente et se maintient jusque dans les cellules qui sont persuadées qu’elle est nécessaire. Cette tension est également incompatible avec l’être psychique.

Tantale

Le second « damné » est Tantale, l’arrière-grand-père d’Agamemnon et de Ménélas.
Homère ne donne ni sa généalogie, ni la raison de sa condamnation.
Il représente « l’aspiration », et Homère décrit son plus célèbre descendant, Agamemnon, comme l’homme « le plus cupide parmi les grecs ».
Selon l’historien Pausanias, Tantale serait un fils de Zeus et de Plouto « la richesse, l’abondance » et selon d’autres, un roi de Lydie « le lieu de l’individuation et de l’union ». Il régnait aux abords du mont Sipylos, « la porte du mental humain » représentant de ce fait un chercheur arrivé aux plus hauts sommets du mental. C’est pourquoi il était réputé pour ses richesses, celles obtenues par un mental vaste et puissant.
« Certains affirment que la présomption fut la cause du châtiment. En effet, tandis qu’il avait la faveur des dieux et était invité à leur table, ceux-ci promirent de satisfaire son plus grand désir. Il demanda alors à jouir de la même vie qu’eux. Zeus, ennuyé, lui donna satisfaction, mais seulement de façon formelle, lui faisant miroiter dans l’Hadès des choses excellentes en de telles conditions qu’il ne pouvait jamais en profiter.
D’autres disent qu’il avait dérobé du nectar et de l’ambroisie pour la donner à ses amis mortels.
D’autres enfin prétendent qu’il avait servi aux dieux un repas constitué des morceaux de son fils Pélops. Mais les dieux, découvrant la nature du mets, s’abstinrent d’y goûter, sauf Déméter, distraite par le chagrin que lui causait la disparition de sa fille Perséphone. Puis ils ressuscitèrent Pélops, et Déméter (ou, selon les versions, les dieux ou encore Hermès) lui mit une épaule en ivoire à la place de celle qu’elle avait mangé. Plus beau que jamais (il était beau dès l’origine de l’histoire, car vrai), Pélops épousa Hippodamie. »
Quelle qu’en fut la raison, le châtiment dans l’Hadès est ainsi décrit par Homère :
« Debout dans un lac, Tantale avait de l’eau jusqu’au menton. Mais dès qu’il se penchait pour étancher sa soif, l’eau s’échappait, absorbée dans un sol noir que desséchait un dieu. De même, lorsqu’il tendait les bras pour saisir des fruits magnifiques, le vent rejetait les branches vers les sombres nuées. »

Ces différentes versions confirment que le chercheur est parvenu aux plus hauts sommets de la conscience humaine mentale, à « sa porte supérieure » puisqu’il partage le repas des dieux.
Selon la variante dans laquelle il peut goûter au nectar et à l’ambroisie, il a en partage l’expérience de l’immortalité (la non-dualité), parvenu à « l’éveil » ou à la « libération » en l’esprit. Mais cette conscience d’immortalité n’a pas pénétré dans le corps.

L’histoire du sacrifice de son fils Pélops, « la vision de l’ombre », offert comme repas aux dieux, est une légende contestée à la fois par Pindare et Euripide. Rien d’étonnant à cela car les dieux ne se nourrissent jamais que de nectar et d’ambroisie. Toutefois l’auteur inconnu de cette version a sans doute voulu exprimer que le chercheur est parvenu à un niveau où il peut « offrir l’ombre au Divin ». Il peut se croire parvenu au niveau des dieux et dispensé de vaincre cette ombre, c’est-à-dire d’opérer la totale soumission du vital. C’est seulement après avoir été reconstitué par les dieux que Pélops pourra épouser Hippodamie « celle qui dompte les chevaux » et donc que le chercheur peut réaliser ce travail de complète maîtrise. (Rappelons que le yoga suit un processus d’ascension/intégration et que plus la conscience s’élargit et s’illumine, plus elle perçoit l’étendue de l’ombre. Mais percevoir n’est pas dominer.)
L’offrande de l’ombre ne suffit donc pas pour franchir la barrière du surmental, aussi les dieux refusèrent-ils le plat qui leur était offert. Cette parfaite offrande de soi-même, à travers le sacrifice de sa propre descendance – la prolongation de soi-même – permet toutefois un accès partiel au monde des dieux. Car Déméter « la puissance œuvrant à l’union » offre une épaule en ivoire, de nature plus « fine » que l’os, symbole d’un demi-franchissement (une seule épaule) de la barrière qui sépare du plan des dieux. L’épaule, ou la clavicule « la petite clef », correspond au « voile » de l’arbre de vie appelé « porte des dieux » dans la Kabbale. Pour certains, c’est Hermès, le dieu qui œuvre à la croissance du « surmental », qui offrit la clavicule.
Cette puissance œuvrant à l’union maintient donc son aide sans se soucier des « réclamations » du chercheur, favorisant même un certain niveau d’union sans que la purification du vital soit achevée. Même pour les chercheurs très avancés, les « réclamations » faites à l’Absolu, telles par exemple les demandes d’expériences, sont encore le signe d’une présence de l’ego.

Le châtiment imposé à Tantale dans l’Hadès montre là encore que la seule aspiration n’est plus suffisante pour accéder aux réalisations lorsque l’on fait le yoga du corps. Même si l’aventurier de la conscience « voit » les « richesses » futures à sa portée, elles ne lui sont pas accessibles. Il ne trouve consolation ni dans l’esprit (les sombres nuées) ni dans l’existence (le sol noir).

Sisyphe

Le dernier héros qu’Ulysse vit subir un châtiment dans l’Hadès est Sisyphe.
C’est l’un des fils d’Éole, et donc un petit-fils d’Hellen. Il représente l’un des travaux de yoga travaillant sur le mental par l’effort.
Il est uni à la Pléiade Méropé, « ce qui est humain (au sens de due ou mortel) », ou « une vision partielle », ou encore « une pensée stable », laquelle représente le plan de l’intellect.
Nous étudierons ce personnage en détail plus loin car il est le grand-père d’un autre très grand héros, Bellérophon, le vainqueur de la Chimère symbole de « l’illusion ».

« Dans l’Hadès, Sisyphe, souffrant de violentes douleurs, s’arc-boutait des mains et des pieds pour hisser une énorme pierre vers le sommet d’une colline. Mais à peine allait-il l’atteindre que la pierre retombait en arrière dans la plaine et il devait recommencer sans cesse son labeur. »
Ni Homère ni aucun autre auteur ne précise la nature de son crime.
Sisyphe « l’habileté intellectuelle » étant l’un des fils d’Éole, nous avons toute raison de penser qu’il a rempli sa tâche avant de descendre dans l’Hadès, autrement dit que « l’effort » a porté ses fruits durant la très longue période qui précède le yoga dans le corps, au niveau cellulaire.

Toutefois, à la suite de Sri Aurobindo, on peut aussi y voir l’effort de l’intellect qui échafaude à grand peine des théories qui s’effondrent sous leur propre poids alors qu’elles s’approchent d’une vérité qu’elles ne peuvent jamais atteindre. L’intellect est un outil précieux qui contribue au discernement par ses capacités de tri, de mise en ordre et de distanciation. Cependant, il n’est pas destiné à dominer le mental, mais doit seulement exécuter ce qui est perçu par l’intuition. Il ne peut accéder au royaume de Vérité. Quoi qu’il fasse, quelles que soient les améliorations qu’il puisse imaginer, il doit sans cesse recommencer. C’est un outil qui ne peut posséder, de par sa nature, une vision totale. S’il doit être un outil de l’âme c’est uniquement dans sa capacité d’exécution.
Mais lorsque l’intellect a fini son travail, que toutes les illusions sont vaincues dans le mental et le vital, et que le chercheur descend dans le corps, il s’aperçoit que les résultats ne sont jamais acquis, et qu’il faut recommencer indéfiniment un labeur épuisant. Il lui faut alors avoir une endurance à toute épreuve. Sri Aurobindo posait cela comme l’un des fondements du yoga : « Endure and you shall conquer ».

Des auteurs plus tardifs ont ajouté d’autres personnages subissant des tourments au royaume des ombres : Ixion qui par orgueil s’est cru l’égal d’Héra. Et aussi, parfois, les Danaïdes dont nous parlerons plus loin. Mais dans ces deux cas, il ne s’agit pas du tout des mêmes processus de conscience et nous nous en tiendrons donc aux versions primitives dans laquelle Ixion tourne éternellement dans le ciel attaché à une roue ailée et non dans les airs du monde souterrain, tandis que les Danaïdes sont purifiées de leur meurtre par Athéna et Hermès, et mariées à de jeunes athlètes. Avec Ixion, il nous est dit que la prétention spirituelle est bien souvent « punie » par un esprit qui s’enferme pour une période indéterminée dans des processus mentaux qui « tournent sur eux-mêmes ».

Pour terminer cette description du royaume d’Hadès, notons que c’est Hermès, représentant du plan mental le plus élevé, maître du yoga de la connaissance, qui est le plus à même de descendre profondément dans le subconscient, jusqu’aux portes de l’inconscient. D’où son rôle de « psychopompe », de « guide » vers les royaumes de l’inconscient corporel.

JAPET : ATLAS ET LES PLÉIADES

Les enfants du Titan Japet comprennent Atlas qui est le père des Pléiades et symbolise la nécessaire ascension des plans de conscience, ainsi que la descendance de Prométhée qui illustre les expériences et réalisations correspondantes.

Voir Arbre généalogique 7 et Arbre généalogique 8

Atlas portant le ciel en présence de Prométhée - Vatican Museums

Atlas portant le ciel sur ses épaules en présence de Prométhée – Vatican Museums

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En effet, presque toutes les aventures des héros ainsi que les grandes épopées de la mythologie grecque sont organisées dans la descendance de deux couples de Titans seulement, ceux de Japet-Clymène et d’Océanos-Téthys. Font exception les rois d’Athènes, la lignée de Tantale et la lignée royale d’Arcadie. Il est donc d’une importance majeure de bien comprendre comment ces deux couples se situent l’un par rapport à l’autre.

Pour suivre l’évolution vers une « Vie Divine » sur terre, et non en quelque lointain paradis, l’homme doit s’engager dans deux processus distincts.
une « ascension des plans de conscience » jusqu’à la réalisation de l’Unité avec le Divin. Après la phase de croissance vitale, depuis longtemps terminée, l’humanité doit parcourir les plans du mental pour émerger dans la conscience de Vérité, le Supramental. C’est ce qui est développé dans la descendance de Japet.
une « intégration », qui consiste, lorsqu’un nouveau palier de conscience est atteint dans la démarche d’ascension, à hisser l’ensemble de l’être à cet autre niveau par une purification et une libération progressives. C’est ce qui est développé dans la descendance d’Océanos.

Notons cependant qu’il est possible, sans avoir parcouru tous les échelons de la conscience, de se fondre dans le Suprême par annihilation, processus qui ne requiert pas que l’être intérieur soit individualisé ni que la purification et la libération des plans inférieurs soit effective. Ce sont des accès à des « Nirvana » qui peuvent être atteints sur différents plans, ouvrant à différents types de « néants ». C’était considéré autrefois dans bien des voies, et particulièrement dans le Bouddhisme, comme la seule possibilité d’échapper à la souffrance. Mais c’était nier du même coup la création.
La voie de l’ascension-intégration, n’excluant ni ne requérant de telles expériences, exige d’exprimer le Suprême en un être rendu parfait sur tous les plans et dans la totalité de ses capacités, sans faire d’impasse, et en procédant par étapes.

D’autre part, si tous les chemins qui mènent vers le haut sont ouverts depuis longtemps, ceux de la descente (dans le processus de purification et libération) sont restés fermés jusqu’à nos jours au niveau du mental physique et des plans du vital inférieur, jusqu’au mental matériel. Certaines transformations semblaient en effet impossibles aux anciens initiés. (Rappelons qu’il ne faut pas confondre le mental physique, première couche du mental humain, avec le mental corporel qui se situe au niveau animal, ni encore en dessous avec le mental cellulaire qui se situe à la naissance de la vie dans la matière.)

Bien évidemment, le processus ne se produit pas en une seule fois, mais en d’innombrables mouvements d’ascension-intégration, plus ou moins longs et plus ou moins importants, aux modalités extrêmement variables. Certains peuvent prendre une vie entière, d’autres quelques secondes. Certains passent inaperçus, d’autres réorientent totalement une vie, sans pour autant porter plus de fruits que les premiers. Toute extension ou assouplissement de la conscience, toute purification, toute libération d’un attachement, en constituent les innombrables degrés.

Bien des obscurités et déformations dans le vital et à fortiori dans le corps, ne peuvent être abordées sans que des forces suffisantes, dans les plans supérieurs, ne soient accumulées. Plus l’être est avancé et plus il est armé pour s’engager dans les profondeurs vers les origines de l’évolution.

Nombre de spiritualités anciennes se heurtant à des obstacles en ces temps-là insurmontables, délaissèrent cette voie d’ascension-intégration. Elles privilégièrent les accès directs aux vastes mondes silencieux et vides, ou bien s’orientèrent vers les chemins bien défrichés des pouvoirs de la nature, prônèrent la fuite loin des contingences de ce monde afin de gagner des « paradis » futurs, ou encore cherchèrent à libérer l’énergie « lovée » à la racine de la colonne vertébrale, appelée « kundalini », pour faciliter l’accès vers le Soi, le Divin impersonnel. Hormis quelques allusions, ces autres voies ne semblent pas être développées dans la mythologie grecque qui considère l’homme d’abord comme un être mental et choisit de privilégier ce plan comme outil de travail sur la voie de la réalisation.

Il y a bien sûr une corrélation entre le niveau atteint dans l’ascension et les possibilités de purification de la nature inférieure. C’est la raison d’être des unions ou échanges divers entre les héros de l’une et l’autre branche.
Toutefois, il faudra veiller à ne pas utiliser la classification des plans de conscience et des expériences pour juger ou positionner qui que ce soit, puisqu’il n’y a en fait qu’un seul continuum de conscience, que les expériences sont particulières à chacun et vécues dans des ordres ou à des degrés d’intensité différents. On évitera ainsi de tomber dans le travers des « grades », erreur commune à nombre de mouvements ésotériques ou spirituels.

Dans chacune des deux branches principales, les mythes sont répartis en différentes sous-branches selon qu’ils concernent les enseignements ou les récits d’expériences, ou qu’ils sont destinés aux chercheurs ordinaires ou aux aventuriers de la conscience.
Des données historiques (hormis, bien sûr, les éléments de la vie courante, les mœurs et les coutumes des civilisations où se déroulent les histoires) y sont parfois intégrées, mais leur objet se limite à la transmission de la spiritualité au travers des civilisations dominantes. Aucun élément ne vient confirmer par exemple, l’hypothèse d’une existence autre que symbolique de la ville de Troie, ou encore la réalité de l’invasion dorienne qui, dans le cadre de cette étude, décrit simplement une soudaine irruption de « dons » (δωρα) ou « capacités nouvelles » chez le chercheur qui s’installe dans le plan du mental supérieur.

Le mot Japet est construit autour des lettres Ι+Π+Τ : l’aspiration (Τ) à établir le lien (Π) dans la conscience (Ι).
Le plan initié par ce Titan fait le lien entre tous les autres. Dans la manifestation actuelle, il reste incomplet, car c’est celui de l’Homme futur. Non pas l’homme actuel centré sur sa personnalité extérieure déformée par l’ego, l’homme qui se croit et se vit « séparé », mais l’Homme installé sur le plan du surmental, en chemin vers le supramental, qui aura mis son être extérieur au diapason et au service de son être psychique.
Du fait de cette incomplétude, Japet est uni à une Océanide et non à une Titanide. Elle se nomme Clymène, nom qui signifie « ce qui est acquis par l’entendement, ce qui est intégré » et aussi « célèbre, renommé ». Leur descendance inclut tous les héros et héroïnes qui ont gravi ou graviront les degrés de la réalisation.
Lorsque la quête sera terminée, Japet devrait selon toute logique s’unir à la Titanide Mnémosyne car l’Homme aura retrouvé « la mémoire » de ses origines. En attendant et pendant l’interrègne du mental, Mnémosyne est liée à Zeus.

Rappelons brièvement l’histoire de Japet et de ses enfants traitée au chapitre précédent. Lors de la victoire des dieux sur les Titans, les forces de vie qui dominaient dans l’évolution humaine cédèrent la place aux puissances de la conscience mentale. Les Titans cessèrent alors de s’exprimer librement en l’homme. Sur l’ordre de Zeus, Japet fut relégué avec ses frères dans le Tartare et l’on n’entendra plus parler de lui dans les mythes.
Avant l’exil, sa femme lui avait donné quatre enfants : Atlas, Ménoitios, Prométhée et Épiméthée, eux-mêmes à l’origine de deux grandes lignées :
Les enfants d’Atlas dressent un inventaire des plans de conscience.
La descendance de Prométhée et d’Épiméthée, par les branches d’Hellen et de Protogénie, décrivent les expériences et dangers rencontrés lors de l’ascension de ces plans, respectivement à l’intention des chercheurs ordinaires et à celle de ceux « qui marchent en avant », les « aventuriers de la conscience ».
La branche d’Hellen (celle qui conduit vers « l’éveil » selon le nom de sa femme Orséis) et de son fils Éole (« celui qui est toujours en mouvement » uni à Enarété « ce par quoi on excelle »), comprend les grands héros qui jalonnent de leurs aventures le chemin de la quête de Vérité, tels Phrixos, Bellérophon, Jason et Ulysse. Japet est le mouvement pour faire le pont jusqu’au plus haut de la conscience.

Celle de Protogénie décrit « ce qui naît en avant ». Elle expose la nature des toutes dernières conquêtes spirituelles des « aventuriers » de la Grèce antique qui seront abordées en fin d’ouvrage avec l’Iliade et l’Odyssée.

ATLAS

Atlas, rappelons-le, symbolise le lien entre l’Esprit et la Matière car, les pieds sur la terre, il « soutient le vaste ciel de sa tête et ses bras infatigables ».
Dans la version d’Homère, ce n’est pas lui qui porte le ciel : « Il (Atlas) connaît les profondeurs de toutes mers et veille à lui seul sur les hautes colonnes qui gardent le ciel écarté de la terre ». Le processus de séparation de la Matière et de l’Esprit intervenant dès les commencements de la vie, il connaît donc les profondeurs des mers. (Certains auteurs le confirment en le décrivant les pieds dans l’eau.) Il est en quelque sorte le garant de cette séparation tant que l’humanité n’a pas franchi la totalité des étapes représentées par ses enfants.

Si Atlas tient séparé l’Esprit de la Matière, il est aussi la puissance qui fait le lien entre ces deux pôles et plus précisément entre le sommet de l’évolution vitale et le monde Supramental. Les Anciens lui donnèrent donc pour compagne Pléioné, une Océanide dont le nom signifie « ce qui emplit de conscience ».
Avec les lettres structurantes, Atlas représente « la liberté au plus haut de l’esprit » (ΤΛ).

Ses enfants, les Pléiades, représentent le vide qu’il faut combler, les échelons qu’il faut gravir dans la conscience mentale pour retrouver l’unité perdue. Leur présence dans les différentes branches généalogiques constitue donc un indice très important sur l’étape du chemin concernée.
Elles sont à l’origine de grandes lignées que nous étudierons plus tard.
Dans la mythologie astronomique, elles furent transformées en étoiles, la constellation des Pléiades, c’est-à-dire qu’elles devinrent des repères mentaux (dans le ciel) pour le chercheur.

Hyas et les Hyades

Certains auteurs voulurent sans doute insister sur le fait que la séparation n’avait pas seulement eu lieu sur le plan mental humain mais qu’elle était advenue dès les racines de la vie à l’apparition des premiers circuits nerveux supports de la mentalisation. Aussi donnèrent-ils des sœurs aux Pléiades, les Hyades, et un frère, Hyas, l’ensemble semblant indiquer une série évolutive. Toutefois les sources les concernant, Hygin et Ovide, sont peu claires et ne nous permettent pas d’en donner une interprétation. Ajoutons que, contrairement aux Pléiades, les Hyades ne symbolisent pas les plans de conscience du vital qui sont décrits par les enfants de Pontos. Elles semblent donc difficilement s’intégrer dans la cohérence du corpus mythique.

Les Pléiades

Nous les avons déjà évoquées rapidement dans le chapitre deux, lors de l’étude d’Hermès
Elles forment l’échelle des niveaux du mental que l’homme doit gravir au cours de son évolution. Aussi sont-elles en filigrane de la plupart des mythes, soit par leurs alliances, soit par des noms homonymes. La compréhension de leur symbolisme, associé à celui des enfants d’Éole, est donc essentielle pour l’interprétation des mythes.

Les Anciens n’ont pas donné leur ordre de succession. Elles ont donc été classées ici d’une part en fonction de leurs unions avec Poséidon, Sisyphe, Ares et Zeus (depuis le subconscient jusqu’aux plus hauts niveaux du mental en passant par l’intellect), et d’autre part selon les héros qui figurent dans leur descendance. Les mythes où elles interviennent confirment cet ordre de progression depuis le « mental physique » jusqu’au « surmental ».
Nous avons retenu dans cet ouvrage les dénominations qu’en a données Sri Aurobindo. Lui-même avait adopté la classification des Anciens (reposant sur le symbolisme du Caducée bien antérieur à l’époque grecque) et était revenu au sens premier des mots. Ainsi, l’appellation « être psychique », donnée au corps qui se forme autour de l’étincelle divine (l’âme) correspond bien au terme grec Psyché (Ψυχη), lequel est utilisé en français de toute autre manière de nos jours pour désigner des activités mentales-vitales.
Bien que le découpage puisse sembler au premier abord un peu arbitraire, ces plans correspondent à des expériences précises et l’identification peut donc se faire sans trop de difficultés par-delà les siècles.

Avant que ne soient abordés plus en détail ces plans, la structure de la conscience doit être définie, telle qu’elle apparaît aux chercheurs de vérité et telle qu’on la retrouve dans les mythes grecs (aussi bien que dans les écrits des initiés à condition de faire les équivalences).

La création, tout d’abord, peut être ramenée à trois principes élémentaires : la matière, la vie et le mental.
Comme rien ne peut surgir du néant, il faut admettre que la vie et le mental étaient involués dans la matière d’où ils ont émergé au cours des millénaires de l’évolution. La vie a d’abord produit le règne végétal. Puis vint l’émergence du mental avec l’apparition des cellules nerveuses et la constitution progressive d’un cerveau animal qui permit l’élaboration de « l’ego » animal. Sur cette base, vinrent se superposer des capacités propres à l’homme (langage, réflexivité, etc.), apportant une plus ou moins grande domination du mental sur les fonctionnements vitaux.
Ce développement sur des millions d’années repose sur une vaste échelle de plans de conscience qui ne nous sont pas accessibles dans leur totalité, loin s’en faut, depuis les plus obscurs, proches de l’inconscience primordiale, jusqu’aux plus lumineux, dans les hauteurs de l’Esprit.

De même que pour les plans de conscience, il semble utile de préciser à nouveau ici la répartition de la conscience en quatre catégories, définies par Sri Aurobindo et exactement transposables à la mythologie.
La première concerne ce qui est « inconscient », profondément involué dans la matière et que notre période évolutive ne peut encore ramener à la conscience. (Cette acception du terme « inconscient » diffère donc de celle de la psychologie moderne).
La deuxième catégorie est le « subconscient » qui correspond à peu près à notre inconscient actuel mais beaucoup plus étendu car il emmagasine toutes nos impressions, sensations et sentiments, aussi insignifiants soient-ils pour notre conscience de veille. Ce qu’il enregistre à chaque fois est un ensemble de qualités vibratoires et non une forme ou une image précise. C’est la raison pour laquelle certains éléments restitués dans nos rêves se revêtent d’images bizarres, souvent incompréhensibles, mais propres à chacun.
Dans ce subconscient, il n’y a rien d’organisé ni de cohérent. Ce n’est qu’un vaste réservoir utilisé par l’évolution comme base de ses activités. De là, surgissent constamment des éléments tels qu’inertie, courants dépressifs, faiblesse, peurs, désirs, colères et appétits obscurs, qui envahissent vital et mental, et même des influences qui se transforment en maladies. Il s’étend de l’inconscient jusqu’au supraconscient et comprend une partie individuelle et une partie universelle.
Enfin, au-dessus de la zone consciente, plus ou moins vaste selon les individus, est le supraconscient.
Ces définitions impliquent que ces zones varient selon chacun.
De toute évidence, la plupart des comportements sont dictés par le subconscient, quoique l’homme puisse parfois en penser.

S’il y a dans la conscience une échelle verticale des plans (la verticalité est une image, si ancrée dans les esprits qu’il est difficile de s’en abstraire), il y en a aussi une dans la profondeur où le personnel, sur tous les plans, se fond progressivement dans l’universel, de façon subconsciente. Ainsi, dans toutes les dimensions, l’homme participe de l’Unité. Chaque plan (mental, vital, physique) peut donc être considéré à la fois dans sa verticalité et dans sa profondeur, dans son intensité vibratoire et dans sa partie personnelle ou universelle (impersonnelle). Cette description explique l’insistance des enseignements spirituels sur un « élargissement » indéfini de la conscience dans toutes les directions.

Ce que nous percevons d’un plan en nous ou en l’autre, selon notre niveau de conscience, n’en est qu’une partie plus ou moins superficielle déformée par l’ego, ainsi que par les rigidités et les déformations héritées de l’évolution générale et personnelle. Derrière, se tient un plan vaste, non déformé, qui doit s’imposer au fur et à mesure de l’évolution. Ce plan vrai est appelé « subliminal » par Sri Aurobindo. Et comme ce dernier l’explique, il est en relation avec le plan cosmique correspondant qui est hors de l’espace-temps et contient toutes les possibilités. Ainsi, il existe une « matière corporelle vraie », solidaire de tous les autres corps, infiniment plus souple et plus puissante que nous ne l’imaginons. De même, il y a un « vital vrai », non déformé par les désirs et les peurs qui peut puiser dans le vital cosmique des énergies incalculables. Alors que le vital de surface est étroit, borné, ignorant, plein d’appétits et de révoltes, d’exaltations et de dépressions, le vital vrai est fort, vaste, ferme, inébranlable et joyeux, non soumis aux influences multiples extérieures. Enfin il y a un « mental vrai » non limité par nos opinions, préjugés ou préférences, ou par notre ego étriqué. Quand la partie séparatrice logique s’est tue, ou plutôt s’est limitée à sa seule fonction exécutrice, et quand agit pleinement l’intuition en union avec la Vérité, ce mental vrai est capable de recevoir du mental universel toute la connaissance qui lui est nécessaire. Toutefois le mental logique qui participe du processus de discernement dans le mental ordinaire humain, ne peut être écarté tant que le discernement intuitif ne s’est pas mis en place. Il reste donc longtemps un outil indispensable en particulier dans la lutte contre les illusions.

Notons également des correspondances entre les sous-plans parfois bien difficiles à distinguer. Ce mélange provient de la superposition de couches successives lors de la constitution du système nerveux et plus particulièrement du cerveau, chaque nouvelle couche s’élaborant sur la base de fonctions existantes. Par exemple, le « vital-mental », sous-plan du vital, est parfois difficile à distinguer du « mental-vital », sous-plan du mental. Dans le premier cas, il s’agit d’une mentalisation de la matière vitale œuvrant à la constitution du « moi animal », pulsionnel, instinctif, mais non réflexif. Dans le second cas, le mental appuie ou justifie les « rêves » de l’ego (rêves de grandeur, etc.) et les expressions vitales, (émotions, sentiments, désirs, etc.) en vue de l’action. Les différences sont encore plus difficiles à déceler entre le mental-physique propre à l’homme et les couches du mental matériel et cellulaire, commun à toutes les formes vivantes.
Plus la couche est élevée, plus elle est active dans l’évolution. D’où ce qui apparaît comme une accélération foudroyante de l’évolution durant les deux derniers millions d’années, alors que le temps évolutif semblait presque figé auparavant.

Dans cet ouvrage, ce que l’on appelle le « physique » est la matière corporelle proprement dite, incluant les organes et systèmes du corps, avec ses automatismes soumis aux horloges biologiques, ses mouvements réflexes, fonctionnant selon des mouvements répétitifs et mécaniques.

Le « vital » est un ensemble de plans où se manifestent de façon prépondérante les énergies de vie, plus ou moins mentalisées. À sa base, il y a une puissance de volonté, de croissance, de réalisation et d’action. Dans l’homme, il est fait de désirs, de passions, d’émotions, d’énergies d’action et de réalisations et aussi de tout le jeu des instincts de possession et de ce qui en découle : colère, avidités, convoitises, etc. La force qui l’anime est bien visible dans le règne végétal : une tension et une aspiration à croître. En l’animal, elle devient besoin et en l’homme elle se mue en désir. D’où les mouvements pour s’approprier ce qui favorise la croissance et en particulier celle de l’ego quand le temps de l’individuation est venu. Et comme, dans les plans de conscience jusqu’au surmental, tout est fondé sur un double aspect, le vital se manifeste par des mouvements duels qui sont chacun l’envers et l’endroit d’une même vibration : amour/haine, attirance/répulsion, etc. Le vital aime et entretient le drame et la souffrance autant que le plaisir, ce qui n’est pas le cas du corps ni du mental.
Mais le vital est le moteur : il ne peut donc être réprimé ou supprimé, mais doit être purifié.
Nous avons étudié la classification des cinq niveaux de la conscience vitale liée au règne animal dans le chapitre précédent avec les enfants de Pontos : vital-physique (Nérée), vital vrai (Thaumas et ses enfants, Iris et les Harpyes), vital-émotif (Phorcys), vital-mental (Céto) et vital supérieur (Eurybié).

Nous nous intéressons maintenant aux sept plans de la conscience mentale propres à l’homme, illustrés par les sept « Pléiades », plans que nous avons déjà abordés succinctement dans le chapitre des dieux avec Hermès.
Ils s’échelonnent depuis le « mental physique », orienté vers la manipulation de la matière et la satisfaction des besoins corporels, jusqu’au niveau le plus élevé appelé « surmental », qui est le plan des dieux. Lorsque les Pléiades, par leurs alliances, interviennent dans les mythes, c’est pour exprimer la dynamique particulière d’un plan donné ou d’un processus.

Les deux plans inférieurs, « mental physique » et « mental vital » sont représentés par Alcyoné et Célaeno qui toutes deux ont eu une liaison avec Poséidon. Ce sont donc des fonctionnements subconscients. La troisième Pléiade, Méropé, associée au mental logique ou « intellect », est unie au mortel Sisyphe, le premier des enfants d’Éole.
Ces trois premiers plans sont étroitement liés aux plans du vital, le mental humain étant venu se surimposer à l’existant. Ils sont donc le lieu d’un mélange entre ce qui provient des plans du vital (les enfants de Pontos), et ce qui a été apporté par les développements ultérieurs.

Les plans suivants sont, pour l’homme ordinaire, supra-conscients. Celui de Stéropé, unie à un fils de Zeus, le dieu Arès, représente le « mental supérieur ». L’homme n’y accède qu’à un stade assez avancé de son évolution, et ne peut y faire au début que des incursions. Les trois dernières Pléiades, Électre, Taygète et Maia, unies à Zeus lui-même, représentent les plans du « mental illuminé », du « mental intuitif » et du « surmental ». Le dernier niveau, celui de Maïa, qui correspond au surmental est la limite extrême des possibilités de réalisation de l’humanité actuelle car c’est le plan des dieux. Hermès, le fils de Maia est en effet lui-même un dieu.
Dans cette étude, le sens du terme « surhomme » correspond à celui que Satprem lui donne dans son livre « La genèse du surhomme » et par lequel il définit l’homme qui s’imprègne de la « nouvelle conscience » apparue sur la terre (peut-être est-ce celle dont la Mère parle en détail dans l’Agenda de l’année 1969). Il ne fait référence ni au chercheur parvenu au plan du surmental, ni au surhomme de Nietzche qui se veut une amélioration de l’homme existant. Cette nouvelle conscience serait une première manifestation du supramental afin de préparer l’humanité à la transformation correspondante.
Dans l’Agenda (Tome 1, p160, 10 mai 1958), Mère décrit également ce « surhomme » comme un intermédiaire entre l’homme et l’être supramental.
Même si l’action du supramental commence à se faire sentir dans l’humanité, le travail conscient de transformation vers l’être supramental ne peut être fait que par un tout petit nombre d’individus.

La plupart des indications données ci-dessous sur les plans de conscience proviennent de l’œuvre de Sri Aurobindo.

Le mental physique (sensoriel)

Le « mental physique » fait l’interface entre les activités physiques et le mental humain. C’est lui qui intervient dans notre rapport au monde objectif en mentalisant la façon de satisfaire les « besoins », au-delà des activités purement instinctives et réflexes de l’animal, mais sans en chercher la raison. A son niveau le plus bas, c’est un mental « mécanique » qui enregistre les habitudes réflexes de la conscience matérielle et les répète.

Il assure de la meilleure façon possible les besoins essentiels (du moins ceux que nous considérons comme tels) le bien-être du corps et la satisfaction des sens : nourriture, sommeil, sécurité, reproduction, etc. Il soutient par l’inertie mentale – l’abrutissement issu des mondes de l’ignorance et la paresse de la pensée – les fonctionnements du physique et du vital : habitudes, excitation, inconstance, etc., et les défend par des arguments sans fondements. C’est un mental qui recule devant l’effort, inapte à la concentration et qui méprise le travail de l’intellectuel. Il soutient le vital, amoureux de la souffrance et des sensations fortes. Il développe par exemple tout argument visant à défendre l’étalement de faits divers violents ou sordides, sous prétexte du droit à l’information. Se focalisant sur les catastrophes, il les attire. Privé de la lumière de la conscience par les millénaires de l’évolution, c’est un mental incrédule et défaitiste, lié à la souffrance physique.

Le type pur de l’homme qui fonctionne sur ce plan est « l’homme physique », uniquement guidé par ses sens et seulement préoccupé de satisfaire ses instincts, ses désirs sensuels et les besoins de son corps. La sécurité est son obsession. Il abhorre le changement et craint l’inconnu. Son expression, sa « vérité » est celle du « clan » bien qu’il l’affirme comme originale et sienne. Qui pense différemment a forcément tort. Il délègue volontiers son indépendance de jugement à l’ «expert». Les grandes questions métaphysiques l’ennuient. Pour le gouverner, il élit celui qui lui promet un maximum de bien-être et de facilité de vie. Son mode d’action est « prendre » et son dieu, l’argent. L’affirmation de son ego en formation est sa première préoccupation.
Pour réveiller sa nature « endormie », il a besoin du choc des sensations fortes. Pour éveiller sa sensibilité, il a besoin de grands chocs générant une souffrance à laquelle il est très attaché bien qu’il prétende la fuir.
Il ne rêve ni de liberté, ni de grandeur. Génération après génération, il se satisfait d’une répétition immuable. Seul est tenu pour vrai ce que perçoivent ses sens. Ses relations avec les autres n’existent que dans le rapport dominant/dominé. Son regard ne porte jamais plus loin que son petit cercle d’intérêt ou ses liens de sang. Insensible à l’idéal, il est toujours prêt à servir de nouveaux maîtres selon les circonstances. Et si la vie lui octroie des parcelles de pouvoir, il se comporte en petit chef plus ou moins tyrannique. Pour calmer les rares émergences d’une conscience endormie, il utilise ses capacités mentales pour justifier son égoïsme et ses comportements mesquins. Il laisse s’exprimer ou réprime ses émotions et ses passions sans aucun souci de compréhension ni de maîtrise mais seulement en fonction des contraintes extérieures. La loi qu’on lui impose est sa seule limite car il ne s’est pas encore construit de loi intérieure. Il craint et adore tout à la fois les expressions de la force brute. Vivre et affirmer son petit moi est son unique but.
Le clan, quel qu’il soit, familial, social, sportif, etc. est son rempart contre le monde. Il est identifié à ses habitudes, ses coutumes et ses lois.
Il n’a aucune aspiration pour le monde de l’esprit. Par crainte, il respecte les manifestations de pouvoir qu’il ne comprend pas. Sans questionnements, il adore les dieux que sa culture lui propose, observe les rites que ses prêtres ont instaurés et honore ses morts, seule concession faite à l’au-delà.

Parmi les Pléiades, ce mental physique est représenté par Alcyoné, nom qui indique « une force » en évolution. C’est un homonyme de l’Alcyoné dont nous avons parlé ci-dessus, la fille d’Éole qui a épousé Céyx le fils de l’Astre du matin Éosphoros (Lucifer), puis fut transformée en alcyon cet oiseau qui fait son nid à la limite des vagues. C’est donc un commencement de mentalisation du vital, un début de discernement qui se hisse hors du subconscient (Poséidon).
Alcyoné eut de Poséidon une fille Aéthousa et deux garçons jumeaux, Hyperènor (ou Hypères) et Hyriéus, symboles des deux attitudes opposées du mental émergeant, une « arrogance » pour le premier et « un juste mouvement d’évolution » pour le second. Ce dernier s’unit à Clonia « accélération ou précipitation » et lui donna deux enfants, Niktée et Lykos, « la nuit » et « la lueur », que nous retrouverons dans le mythe d’Œdipe.
Aéthousa, « celle qui est éclairée ou enflammée » s’unit à Apollon et lui donna Eleuther « celui qui est libre », symbole d’une libération du mental corporel rendu plastique et réceptif sous l’effet de la lumière psychique.

Le mental vital

Le deuxième plan, représenté par la Pléiade Célaeno, est « un mental de volonté dynamique (et non rationnalisant), d’action, de désir, préoccupé de force et d’accomplissement, de satisfaction et de possession, de jouissance et de souffrances, du besoin de donner et de prendre, de croître et de s’étendre, soucieux de réussite et d’échec, de bonne et mauvaise fortune etc. »
Ce mental vital se sert de la raison à ses propres fins, soutient les passions, désirs, émotions, etc., les justifie, leur fournit prétextes ou excuses. Il se manifeste soit dans l’action, soit dans l’imaginaire par des rêves éveillés de grandeur et d’héroïsme.
C’est un mental indiscipliné et arrogant qui, comme le mental physique, reste velléitaire. Il aime expérimenter le pouvoir, les passions, les aventures et jouir de l’action.
Pour lui, la Vérité se confond avec ce qu’il espère et donc avec ses croyances.
Il a une tendance au manichéisme (fonctionne sur la base j’aime/je n’aime pas, bon/méchant, etc.). Il aime à se poser en défenseur de la vertu contre le vice même s’il sait pertinemment qu’il n’a rien résolu en lui-même.
Il admire le raffinement des sentiments et l’expression des passions dans les arts.

Le type pur de l’homme vital place au premier plan la satisfaction des besoins et désirs de sa nature vitale, principalement émotive : passions, sentiments, désirs esthétiques, etc. Pour en assurer la cohérence et la légitimité, il construit autour d’eux le rempart de ses croyances auxquelles il donne l’appui de la religion et de la loi morale. Il a l’arrogance que confèrent l’ignorance et le sentiment d’appartenance au groupe dominant, ainsi qu’un mépris naturel pour le penseur solitaire et la recherche de la vérité. Il s’appuie sur le passé et sur le groupe auquel ses penchants naturels le rattachent, dont il adopte les idées pour asseoir et justifier ses comportements. La vertu est son idéal, surtout celle qu’il prône pour les autres. Bien qu’il s’essaie à porter un regard sur le monde, tout ce qu’il voit est faussé par le filtre de ses affects. Peinant à hisser son mental hors des eaux émotives, il forge très lentement sa propre pensée au milieu d’un amalgame bancal de préjugés et d’opinions toutes faites ou de quelques idées forces héritées de sa famille et de son milieu. Attaché par-dessus tout à ses opinions et à ses croyances, il juge son clan, sa religion ou son parti seul détenteur de la vérité et peut sans sourciller tuer au nom de l’amour ou de ce qu’il pense juste. Sa tendance naturelle est le partage du monde entre bons et méchants. Il n’apprécie guère ceux qui sortent du moule ou aspirent à des horizons plus vastes. Ou bien, après les avoir dénigrés et souvent haïs, il attend pour les adorer qu’ils aient été reconnus par la majorité de son clan. Il porte aux nues ceux qui ont exprimé le plus grand raffinement dans les sentiments et dans les arts. Sans une vie de passions et de sentiments intenses, d’agitation incessante, avec la volonté pas toujours avouée de se hisser au-dessus des autres, il a l’impression que la vie ne vaut pas d’être vécue. Et si elle cesse quelques instants de lui apporter son soutien, il en rend les autres ou le ciel responsable. Son questionnement dépasse rarement les problèmes que posent les relations humaines, emprisonné dans des croyances qu’il refuse d’approfondir, ayant rejeté au loin les grandes questions fondamentales. Capable d’enthousiasme, lequel est la marque du vital, il peut parfois s’emballer pour des causes humanitaires, mais il est rarement en mesure de leur donner le support du mental et de la volonté pour les transformer en une action efficace et durable. Son but est ce qu’il appelle l’amour, un amour qui exige d’être aimé en retour et cherche à imposer sa loi.

Pour les Grecs, c’est encore un mental très obscur. Ils ont donc nommé la Pléiade correspondante « Célaeno (Kélaino) », mot qui signifie « noir, sombre », employé par Homère lorsqu’il parle de la nuit de la conscience.
Comme Alcyoné, Célaeno s’unit à Poséidon, signant ainsi la forte influence du subconscient. Selon Apollodore, elle lui donna un fils, Lykos « la lueur avant l’aube », que son père rendit immortel et installa aux Iles des Bienheureux : toutes les ébauches de compréhension restent profondément marquées.
Aucune autre légende ne nous est parvenue sur Célaeno.

L’intellect

Le troisième plan du mental humain appelé intellect, mental de raison ou mental logique, est représenté par Méropé qui signifie tout à la fois « mortel » (par rapport aux dieux immortels, et donc « duel »), « humain », « vision partielle » ou « pensée stable ».
Unie à Sisyphe, fondateur de la lignée royale de Corinthe, elle est aussi la seule Pléiade qui se soit unie à un « mortel ». Sisyphe, comme on le verra, symbolise les réalisations de l’intellect. Méropé représente donc le niveau mental de l’humanité actuelle qui prétend fonctionner essentiellement sur le plan du mental logique, de la raison.
L’intellect, à l’instar de Sisyphe sans cesse obligé de rouler sa pierre vers le sommet de la montagne, échafaude sans cesse et laborieusement des constructions de demi-vérités qui s’écroulent à peine terminées. En fait, le mythe de Sisyphe concerne seulement le yoga du corps car son châtiment se déroule dans l’Hadès. Il illustre le fait que la loi de l’effort soutenu par le mental devient inopérante dans le yoga de transformation du corps. C’est donc une extrapolation qui est faite ici en suivant ce que Sri Aurobindo exprime à propos de ce mythe.
Ce mental cherche les causes, veut comprendre et dans ce but, dissèque, morcèle puis fait la synthèse avant de séparer à nouveau, et ainsi de suite.
Ce plan, chez l’homme ordinaire est perturbé par toutes sortes de ressentis, d’émotions et de sensations, par les effets des vibrations extérieures, les mémoires intérieures, l’état du corps et mille autres choses encore. La plupart du temps, il peine à émerger des couches du mental émotif et même du mental physique qui ratiocine et moud sans cesse les mêmes idées mesquines issues de sa vie quotidienne.
Il est à son plus haut niveau chez les penseurs et les sages qui ont réussi à le purifier, l’organiser et lui donner une grande ampleur.

Le rôle de l’intellect est de classer, organiser les perceptions et les idées et mettre chaque chose à sa place. Il doit surtout permettre de s’affranchir des illusions. Purifier et perfectionner cette couche mentale est l’un des premiers travaux à effectuer sur le chemin de la connaissance : rejeter les opinions toutes faites, les encombrements inutiles de la pensée, les mélanges avec le vital, développer la concentration, penser par soi-même, etc.
En son essence, l’intellect est un outil d’exécution de ce qui est perçu par l’intuition. Mais il ne devrait pas être le maître.

L’homme représentatif de ce plan est celui qui donne à la pensée le rôle primordial. (La pensée est ici identifiée au mental séparateur logique, le mental de raison qui s’appuie sur la mémoire). Il utilise sa raison pour domestiquer le monde.
Il est poussé par une soif de connaître qui à ses débuts n’a d’autre résultat qu’une accumulation de savoirs car il s’attache rarement à perfectionner l’outil lui-même.
Dans sa quête de vérité, il procède par tâtonnements et erreurs et renouvelle indéfiniment sa procédure thèse, antithèse, synthèse. Considérer et admettre l’existence de vérités opposées est contraire à sa nature.
Pour peu qu’il se hisse aux sommets de l’intellect, il perd souvent la faculté de jouer avec les énergies de vie, les ignore ou les réprime.
Le doute l’accompagne toujours.
Il porte au pinacle les grands philosophes, ceux qui ouvrent à la pensée les espaces les plus vastes. La liberté est sa revendication. Un idéal aux contours encore imprécis le guide. Acquérir une certaine sagesse est son but. Mais il explore rarement la nature de ce « Je » pour lequel il ne lui semble pas exister de discontinuité. Il se considère encore le créateur de sa pensée, étant rarement attentif à « ce qui pense » en lui.
Le meilleur est guidé par un idéal, décidé à mettre en accord sa vie et ses idées. Pour cela, il peine à réviser ses croyances, à soumettre ses sentiments et ses actes à l’examen de sa raison et sous son contrôle.

Dans la descendance de Méropé et Sisyphe figurent Bellérophon, le vainqueur des illusions (de la Chimère), le grand guérisseur Asclépios (Esculape) et les Minyades.
Sans doute n’est-il pas inutile de préciser que le chemin spirituel décrit par la mythologie préconise de développer en soi chaque plan au maximum de ses possibilités. L’intellect étant un outil indispensable au discernement, faire l’impasse sur son perfectionnement semble une grave erreur.

Le mental supérieur

Le plan qui suit l’intellect est celui du « mental supérieur ». Il est représenté par la Pléiade Stéropé. Son nom signifie « éclair, lueur éclatante » et aussi « vision étendue » alors que l’intellect, Méropé, est une « demi-vision ».
Nombre de mythes le concernent puisque l’essentiel du chemin se déroule sur ce plan.
On y accède à la fois par un élargissement de la pensée où peuvent être admis des points de vue totalement incompatibles dans le monde de la raison ordinaire – sans toutefois pouvoir encore les inclure dans une unique perception – et par le développement de l’intuition.
Avec la seule raison, il est possible de justifier tous les points de vue, mais non de les admettre ensemble. Avec le mental supérieur, le chercheur essaye de trouver un point où les opposés sont transcendés. Par exemple : d’un certain point de vue, on peut dire que la guerre est inutile car elle n’engendre que souffrance. D’un autre point de vue, on peut dire que la guerre est nécessaire car elle permet la destruction de formes périmées pour laisser la place à de nouvelles, la décharge et la régulation d’énergies qui se sont accumulées de façon anormale et l’expression chez certains de qualités qui n’auraient pas autrement l’occasion de se révéler.
Le mental supérieur intervient dans les deux directions de travail, l’ascension des plans de conscience (Stéropé figurant parmi les ancêtres de Thésée et des Atrides) et le chemin de purification/libération. Mais aucune Stéropé homonyme ne figure dans ce dernier chemin, pas plus d’ailleurs qu’aucune de ses sœurs, car les Anciens ont évité soigneusement de faire des correspondances entre les plans de conscience et la progression sur le chemin de purification/libération. Europe cependant, dont le nom « - » signifie « regard étendu, vue large», marque l’entrée dans le mental supérieur, et par les aventures de son fils Minos liées au Minotaure, le risque d’égarement qui l’accompagne.

Les traditions divergent à propos des unions de Stéropé : tantôt avec Arès, le dieu de la destruction des formes, tantôt avec Oinomaos « celui qui désire vivement l’ivresse (divine) ». À une génération près selon les auteurs, cette Pléiade est l’arrière-grand-mère de Ménélas et d’Agamemnon ; comme telle, elle positionne les héros sur le plan du mental supérieur et exprime l’influence qui conduira les troupes grecques à la victoire contre les Troyens.

Le mental illuminé

Après le mental supérieur viennent les trois états supérieurs de la conscience mentale qui sont selon Sri Aurobindo « à chaque fois une conversion générale de l’être en une nouvelle lumière et un pouvoir nouveau ».
Les trois Pléiades correspondantes ont toutes Zeus pour amant : ces états ne peuvent se manifester et se maintenir que sous l’influence croissante du supraconscient.

Le « mental illuminé » est représenté par la Pléiade Électre « l’ambre jaune », laquelle désigne une résine fossilisée servant à la fabrication d’objets ornementaux. Ce mot définissait aussi un métal formé de quatre cinquièmes d’or et d’un cinquième d’argent. Il s’agirait donc d’un plan se rapprochant du supramental, de l’or pur, tout en étant encore mélangé.
À ce niveau, la Vérité pénètre le mental en un flot de lumière continu et stable et non plus en de simples éclairs sporadiques. Là émerge un pouvoir de connaissance directe de la Vérité résultant d’une union plus parfaite avec le Réel. Il ne s’agit plus de « pensée » mais de « lumière » de l’esprit, laquelle peut être associée à la vision. Aussi les sages anciens étaient-ils appelés « voyants » et le terme « voir » est-il très largement employé dans la littérature ésotérique.
La première expérience de ce plan est décrite le plus souvent dans la littérature spirituelle comme une « illumination ». Nous en ferons la description dans le mythe de la quête de la Toison d’or par Jason et les Argonautes.
Électre est la mère de Dardanos, le fondateur de Troie. Elle se trouve donc à l’origine de la lignée Troyenne où figurent Laomédon, Ganymède, Priam, Hector, Paris, Énée, etc.

Le mental intuitif

Puis viennent les hautes régions du « mental intuitif ». Elles sont symbolisées par la Pléiade Taygète dont le nom est aussi celui d’une haute montagne de Laconie. Taygète est à l’origine de la lignée royale de Sparte, dans laquelle figure Gorgophoné « la victoire sur la peur » et les petits enfants de cette dernière, Pénélope, les Dioscures Castor et Pollux, Hélène et Clytemnestre.
Sur ce plan, les activités du mental sont passées sous la direction de l’Intuition et peuvent opérer de quatre façons que Sri Aurobindo décrit ainsi : « un pouvoir de vision révélatrice de la vérité, un pouvoir d’inspiration ou d’audition de la vérité, un pouvoir de perception immédiate ou toucher de la vérité, et enfin un pouvoir de détection vraie et automatique du rapport ordonné et exact entre une vérité et une autre ».

Le surmental

C’est le dernier et le plus haut niveau du mental. Celui-ci s’élargit à une vaste universalité, et l’individu vrai, Un dans son essence avec le Moi suprême, prend le pas définitivement sur le mouvement de centralisation de l’ego et l’illusion du moi séparé.
La représentante de ce plan est la Pléiade Maia. Elle eut un seul fils de son union avec Zeus, le dieu Hermès, le plus haut niveau de connaissance du plan mental, lequel a été identifié au dieu égyptien Thot « qui comprend tout et connaît tout ». C’est la raison pour laquelle l’Hermétisme représenta pour certains la plus haute science sacrée.
Par l’intermédiaire des liaisons de son fils Hermès avec des femmes appartenant aux lignées de Jason et d’Ulysse, Maia exprime l’intervention du surmental. Elle figure aussi dans l’ascendance d’autres héros, tels l’Argonaute Eurytos, Céphale ou encore le mignon d’Héraclès, Abdéros.

Le Surmental est le plan de Zeus et des dieux. Dans l’humanité, il est celui des « envoyés divins », parmi lesquels les fondateurs de religions.

Mais s’il est le plan le plus élevé du mental, s’il peut unir le mental individuel et le mental cosmique, s’il peut imprimer à la nature une universalité d’action, le Surmental ne peut toutefois conduire le mental au-delà de lui-même. (Rappelons qu’Hermès s’essaie toujours à rivaliser avec Apollon, le dieu de la lumière psychique, car le mental a du mal à reconnaître un fonctionnement supérieur au sien, en particulier celui de l’être psychique.)
Pour atteindre vraiment au pouvoir créateur du plan de Vérité, l’homme doit s’élever jusqu’au Supramental. Ce dernier plan n’appartient pas au monde créé, mais le contient. Participant de l’Un, il en a les attributs : délice d’Existence, délice de Conscience, délice de Force ou de Volonté. C’est le plan encore inoccupé dans la création, le chaînon manquant, le plan de l’Homme.
Il ne semble pas nécessaire dans le cadre de ce chapitre de s’attarder plus avant à décrire le plan Supramental. Nous en dirons quelques mots de plus à la fin de cet ouvrage, lorsque nous aborderons le « mental des cellules ».

Pour clore cette description, il faut rappeler que l’évolution est un fait de nature dont aucune étape ne peut être évitée. Chacune doit être développée au maximum de ses possibilités et chaque émergence sur un palier supérieur suppose l’intégration du plan précédent dans l’énergie et la conscience naissante du plan suivant. Le processus général de cette évolution est donc une succession de mouvements d’ascension/intégration.

Plouto et Calypso

Deux autres enfants d’Atlas méritent d’être mentionnés.

Plouto « la richesse », la mère de Tantale, selon Pausanias, par son union avec Zeus. Le surmental (Zeus), œuvrant à combler le manque (en s’identifiant à Plouto) génère tout d’abord une aspiration, une « soif » insatiable.

Calypso « Καλυψω, celle qui cache et enveloppe », fille d’Atlas selon Homère. Amoureuse, elle retint Ulysse sur son île pendant sept longues années. Cette histoire fait référence aux longues périodes de maturation qui jalonnent le chemin. Nous retrouverons Calypso dans l’étude de l’Odyssée.

PROMETHEE

Deux grandes lignées sont issues de Deucalion, fils de Prométhée, l’une par Hellen, l’autre par Protogénie.
La première, issue d’un personnage masculin, illustre une progression où la personnalité œuvre activement pour atteindre l’éveil. La seconde, issue d’une femme, exprime davantage la complète soumission au Réel des aventuriers de la conscience.

Les enfants d’Hellen

-Éole (Aiolos)

Dans la mythologie primitive, Hellen n’eut qu’un seul enfant, Éole, que lui donna la nymphe Orséis. Cet Éole ne doit pas être confondu avec le roi des vents que nous verrons plus loin.
Hellen représente les chercheurs qui œuvrent à la « libération » afin de réaliser « l’éveil » (Orséis), et même ceux qui commencent à « s’éveiller ». Le nom Hellen signifie en effet « une évolution vers une grande liberté, ΛΛ+Ν ». S’il est réservé chez Homère aux chercheurs, il désigna par la suite l’ensemble des Grecs.
Il régnait en Thessalie et en Magnésie, dans les provinces de « la quête intérieure » et de « l’aspiration ».

Éole signifie « celui qui est toujours en mouvement », ce qui constitue la meilleure définition d’un chercheur de vérité, a fortiori d’un initié. Selon les lettres structurantes, il est aussi « celui qui marche vers la liberté ou l’unité en conscience ».
Il s’est uni à Énarété, orientant le chemin vers « ce par quoi on excelle », ou encore, vers « les qualités du corps, de l’âme ou de l’intelligence ». Celle-ci est la fille de Déimachos, celui qui « tue le combat », que l’on peut comprendre comme celui qui cesse de donner la priorité à la lutte contre ses imperfections. Cette description d’Énarété correspond à l’une des grandes recommandations du chemin spirituel : insister sur le renforcement du meilleur en soi plutôt que sur la lutte contre l’ombre et ce que l’on considère comme le mauvais. Ce travail se fait en privilégiant éventuellement l’un ou l’autre des trois plans, selon sa propre nature, et donc dans l’une des directions du yoga : yoga des œuvres, de la dévotion ou de la connaissance.

Le couple Éole-Énarété eut sept fils et cinq filles dont les descendances décrivent les expériences du chemin juste. Ils seront abordés dans les prochains chapitres. Nous ne ferons ici que les citer, en joignant une indication succincte du travail correspondant :
Les sept fils, tels qu’indiqués par Apollodore, sont cités ici dans l’ordre de succession le plus probable (nous examinerons les incertitudes concernant cette liste dans un chapitre ultérieur) :
– Sisyphe : la voie de l’effort et la lutte contre les illusions (la victoire est remportée par son petit-fils Bellérophon).
– Athamas : les premiers contacts avec l’être psychique et l’évolution vers la rectitude ou l’intégrité.
– Magnès : l’aspiration, préalable à la victoire sur la peur.
– Salmonée : une phase dans laquelle l’ego conduit dans une impasse d’orgueil spirituel.
– Créthée : les résultats du travail intérieur et la première grande expérience spirituelle
– Périères : le mouvement juste.
– Déion : la conscience unie.

Les cinq filles, représentant des « buts » vers lesquels doit tendre le chercheur, ne semblent pas alterner avec les fils selon la gamme chromatique bien que cette organisation soit séduisante, mais se situer vers la fin du parcours. Nous possédons toutefois trop peu d’éléments pour les situer avec certitude.
Nous avons parlé d’Alcyoné un peu plus haut, car elle s’unit à Céyx, le fils d’Éosphoros.
– Canacé : elle est la mère des Aloades qui combattirent Zeus à une période avancée de la quête.
– Pisidicé : celle qui est convaincue du mouvement juste et oriente la quête vers « les petites choses ».
– Périmèlé : tout ce qui concerne la connaissance.
– Calycé : bouton de fleur, ou bourgeon : ce qui est en germe dans l’humanité la plus avancée.

Il existe deux ou trois Éoles homonymes que certains auteurs anciens ont eu tendance à confondre. Nous ne citerons ici que celui qui est mentionné par Homère dans l’Odyssée. Ulysse aborde sur son île, « une île flottante tout entière enclose d’un mur de bronze indestructible. Zeus lui avait confié la garde des vents mugissants qu’il apaisait ou excitait à son gré. Il avait eu six fils et six filles qu’il avait données pour épouses à ses fils et leur vie était un continuel festoiement dans une totale abondance, harmonie et pureté. »
Cet Éole est, dans le présent mythe, le fils d’Hippotès « le maître du vital » ou « le pouvoir sur les forces de vie ». Il symbolise donc la « libération vitale » qui donne la maîtrise sur les énergies de vie. C’est à ce titre qu’il est maître des vents ou « souffles puissants ». C’est l’environnement d’Éole qui nous en donne la clef : ses douze enfants mariés entre eux évoquent en effet le Qi chinois, assez semblable au Prana indien et peut-être aussi à l’animus grec.
En effet, les « souffles » chinois circulent dans douze méridiens, six yin et six yang qui fonctionnent par couples (poumons/gros intestin, etc.), tout comme ici les enfants d’Éole « maître des souffles ». De plus, il est dit que le Qi préexiste à la dualité, raison pour laquelle « Éole est cher aux dieux immortels ». L’art de la maîtrise des souffles est le Dao Yin ou Qi Gong.
Le siège du gouvernement de ces souffles vitaux est situé dans une « structure » à la frontière du vital, sans ancrage dans le corps (une île flottante). La maîtrise des souffles est donc accessible par un travail à la racine du vital. En abordant l’île d’Éole, Ulysse est donc parvenu symboliquement au point où il peut obtenir le pouvoir sur ces énergies de vie fondamentales.

Les autres enfants d’Hellen (Doriens, Achéens et Ioniens)

Il semblerait que les quatre principaux peuples Hellènes nommés dans l’Iliade, à savoir les Éoliens, les Doriens, les Achéens et les Ioniens, n’aient été introduits dans la descendance d’Hellen qu’au début de notre ère. Les personnages qui les représentent n’ont donc pas d’histoire propre.
Selon la compréhension courante, ces tribus caractérisaient indifféremment chez Homère l’ensemble des Grecs combattant contre les Troyens. Toutefois dans l’interprétation proposée ici, leurs noms ne sont pas totalement équivalents et désignent, selon le moment du mythe où ils sont utilisés, l’un ou l’autre aspect de la recherche qui doit être prioritaire. Pour des raisons pratiques de présentation des arbres généalogiques, la descendance active (du point de vue mythologique) a été regroupée sous le seul nom d’Éole, « celui qui est toujours en mouvement » ou celui qui marche vers « la libération ». (Cf. Planche 7)

Les trois autres peuplades ont été organisées en deux branches.
D’un côté, on trouve Doros « le don de soi  » ou encore « le juste mouvement vers l’union (avec oméga, tourné vers l’incarnation) ». Il eut un fils Aigimios « le plus haut degré de consécration (auquel puisse prétendre la personnalité)», héros qui intervient dans les toutes dernières campagnes d’Héraclès.
De l’autre, figure Xouthos « jaune d’or, clair » ou avec les lettres structurantes « celui qui descend en lui-même ». Il s’unit à Creuse (Créousa) « l’incarnation » fille du roi d’Athènes Érechthée, lequel marque l’entrée définitive dans la quête et le moment où le chercheur n’est plus dominé par la peur dans sa relation au Divin (le père d’Érechthée est Pandion « celui qui donne tout à l’union » et sa mère Zeuxippé « le dieu-cheval » ou dieu-force).
Creuse donna à Xouthos deux fils Achaios et Ion. Achaios « la concentration » ou « le chemin vers le vide » exprime un rassemblement de la conscience ou une évolution vers l’immobilité et la vacuité intérieure, et Ion « une évolution de la conscience » qui, avec l’oméga inclus dans son nom, s’ouvre vers la matière. Il eut aussi une fille, Diomédé « celle qui a pour dessein le Divin », qui s’unit à son cousin germain Déion, l’ancêtre d’Ulysse.

Les enfants de Protogénie

Tandis que la descendance d’Hellen relate les expériences à la portée des chercheurs « ordinaires », celle de Protogénie illustre celles de « ceux qui marchent devant », les initiés les plus avancés, ceux qui sont parvenus au stade du dernier enfant d’Éole, Déion, symbole de « ceux qui ont réalisé l’union » en l’esprit.
Cette branche s’ouvre sur un chercheur animé d’un puissant « feu intérieur » (Aéthlios), œuvrant pour l’humanité future – sa femme est « Calyce, le bouton de fleur » (psychique) et se poursuit jusqu’à « l’ivresse divine » (Œnée) et le « détachement total » (Déjanire).
Nous y rencontrerons aussi Léda, (mère d’Hélène, Clytemnestre, Castor et Pollux), Méléagre (celui qui réussit à maîtriser les énergies les plus archaïques par « la chasse au sanglier de Calydon ») et Diomède (l’un des grands héros de la guerre de Troie).

Les enfants de Deucalion de moindre importance

Selon le Catalogue des Femmes, Deucalion aurait eu d’autres enfants que nous pourrions interpréter sous toutes réserves comme suit :
une fille, Pandore, « le don de soi ». Elle fut, par son union avec Zeus, la mère de Grec « d’anciennes ouvertures de conscience », l’ancêtre de tous les Grecs. Cette dénomination des habitants de l’ancienne Grèce est tardive, mentionnée pour la première fois par Aristote au quatrième siècle avant J.-C. Cette histoire résume la mise en route du chercheur : l’aspiration de celui qui appelle l’union (Deucalion) – l’engageant dans une sévère purification émotionnelle (le déluge de Deucalion) -, tournée vers le feu de l’Esprit (Pyrrha), ouvre sur « un don de soi » qui, au contact du surmental, réveille et nourrit les mémoires des expériences spirituelles du passé. Autrement dit, la quête est une continuité par-delà les vies.
Une fille Théia « la divine » ou Thuia « la conscience intérieure » qui fut l’amante de Zeus et lui donna un fils Magnes « l’aspiration » : cette légende confirme celle de sa sœur ci-dessus.
Un fils Amphictyon, « ce qui concerne les fondations » ou « tout ce qui a trait à l’ouverture aux mondes supérieurs » ou à « l’élargissement de la conscience ». Il est le fondateur de la ligue religieuse (amphictyonie) qui avait pour sanctuaire le temple d’Apollon à Delphes et celui de Déméter à Anthéla : les « bases » du chemin devaient être assimilées à ce stade pour qui voulait s’engager dans la quête de liberté, dont les étapes seraient illustrées dans la descendance de son frère Hellen. Cela impliquerait, avec Déméter, un travail de « connaissance de soi » et avec Apollon, une recherche de contact avec l’être psychique.

CRIOS : LES GRANDS VENTS BORÉE, NOTOS, ZÉPHYR, EURUS ET LA DÉESSE HÉCATE

Crios uni à Eurybia exprime les forces par lesquelles s’accomplit le mouvement divin de retour vers l’origine (ΚΡ+Ι). Dans sa descendance figurent les quatre grands vents Eurus, Notos, Zéphyr et Borée, ainsi que la déesse Hécate.

Voir Arbre Généalogique 6

Hécate tenant deux torches et dansant devant un autel

Hécate tenant deux torches et dansant devant un autel – British Museum

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Ici, l’épouse du Titan n’est pas l’une de ses sœurs, une Titanide, mais une fille de Pontos (la Vie) se nommant Eurybia (ou Eurybié) « vaste force », le plan le plus élevé du vital. Il y a donc tout lieu de penser que cette union est temporaire et travaille à dynamiser le mouvement de retour. Lorsque ces forces chargées de reconnecter la totalité de notre être à sa source divine auront rempli leur but, successivement sur les plans du mental et du vital, Crios retrouvera son épouse légitime, probablement la Titanide Thémis, « la loi Divine ».

Le couple eut trois fils, Astraéos, Persès et Pallas (cf. Planche 6).

Le premier, Astraéos (étoilé), s’unissant à la déesse Éos « le déesse de l’aurore (le Nouveau) », est à l’origine des « lumières divines » (ou prises de conscience) que sont les « étoiles », et des « aides divines » que sont les quatre grands « vents », sur le chemin du retour à l’Unité.

Le second, Pallas « la force qui aide à établir la libération totale (esprit et nature) », par son union avec Styx « réalisation d’une intégrité totale », évoque les puissances qui deviendront disponibles à l’homme lorsque la réunion corps-esprit sera effective.

Enfin, Persès « la puissance de transformation », par son union avec Astéria « une infinité de points lumineux (étoilée) », décrit la multitude de transformations requises pour parfaire cette évolution, permettant l’influence progressive de la déesse Hécate « celle qui vise des buts lointains » ou « celle qui est hors de l’aveuglement de l’esprit », la divinité qui doit régner sur l’avenir de l’humanité.

Astraéos (Astraios)

Astraéos, s’unissant à la déesse de l’aurore Éos, représente l’action d’une multitude d’états de conscience lumineux (conscience étoilée, points de matière-lumière) qui doivent conduire vers l’éternel Nouveau, Éos, par la maturation de l’être psychique. Leurs enfants sont donc « les aides spirituelles » qui permettent la croissance de ce dernier. Les anciens les ont classées en deux catégories, les « étoiles » et les « vents ». Ce sont respectivement les aides passives et actives de l’Absolu : les « étoiles » guident l’homme qui aspire, les vents le « bousculent » ou le « soutiennent » selon les nécessités de son évolution. Ces derniers ont été très tôt « anthropomorphisés » dans l’Église chrétienne encore imprégnée de culture grecque. Les théologiens les nommèrent « anges », du grec αγγελος, mot qui signifie « messager » mais ils gardèrent parfois l’image grecque des vents pour décrire ces forces.
Ce sont les vents des quatre points cardinaux symboliques : Borée le vent du Nord, Notos le vent du Sud, Euros (ou Eurus) le vent d’Est et Zéphyr le vent d’Ouest.
Ils ont chacun une tâche spécifique correspondant à cette direction symbolique, intervenant fréquemment dans les récits de la quête de la Toison d’or, de l’Iliade et de l’Odyssée, pour aider, stimuler ou entraver de façon salutaire le cheminement des héros. Ils indiquent la « tendance » de la phase correspondante, les aides que le chercheur reçoit ou les obstacles qu’il doit surmonter.
Comme leur tâche est tout autant de soutenir que de redresser les erreurs, leurs manifestations tumultueuses peuvent sembler rudes au chercheur. Le plus souvent, ce sera Poséidon, le dieu du subconscient qui, réactivant des nœuds émotionnels, soulèvera ces vents en bourrasques ou en tempêtes contre les héros.
Il ne faut pas les confondre avec la multitude des vents mineurs, redoutables et nocifs, qui mettent en péril les marins, détruisent les moissons et qui eux sont issus de Typhon « l’ignorance » (cf. Typhon au chapitre 3). Ces vents nocifs sont les manifestations de surface que Typhon, vaincu par Zeus, anime depuis le Tartare. L’homme inconscient, ils le malmènent au gré des forces de la nature, et le tirent vers le bas.
Il y a donc lutte entre les quatre grands vents « sollicités » par l’âme et ceux qui s’opposent à l’évolution de toute leur forces et maintiennent sous leur joug la presque totalité de l’espèce humaine.

Il n’est pas très facile de déterminer précisément les caractéristiques de ces grands vents car les anciens semblent les avoir décrits chacun selon leur expérience propre. Nous resterons ici au plus près du texte d’Homère qui, selon les étapes du chemin, faisant varier leur intensité de la douce brise à la tempête, voulut donner une « impression » générale de la difficulté du passage considéré. Toutefois, la force appliquée (par l’Absolu) est proportionnelle à la résistance. D’autre part, la perception que chacun peut en avoir est variable, selon sa nature et sa progression dans un domaine particulier.

Borée

Borée enlevant Oreithyia

Borée enlevant Oreithyia – Musée du Louvre

Borée est le vent du Nord, froid et sec. La saison qui le caractérise est l’hiver.
C’est le vent de l’ascèse spirituelle. Sa terre d’élection est la Thrace, la province située le plus au Nord de la Grèce et considérée comme le pays froid par excellence. Avec les lettres structurantes de son nom, Β+Ρ, il représente la force qui accompagne le processus d’incarnation (Β), en accord avec le mouvement divin (Ρ).
« Vent » de l’ascèse, il est longtemps celui de l’effort. Effort qui peut être excessif et égarer le chercheur. Aussi rencontre-t-on en Thrace les déviances d’une ascèse mal conduite ou trop violente. Comme Diomède le Thrace « celui dont la pensée est tournée vers le Divin», qui nourrissait ses chevaux de chair humaine et qu’Héraclès devra affronter dans son huitième travail.

Mais l’effort spirituel bien conduit peut générer des résultats extraordinaires, en particulier en élevant les vibrations du vital : selon Homère, Borée, transformé en un cheval aux crins d’azur, couvrit les juments d’Érichthonios qui eurent de lui douze pouliches. Celles-ci couraient sur les épis de blé sans les courber et parcouraient le large dos de la mer sur la cime des vagues.
Érichthonios est l’un des premiers rois d’Athènes. Il gouverne donc les débuts de la quête. Durant cette période, le chercheur est conduit à apaiser ses réactions émotionnelles afin que les somatisations soient réduites au minimum. Mettant son mental le plus élevé et purifié à contribution (crinière bleue), ni il abîme les fruits de son travail, ni ne se laisse troubler par les remous émotionnels ou vitaux.

Dans un passage de Pausanias, Borée a des serpents à la place des pieds, ce qui exprime sa contribution à l’évolution de la matière dans l’incarnation.

Il s’unit à une fille du roi d’Athènes (Érechthée) nommée Orythie, « celle qui s’élance impétueusement sur la montagne (la montagne est le symbole du chemin spirituel) ». Cette union apporte à l’ascèse une ardeur d’élévation et d’aspiration.
Comme on le verra, les rois d’Athènes « dirigent » la construction de l’être intérieur, l’être psychique. Érechthée est le septième roi, un fils de Pandion « celui qui s’est donné totalement à la Vérité (ou à l’union en conscience Pan+ΔΙ) », c’est-à-dire un chercheur relativement avancé sur le chemin.
De son union avec Orythie naquirent deux enfants, Calaïs « l’aspiration (de la racine καλ appeler, + I)» et Zétès « celui qui cherche, qui s’efforce (issu de Ζητεω) ». Ils représentent les bases de la quête, l’une issue du psychique, l’autre plus volontaire. Nous retrouverons ces deux personnages à de maintes occasions. Ils sont surtout célèbres pour avoir poursuivi très longtemps les Harpies lors de la quête de la Toison d’Or.

Orythie donna aussi deux filles à Borée, Chioné « d’une blancheur de neige » ou « l’évolution de la concentration de la conscience » et Cléopâtre, « les célèbres ancêtres (réalisations passées) ».
Chioné eut de Poséidon un fils Eumolpos « un chant qui sonne juste », c’est-à-dire « une façon d’être harmonieuse ». Alors qu’elle venait d’accoucher, Chioné jeta l’enfant à la mer car elle craignait la colère de son propre père Borée, mais Poséidon récupéra l’enfant : ainsi, alors que la quête est bien engagée et porte déjà des fruits, parvient à la conscience la possibilité d’une « voie ensoleillée », Eumolpos « une façon d’être harmonieuse » (résultat d’une purification obtenue par le rassemblement de la conscience alliée à des forces subconscientes représentées par Poséidon). Mais le chercheur, encore trop crispé dans son effort personnel, ne peut intégrer à son ascèse la détente qu’elle représente. Cette voie de juste équilibre doit patienter dans le subconscient avant de pouvoir s’imposer.
On ne s’étonnera donc pas que dans nombre de traditions Eumolpos soit lié aux mystères d’Éleusis auxquels il initia Héraclès après l’avoir purifié du meurtre des Centaures.

Certains disent qu’Apollon passait l’hiver en Hyperborée, c’est-à-dire dans la contrée « au-delà de l’ascèse » : c’est le moment où l’effort n’est plus nécessaire car le yoga est pris en mains par l’être psychique. Nous avons vu qu’en ce pays « règne le printemps perpétuel et que les choses n’ont pas d’ombre » : c’est le lieu de l’éternel Nouveau hors dualité.
L’incarnation et l’aspiration, caractéristiques de Borée, peuvent sembler antinomiques. Mais l’opposition ne se manifeste que dans la voie qui rejette la possibilité de transformation des plans inférieurs, la voie Troyenne, ou dans celle du matérialisme qui nie toute réalité aux mondes de l’esprit.

Notos

Notos est le vent du Sud, réputé malsain. Selon l’Iliade « il enveloppe les hauteurs de la montagne d’un brouillard odieux au berger, mais que le voleur préfère à la nuit ». Il est tout aussi dangereux pour les marins.
Il représente donc une force qui masque autant le but que le chemin et favorise les obstacles afin que le chercheur conquière sa liberté. Son domaine d’action s’étend du plan vital jusqu’aux plus hauts niveaux du mental spiritualisé, c’est-à-dire tout au long de la quête. C’est le symbole d’une confusion, mais une confusion nécessairement salutaire, car Notos est un fils d’Éos et Astraeos.

Selon les lettres structurantes de son nom, Ν+Τ, il démontre une force d’aspiration, qui, en excès, peut conduire vers une trop forte propension à la désincarnation en apportant la confusion mentale. Il est à la fois l’opposé et le complémentaire de Borée.

Eurus

Eurus (ou Euros) est le vent d’Est. Symboliquement, il est donc porteur des forces de renouvellement : le symbolisme de l’Est est en effet celui lié au soleil levant, à une nouvelle journée.
Son nom comporte la même lettre structurante Rho que ceux d’Éros, Rhéa et Héra, celle du « juste mouvement ». Il signifie « qui coule bien ».
Homère nous dit « qu’il fait fondre la neige que le Zéphyr a accumulé » annonçant ainsi le printemps. Il associe souvent aussi l’Eurus et le Notos, « qu’ils unissent leurs souffles ou qu’ils s’opposent ». Il s’agit dans ce dernier cas d’un combat entre la confusion, le Notos, et ce qui pousse au nouveau, l’Eurus.
Comme il souffle vers l’Ouest, il oblige aussi à examiner le passé et ses blocages.

Zéphyr

Zéphyr est le vent d’Ouest. Chez Homère, il soulève « la violence des tempêtes d’automne qui font tomber les feuilles et les branches mortes ». Pour Hésiode « il éclaircit le ciel ». Son nom pourrait signifier « détremper de haut en bas ». C’est donc une force de purification agissant comme partenaire d’Eurus en « nettoyant » le passé.
Il donna à la Harpye Podargé les célèbres chevaux d’Achille, Xanthos et Balios, immortels et doués de parole.
Rappelons que les Harpyes (enfants de Thaumas, lui-même deuxième fils de Pontos, la Vie), réputées extrêmement rapides, sont les symboles de l’homéostasie (retour à l’équilibre) ou à l’inverse des renversements d’équilibre, à la racine de la vie dans ses débuts de mentalisation (ce sont des êtres ailés mais non des oiseaux). Ces variations d’états sont si rapides que la conscience ne peut que très difficilement les prendre en compte. La Harpye Podargé « celle aux pieds clairs » est celui de ces mouvements qui est lumineux, en accord avec la vérité dans la matière (retour au mouvement cellulaire vrai).
Et donc l’union d’une puissance spirituelle de purification, Zéphyr, et du mouvement juste à la racine du vital, Podargé, transforme l’énergie vitale en profondeur, la rendant « jaune doré (Xanthos) » et « rapide et libre (Balios) ».
Si ces chevaux sont immortels, c’est qu’une fois acquise, cette réalisation appartenant au monde de la non-dualité ne peut plus disparaître.
S’ils sont doués de parole, c’est que le chercheur est conscient de tous les mouvements de son vital jusque dans les niveaux les plus profonds.  Cette prise de conscience est le développement logique du travail qu’il doit accomplir pour être au courant de tout ce qui se passe en lui, en commençant par les niveaux superficiels de la pensée, des émotions et des sentiments. Plus le travail s’affine, plus il concerne les processus archaïques et très rapides de la vie et de la matière. On imagine facilement que ces accomplissements appartiennent à des phases très avancées du yoga : non seulement il faut être capable de déceler ces transformations extrêmement fugitives (elles sont incomparablement plus rapides que ce dont nous avons conscience d’ordinaire) mais il faut aussi être capable d’agir sur elles, d’en obtenir la maîtrise.

Pour illustrer l’action des vents, citons Achille priant Zéphyr et Borée de souffler sur le bûcher funéraire de Patrocle qu’il ne parvient pas à enflammer : le chercheur est obligé de solliciter ces vents (ces aides divines ou anges) pour se débarrasser de toutes traces de l’emprise de ses réalisations passées (Patrocle), même quand ces dernières ne reçoivent plus son adhésion consciente (l’âme de Patrocle est déjà chez Hadès). C’est donc une purification que le chercheur ne peut réaliser par ses seules forces.

Éosphoros

Aux quatre vents générés par le couple Astraeos-Éos, Hésiode ajoute « les astres étincelants ». Ce sont des guides, des points de repère, des moments où, comme le dit Satprem « ça existe », des instants fugitifs d’absolue présence, avec la sensation intense, légère et joyeuse que tout est parfaitement à sa place.
Hésiode réserve une place particulière au plus remarquable de ces astres, Éosphoros « le messager de l’aurore » (aussi nommé Phosphoros « le porteur de lumière », Lucifer chez les latins), car il précède le lever du soleil. Il est annonciateur du contact avec l’âme d’où sa prééminence sur les autres étoiles. (Cette fonction annonciatrice du soleil a entraîné l’identification abusive d’Éosphoros à Vénus, « étoile du matin » lorsqu’elle précède le soleil à son lever et « étoile du soir » lorsqu’elle le suit à son coucher.)

Mais une interprétation abusive des théologiens chrétiens transforma Éosphoros « le porteur de lumière », en Lucifer, une puissance des ténèbres. En effet, lui qui est porteur de la lumière divine de toute éternité fut progressivement identifié à Satan ou au Diable, ange déchu qui de par sa révolte contre Dieu devint le Prince des Ténèbres.
Il faudrait une très longue exégèse pour mettre à jour les glissements successifs opérés à partir du passage d’Isaïe « Comment es-tu tombé du ciel, étoile du matin, fils de l’Aurore ? », et de celui d’Ézéchiel dans lequel l’épithète de Chérubin est donnée au roi de Tyr. Nous nous bornerons ici à suggérer quelques pistes qui permettent de les comprendre.
Dans les mythes, les « vents » et les « étoiles » sont appelés « messagers » αγγελος. Mais comme nous venons de le voir, ces messagers comprenaient à la fois les étoiles et les vents divins et non les vents mauvais, enfants de Typhon l’ignorance. Cette distinction entre les vents se serait perdue progressivement et Éosphoros, l’un des grands αγγελος, aurait été assimilé par erreur ou intentionnellement à un vent mauvais.
Pour étayer cette dérive du sens des mythes originels, certains théologiens auraient alors construit de toutes pièces le mythe de « la révolte des anges », récit qui fut définitivement incorporé dans les dogmes au Moyen-âge. Lucifer (le porteur de lumière), le Dragon ou le Serpent (la force évolutive), et Satan (la puissance d’incarnation) devenaient un seul et même être, le diable (de dia-bolein, ce qui divise) origine du mal.

Éosphoros eut pour fils Céyx, expression de « la nouvelle lumière ».
Céyx s’unit à Alcyoné l’une des filles d’Éole. Ils s’appelaient l’un l’autre Zeus et Héra, ce qui souleva la colère du roi des dieux qui les changea en deux oiseaux, Alcyoné en Halcyon, et Céyx en oiseau de mer, le Céyx.
Le nom Céyx (Κηυξ, Κ+Ξ) pourrait signifier « une conscience qui s’ouvre à l’équivalence de l’Esprit et de la Matière ». Il représente un stade avancé de la quête, proche du surmental. Zeus permit que ces processus de conscience, aux frontières du vital et du corps, soient mentalisés (transformés en oiseaux).

Pallas-Styx

Le deuxième fils du Titan Crios, Pallas, s’unit à l’aînée des filles du Titan Océanos, Styx.
Pallas et Styx engendrèrent Zèlos, Niké, Cratos et Bia. Lorsqu’éclata la guerre des dieux contre les Titans, Océanos demanda à sa fille aînée, Styx, de conduire ses enfants auprès de Zeus afin qu’ils lui apportent leur concours. Depuis lors, aucun d’eux ne peut se manifester ni se diriger hors la présence de Zeus.
Tandis que les enfants d’Astraéos évoquent « les aides divines », ceux de Pallas représentent le but des âmes, l’union de l’Être psychique (ayant terminé sa croissance) et de la personnalité purifiée et libre. Lorsque cette union sera accomplie, lorsque Styx (fleuve frontière du royaume souterrain) sera « intégrée », alors l’Homme, ayant uni inconscient corporel et conscient, disposera des « qualités et pouvoirs divins » à savoir :
– Zèlos : le zèle jaloux (de celui qui est exclusivement consacré au Divin), l’ardeur, l’enthousiasme (transport divin).
– Niké : la victoire divine (dans l’incarnation, car la Déesse qui porte ce nom a de jolis pieds).
– Cratos : le pouvoir (issu de l’Esprit).
– Bia : la force (de la conscience de l’Absolu dans l’incarnation).
Dans l’homme actuel qui vit sur les plans inférieurs du mental, ces qualités et pouvoirs divins sont bien sûr très fortement atténués, car ils ne trouvent aucun point d’appui pour s’exprimer hors le mental conscient. L’homme ne peut en disposer qu’au niveau du surmental car « aucun d’eux ne pouvait se manifester ni se diriger hors la présence de Zeus ».

Persès-Astéria, et leur fille Hécate

Persès, le troisième fils de Crios s’unit à Astéria, la sœur de Léto. (Ce Perses ne doit pas être confondu avec ses éponymes, le frère d’Aiétès, roi de Colchide, et le fils de Persée.) Les relations entre les trois frères, Astraéos, Pallas et Persès peuvent se concevoir comme suit : avec l’appui des « aides divines » (les grands vents) données par Astraéos, Persès offre les moyens de la « ré-union » annoncée par Pallas, soit le processus de destruction-transformation qui a pour objet une infinité de prises de conscience lumineuses, « Astéria ».

Persès et Astéria donnèrent naissance à la très mystérieuse Hécate honorée entre toutes les déesses. Elle reçut de Zeus plus d’honneurs et de privilèges que les autres dieux : elle avait sa part d’autorité, nous dit Hésiode, sur la terre et la mer stérile, et même aussi sur le ciel étoilé, part qui lui revenait déjà dès l’origine, sous le règne des Titans. A celui qui l’implorait, elle prodiguait la richesse ou la gloire, son soutien et son secours, mais elle pouvait tout aussi bien priver un autre d’un bien entraperçu, si tel était son désir. Avec Hermès, elle multipliait les troupeaux mais pouvait aussi comme il lui plaisait les diminuer. Zeus lui confia la protection des jeunes hommes qui, grâce à elle, avaient vu la lumière de l’aurore qui tient mille choses sous son regard.
Hécate symbolise donc une force de transformation (issue de Persès) agissant en vue de l’établissement de la lumière de Vérité (Astéria). Elle veille particulièrement sur les chercheurs (les jeunes hommes) qui ont eu une première expérience de cette lumière, un premier aperçu de l’Unité de toutes choses.

Pour l’ensemble de l’humanité elle reste une divinité du futur. Son action est en effet subordonnée au fait de considérer tous les évènements de la vie à la lumière de la volonté de perfectionnement de soi et dans une perspective holistique (« l’aurore qui tient mille choses sous son regard »).
Cette force agit sur tous les plans de l’être, dans le corps, le vital et le mental de l’homme (« elle avait sa part d’autorité sur la terre et la mer stérile, et même aussi sur le ciel étoilé ») alors que généralement les autres dieux agissent chacun dans un domaine particulier. De plus, elle était présente avant même que ne prenne forme la conscience humaine réflexive (au temps des Titans), et donc elle agit dans tous les règnes.

Elle est l’émissaire de la Conscience de Vérité (supramentale) et le chercheur prend conscience de son action au fur et à mesure de sa progression.
Avec Hermès, la puissance d’aspiration et de connaissance surmentale, elle travaille à accroître les dons spirituels (avec Hermès, elle multipliait les troupeaux…) mais peut tout aussi bien en priver le chercheur pour peu que cela soit nécessaire à son évolution (…mais pouvait aussi, comme il lui plaisait, les diminuer).
S’adresser à Hécate, c’est vouloir « progresser en Vérité », et l’âme reçoit automatiquement la réponse qui n’est pas toujours conforme à la volonté de l’ego : elle répondait aux prières qu’on lui adressait et accordait ce qu’on lui demandait, selon son bon vouloir.

Son nom peut avoir de multiples significations selon les racines envisagées : soit « celle qui frappe au loin (dans le temps, ou sur un plan plus élevé) », c’est-à-dire une réalisation lointaine ; soit « celle qui est hors de l’erreur, de l’aveuglement de l’esprit »  ou encore le chiffre « cent » symbole d’une complétude dans l’unité.

Hélios « panoptes, celui qui voit tout » vit Perséphone se faire enlever par Hadès, mais seule Hécate entendit ses cris : c’est-à-dire que si seule la Conscience de Vérité « qui a conscience de la totalité » (Hélios) enregistre les premiers mouvements du travail dans l’inconscient corporel, seule « la volonté de transformation » (Hécate) perçoit l’affolement ou l’inquiétude du chercheur (les cris). Et si la suite d’Hécate est composée des « ombres » de ceux qui ont subi des morts violentes ou prématurées, ou de ceux qui furent privés de sépulture (elle est « reine des fantômes ») c’est que sa présence dans la conscience du chercheur aimante les nœuds enfouis dans l’inconscient qui demandent à être traités. Autrement dit, lorsque le chercheur se rapproche d’Hécate, les « nœuds » passés qui incluent les héritages de l’évolution se présentent automatiquement à la conscience ou dans la vie pour être apaisés et dissous. Aussi, partie prenante du travail d’unification, œuvre-t-elle dans le sillage de Déméter. Elle devint donc tout naturellement l’amie de sa fille, Perséphone, la précédant et la suivant dans ses allées et venues : le travail dans l’inconscient ne peut porter ses fruits que si la nature est « transformée en vérité », aussi bien dans le travail d’investigation que celui de la remontée des expériences passées et de leur « compréhension ». Ce n’est pas une vision « totale », de très haut, comme Hélios, mais une conscience de toutes les possibilités qui s’ouvrent à chaque instant.
Elle était représentée comme une femme à trois têtes ou à trois corps, qui représentent peut-être son action dans les trois temps « passé, présent et futur », ou encore son action dans les trois plans (corps, vital et mental), conformément à ses attributions.
Elle était surnommée « Einodia », « la déesse des chemins », parfois aussi Trioditis « celle des trois chemins (ou voyages) » : c’est elle qui guidait le chercheur sur son chemin spirituel, régnant sur les trois voies spirituelles (yoga de la connaissance, yoga de la dévotion et yoga des œuvres).
Elle était aussi la divinité des carrefours  (les endroits où l’âme a du mal à discerner la direction à prendre), la déesse qui protégeait dans les sentiers escarpés (les difficultés du chemin) et elle présidait aux « chemins de la nuit » (guidant l’âme dans l’obscurité).
Elle avait beaucoup d’autres surnoms, tels : Chtonia, « celle qui règne sur la monde souterrain (ou sur le corps) » ; Propylaia, «  celle qui se tient devant la porte », c’est-à-dire, dans le langage des initiés, « la gardienne du seuil ».

Comme le symbolisme exact d’Hécate n’était perçu dans l’Antiquité que par un petit nombre, elle fut parfois identifiée à Artémis ou bien emprunta des traits à Déméter et Athéna, pour être enfin associée à la face sombre de la déesse lunaire lorsque sa fonction « magique » devint prépondérante.
Elle fut donc considérée tardivement comme la divinité des manifestations paranormales, de la magie et des enchantements, associée par là-même aux enfants d’Hélios, tous de grands magiciens. Ce glissement de ses attributions et caractéristiques provient du fait que les transformations à la lumière de la Conscience de Vérité, les réponses d’Hécate au suppliant, ne suivent pas les lois humaines de compréhension du monde et peuvent donc ressembler à des « miracles ». Et comme Hécate intervient aussi dans les plans du vital et du corps, ses actions peuvent être perçues comme de la « magie sacrée ». Car les pouvoirs du monde de Vérité qui sont des pouvoirs dont peut disposer l’âme individuelle lorsqu’elle est arrivée au stade d’évolution requis, relèvent encore pour l’homme ordinaire de la magie.
Un ultime glissement en fit la déesse de la sorcellerie ou Magie noire.

Thémis

Nous incluons Thémis dans l’étude du Krios car nous supposons que lorsque l’homme aura dépassé son ego, cette Titanide pourra prendre sa place légitime de partenaire de ce Titan. Il semble en effet logique d’attribuer l’autre Titanide « célibataire », Mnémosyne, « la mémoire totale », au Titan Japet, plus spécifiquement chargé du retour vers l’Origine par l’ascension des plans de conscience.
Thémis représente la « Loi divine et l’ordre » présidant à toutes choses. Elle détient l’art de la prophétie (absolue) qui connaît en Vérité. A ce titre, elle présidait les oracles anciens, parmi lesquels celui de Delphes, et enseigna à Apollon la divination, laquelle est en quelque sorte une « préparation » à la révélation de la loi divine (car il ne faut pas oublier qu’Apollon représente une faculté en croissance dans l’homme).

Son nom, formé autour de Θ et Μ, inclut les idées de « ce qui est au centre », de réceptivité et d’équilibre.

Elle est l’une des rares Titanides qui partage la vie des dieux sur l’Olympe, siégeant comme conseillère auprès de Zeus. (Si les Titans furent relégués dans le Tartare, les Titanides semblent bien avoir échappé à cet exil : en effet, si les forces de création ne sont plus perceptibles à la conscience, les « buts », eux, le restent.)
Elle fut après Métis la seconde épouse de Zeus avec lequel elle engendra les Heures – l’égalité, l’exactitude dans l’action et la pureté – et les Moires. Ces divinités ont été examinées dans la descendance de Zeus.
On dit aussi qu’elle donna à Zeus les nymphes de l’Éridan, « les courants de conscience qui œuvrent puissamment à l’Union (Ερι+Δ) ».

COÉOS : LÉTO ET ASTÉRIA

Le Titan Coéos (Coios), uni à Phoebé, engendra Léto, symbole de l’être psychique, et Astéria. Léto s’unit à Zeus et enfanta les deux grands dieux, Apollon et Artémis. Astéria donna à Persès, fils du titan Crios, la mystérieuse déesse Hécate.

Voir Arbre généalogique 5

Léto derrière Apollon perçant de ses flèches Tityos qui essayait de la violer.

Léto est derrière Apollon qui perce de ses flèches Tityos qui essayait de la violer – Musée du Louvre

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Les lettres structurantes du nom Coeos ou Koios (Κ+Ι) expriment une projection et une ouverture de la conscience. Le sens du nom de sa femme, Phoebé, est « rayonnement ».

Léto est le symbole de « l’individuation la plus haute, Λ+Τ » (les points conscients d’eux-mêmes), ce que nous avons appelé à la suite de Sri Aurobindo « l’être psychique », ce corps qui se constitue progressivement autour de l’âme, l’étincelle divine.
Le plus haut du supraconscient œuvrant à l’individuation la plus haute (Zeus s’unissant à Léto) génère une puissance illuminatrice, Apollon, et une volonté réalisatrice, Artémis, non pas volonté de l’ego qui est raidissement, mais tension de l’âme vers le but.

Hormis dans l’épisode de la naissance mouvementée de ses enfants, la « divine » Léto n’intervient pas elle-même dans les mythes. On verra seulement ses enfants y prendre sa défense. Ainsi ils massacrèrent les enfants de Niobé, fille de Tantale, car cette dernière qui avait une nombreuse progéniture s’était vantée d’être supérieure à Léto qui n’avait, elle, que deux enfants. Nous traiterons cet épisode qui établit la prééminence de l’être psychique lorsque nous aborderons avec les ancêtres d’Œdipe, les « nuits spirituelles ». De même, Apollon et Artémis tuèrent le géant Tityos qui avait tenté de violer leur mère (cf. l’étude d’Hadès).

Astéria, deuxième enfant du couple, symbolise d’innombrables éclats de lumière générés par Persès, les destructions ou transformations.
Leur fille, la déesse Hécate, sera traitée avec le prochain couple de Titans, Crios-Eurybié.

HYPÉRION : HÉLIOS ET PHAÉTHON, SÉLÉNÉ, ÉOS

Son nom même le situe au plus haut niveau du monde des Titans : Hypérion est « Hyper+IΩ, la conscience la plus haute ». De plus, la lettre Oméga « ouvre » cette conscience vers la matière pour une transformation en de nouveaux états d’être. Sa partenaire Théia est « la Divine ». Son nom formé autour de la lettre thêta Θ, traduit un mouvement depuis « l’intérieur », celui par lequel Hypérion s’exprime. Leurs enfants sont Hélios (père de Phaéthon), Séléné et Éos.

Voir Arbre généalogique 4

Hélios - Pergamon Museum

Hélios – Pergamon Museum

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Il nous est très difficile de faire un rapprochement à ce niveau entre les concepts de la mythologie et ceux qui ont été décrits par Sri Aurobindo ou par la tradition hindoue.
Les Titans étant situés au-dessus des dieux, ils devraient donc tous être des expressions particulières du supramental. Mais il semble toutefois exister des différences de niveau, car on s’explique mal dans le cas contraire l’appellation « la conscience la plus haute » pour Hypérion.

Nous avons attribué au Titan Koios le principe de génération et croissance de l’être psychique qui se développe autour de l’étincelle divine dans l’incarnation. En effet, sa fille, la divine Léto, indique par les lettres structurantes de son nom une individuation au sommet de la conscience. Et cet être psychique évolue par la croissance de la conscience illustrées par ses enfants Apollon et Artémis. Ceux-ci sont alors les expressions du psychique destinées à passer au premier plan de l’être, « à être de plus grands dieux que les enfants d’Héra ».
L’être psychique se tenant « derrière » la personnalité de surface, il est un être central auquel nous associons Hypérion, qui se tient « au-dessus » et qui a un représentant sur chacun des plans inférieurs.

Ses enfants Hélios, Séléné et Eos appartiendraient alors au domaine de l’Être (que certains appellent le Soi), et non plus à celui du Devenir. Ils seraient respectivement des expressions de la Lumière de Vérité, du Moi vrai « non séparé » qui dans les mondes créés prend la forme initiale évolutive du « petit moi », la personnalité corps-vie-mental destinée à laisser la place au vrai MOI, et le principe animateur, le souffle qui va de l’un à l’autre, le lien qui est l’Eternel Nouveau.
Ils pourraient aussi représenter :
– un principe illuminateur, le soleil, Hélios (en résonnance avec l’Esprit)
– un principe d’action qui est aussi parfaite réceptivité au principe illuminateur : la Lune, Séléné (en résonance avec le principe de la Matière).
– un principe liant les deux précédents, le jeu divin se renouvelant sans cesse par un « éternel nouveau » : la déesse de l’aurore « aux doigts de rose », Éos, en résonance avec le principe de Joie divine, Ânanda ou Éros.

Ces trois personnages sont relativement peu présents dans les mythes car ils appartiennent à des niveaux très élevés de la conscience. A peine voit-on Héraclès, lors du dixième travail (les troupeaux de Géryon), emprunter la barque du soleil Hélios et quelque temps plus tard, incommodé par la chaleur, menacer l’astre de ses flèches. Cette familiarité avec Hélios laisse entendre que le chercheur est parvenu aux abords du supramental d’où il peut explorer les racines de l’évolution en utilisant les outils par lesquels l’âme, parvenue à un état de parfaite réceptivité (dans la barque du soleil), « connaît ».

Hélios et son fils Phaéthon

Hélios, le Soleil, serait donc le symbole du principe illuminateur de la Conscience de Vérité supramentale.

Il a souvent été confondu dans l’époque tardive avec Apollon mais il importe de les distinguer. Apollon et Artémis – lumière et force de volonté réalisatrice dans le processus de purification, détermination tendue vers le but – sont des expressions sur le plan de la conscience humaine (temporairement identifiée à l’Intelligence) de l’être psychique ou personnalité psychique car ils sont des enfants de Zeus et de Léto, c’est-à-dire de la partie divine individuée en chacun qui se construit à travers les vies.
Hélios, lui, représente la lumière de Vérité supramentale, éternelle, une avec l’Absolu.
Son nom est formé autour des deux lettres Ι et Λ qui expriment un principe d’élargissement, de « conscience totale » dans la « largeur » – Hélios est celui « qui voit tout » – et aussi d’individuation de la conscience, donc de liberté absolue dans la « profondeur ».

Hélios, « celui qui voit tout » (Panoptes), peut témoigner de n’importe quel parjure.
Lorsque les dieux se partagèrent les royaumes de la conscience, Hélios était absent. Il se fit donc attribuer une île nouvelle, très fertile, à peine émergée de la mer, « Rhodes », qu’il dessécha car elle était marécageuse, et rendit si féconde qu’il en naquit sept garçons et une fille.
Représenté comme un jeune homme d’une très grande beauté, il était comme Apollon, un archer remarquable.
Il possédait sept troupeaux de bovins et sept de moutons, chacun de cinquante têtes qui ne procréaient ni ne mouraient jamais. Phaéthousa et Lampétie, filles que lui donna Néaira (Néère), en étaient les gardiennes.

Hélios est « celui qui voit tout » donc « celui qui sait tout », car « le voyant » est aussi « l’homme de connaissance ». Connaissant tout « en vérité », il peut déceler la moindre « fausseté », y compris celle des dieux. Car ces derniers, appartenant au surmental et non au supramental, n’ont accès qu’à des vérités partielles, la « Vérité » entière n’étant accessible que dans le supramental. C’est pour cette même raison que les enfants de Léto, Apollon et Artémis, expressions de l’être psychique en devenir construit autour de l’âme, seront de plus grands dieux que les enfants d’Héra et Zeus dont l’influence est limitée aux formes mentales.
Comme Hélios appartient au plan de Vérité, c’est un dieu d’une grande beauté, selon l’association Beauté-Vérité. Et il est un remarquable archer car l’âme dans ce plan « connaît » parfaitement son but lointain, puisque c’est un domaine au-delà de ce que nous appelons le temps.
Omni-voyant (omniscient) et omniprésent, il est témoin du rapt de Coré-Perséphone par Hadès et informe Héphaïstos des amours adultérins de sa femme Aphrodite et d’Arès.

Lorsque la conscience humaine réflexive apparut et que Zeus, Poséidon et Hadès s’en partagèrent les royaumes, Hélios était absent : en effet, l’âme n’était pas encore suffisamment présente pour s’imposer car son délégué dans l’incarnation, l’être psychique formé autour de l’âme, n’était encore aux temps des Védas « pas plus gros que l’ongle d’un pouce ».
Selon Sri Aurobindo et Mère, le psychique est présent dans tout ce qui vit, bien que non individué dans les plantes et les animaux. Il y est aussi moins recouvert par le mental. Pour les êtres humains sensibles, un contact plus direct avec ces règnes est donc facilité
Tout comme les organes sont en résonance avec des forces particulières, les dieux furent mis en relation avec des noms de lieux géographiques symboliques. Rhodes fut ainsi attribuée à Hélios. Rhodos, « la rose », était pour les Grecs une représentation de l’âme, le signe d’un amour intégral pour le Réel, pur, total et irrévocable (symbolisme évident puisque l’âme est une étincelle divine, non séparée de l’Absolu).
Cet amour intégral pour le Réel représente une très bonne base dans le corps pour l’action du supramental, car c’est une île « très fertile ». Toutefois, il est d’abord nécessaire de dégager cet amour de son mélange avec le vital : Hélios dessécha l’île car elle était marécageuse.
L’union symbolique du soleil avec une île – ou avec la nymphe du même nom – et donc l’union de la lumière de Vérité et de la matière, rétablit celle primordiale Gaia-Ouranos : le supramental doit en effet réaliser l’union des deux principes (qui se sont séparés sous les effets conjugués du Tartare, de Typhon et d’Échidna) en vue de la transformation de l’homme en l’Homme, par un nouveau corps. Cette île est « nouvelle » car c’est une nouvelle matière avec laquelle doit être réalisée la jonction (la rose semble avoir aussi été un symbole de régénération).
Et les outils de la transformation, ce sont les doigts d’Éos, la « déesse aux doigts de rose », l’éternel nouveau, qui ouvre au soleil chaque matin les portes du ciel afin de permettre l’illumination de la conscience humaine.
(Selon l’historien Diodore, Rhodè, la nymphe portant le nom de l’île, fille de Poséidon selon Apollodore, donna à Hélios une fille et sept fils, les Héliades, nom aussi porté par les filles d’Hélios et de Clymène que nous verrons plus loin.)

Les troupeaux d’Hélios sont les « richesses ou dons de la lumière de Vérité ». Ils sont de même nature que celle-ci, c’est-à-dire hors du temps (éternels) et complets dès l’origine (ils ne procréent pas). Ils ne peuvent cependant être utilisés hors de la conscience lumineuse du supramental. Le chercheur est d’abord averti par des signes « étonnants » qu’il s’aventure sur un terrain dangereux, et s’il n’en tient aucun compte, il subit alors de très sévères destructions de son être. Aussi sont-ils sous la garde de Phaethousa (celle qui brille « à l’intérieur ») et Lampétie (celle qui brille « sur le plan de l’esprit ») qui, selon Homère, sont filles de Neaira « ce qui a émergé de par la quête » : c’est la conscience lumineuse de discernement acquise sur le chemin à la fois sur le plan de l’esprit et dans le cœur qui permet de se garder d’un mauvais usage de ces dons.

Après qu’Éos, l’Aurore, se fut élancée dans le ciel, Hélios le parcourait à sa suite sur un chariot de feu traîné par quatre coursiers ailés (parfois seulement deux). Le soir, en extrême Occident, il rejoignait l’océan dans lequel il se baignait avec ses chevaux. Après s’être reposé, il s’installait dans sa barque, une immense coupe qui durant la nuit, naviguant sur Océanos, le ramenait à l’Orient.
La barque du soleil navigue sur Océanos « l’océan qui entoure le monde » (chez certains auteurs sous la terre), et non sur « Pontos », ni même « Thalassa » ou « Als », c’est-à-dire sur les courants de conscience-énergie et non sur les puissances de Vie, ou la mer physique réelle.
Ce texte semble illustrer une conception géocentrique du système solaire. Mais du point de vue symbolique, le périple du soleil décrit une alternance de périodes de veille et de repos, de périodes lumineuses et sombres. Elles peuvent être assimilées soit aux périodes de proximité et d’éloignement entre le chercheur et son âme, soit, dans l’hypothèse de la réincarnation, aux phases d’incarnation, puis d’intégration durant laquelle l’âme se replie sur elle-même, dans sa « coquille », rejoignant l’Absolu.
Les mythes ne disent rien du sort des chevaux ailés lorsqu’ils ont atteint l’extrême occident, mais on peut logiquement supposer, dans cette dernière hypothèse, que c’est un nouvel attelage que reprend Hélios au matin, car la personnalité corporelle, vitale et mentale, qui « tire » l’âme pendant l’incarnation, se désagrège.

Outre Rhodè, l’épouse symbolique, Hélios eut de nombreuses liaisons dont la plus « officielle » fut celle qu’il noua avec l’océanide Perséis (ou Persé).
Celle-ci lui donna, dans la légende la plus ancienne, deux enfants, la magicienne Circé (Kirké), la puissance de vision ou de discernement de la Vérité, « la vision pénétrante qui voit dans le détail », et le roi de Colchide Aeétès (Aiétès) « celui au souffle impétueux », la conscience supérieure « qui voit la totalité » (toutes les conséquences d’une action) et tient en mains le pouvoir de réalisation dans le mental (il a la maîtrise des taureaux les plus indomptables).
Circé oblige à voir ce que l’on est et fait remonter les éléments cachés à la surface. Elle met une pression pour que tout ce qui résiste dans la nature vienne à la surface et se manifeste.
Circé « connaît » ce qui guérit (ce qui remet en harmonie, en vérité) : les initiés en ont donc fait une magicienne qui peut utiliser les pouvoirs de la nature, celui des plantes en particulier. Le « voyant » est aussi celui qui « peut ».

Lorsque se développa plus tardivement le mythe de Dédale, à ces deux enfants d’Hélios les initiés ajoutèrent Pasiphaé « la puissance de rayonnement », femme de Minos, que nous rencontrerons dans le mythe du Minotaure.
Nous retrouverons ces personnages à de nombreuses reprises ainsi que la fille d’Aiétès, la célèbre Médée.

Outre les unions précédentes, Hélios eut quelques autres liaisons qui appartiennent à des légendes peu attestées et des filiations inhabituelles, même si elles sont compréhensibles (par exemple, Pausanias fait descendre les Kharites – les Grâces Euphrosyne, Thalia et Aglaé, respectivement joie, plénitude et splendeur – d’Hélios et non de Zeus). Nous n’étudierons ici que les principales.

De Clymène « ce qui est acquis par l’entendement, ce qui est intégré », fille d’Océanos, il eut des filles, généralement au nombre de cinq, aussi nommées Héliades comme leurs frères (les fils de Rhodos), et un fils, Phaéthon, que pleurèrent les Héliades.

Phaéthon

Phaéthon est celui qui « brille au-dedans ». La légende la plus complète du mythe a été rapportée par Ovide.
Phaéthon fut élevé par sa mère l’océanide Clyméné à l’écart de son père Hélios. Épaphos, son contemporain, mit en doute sa filiation solaire. Phaéthon en demanda alors confirmation à sa mère qui lui recommanda de se rendre auprès de son père afin d’en recevoir l’assurance de sa bouche. Ce que fit Phaéthon.
Hélios, l’ayant reconnu, lui proposa d’exaucer son plus grand désir. Comme Phaéthon lui demandait de conduire son char dès le lendemain, il essaya de l’en dissuader, en affirmant que même Zeus ne pourrait jamais le faire et lui décrivit les difficultés du parcours : une route escarpée au début, des abîmes vertigineux au milieu du ciel, et une descente où l’on risquait à tout moment d’être précipité dans la mer. Il le mit en garde contre des rêveries de paysages merveilleux habités par des dieux. Puis il le prévint, quelle que fut son habileté, de la difficulté à maîtriser les chevaux, et des pièges et des figures de bêtes sauvages qu’il rencontrerait sur sa route.
Comme Phaéthon insistait, il lui céda à contrecœur, lui recommandant toutefois de ne pas s’égarer trop haut, au risque de brûler les célestes demeures, ni trop bas de crainte d’enflammer la terre, ni trop à droite au risque de rencontrer les nœuds du serpent, ni trop à gauche de peur de s’égarer dans les régions basses de l’Autel.
A peine monté sur le char, Phaéthon, trop léger, ne put maîtriser les quatre coursiers d’Hélios. Il s’égara et près du pôle glacial lâcha les rênes et réveilla le Serpent jusque-là engourdi. Des figures d’animaux monstrueux le firent trembler d’effroi. La terre s’embrasa, les villes et les montagnes brûlèrent, en tous lieux le sol fut sillonné de crevasses par où la lumière pénétra dans le Tartare, remplissant de terreur le roi du monde souterrain et son épouse.
Alors Zeus, appelé par Gaia, prit à témoin les dieux du risque de destruction encouru par le monde et foudroya Phaéthon.
Le roi Cycnos et ses sœurs les Héliades le pleurèrent.

Ce mythe est relativement tardif. Aucune mention n’en est faite avant le début de notre ère.
Différents éléments permettent d’en situer l’action dans l’une des premières phases du chemin : tout d’abord, Ovide en fait le contemporain d’Épaphos « l’attouché », un fils d’Io, l’un des tous premiers personnages dans la lignée des Inachides, celle du processus de rassemblement de la conscience. Ensuite Hygin lui donna pour père humain un Mérops qui symbolise le plan de l’intellect (Méropé est le nom de la femme de Sisyphe). Enfin, dans le mythe lui-même, la route est décrite au chercheur, y compris dans ses débuts escarpés et on le met en garde contre une vision idyllique du chemin spirituel.
Il concerne donc un chercheur déjà capable de suivre une « guidance » intérieure mais animé d’un enthousiasme vital et d’une ardeur qui doivent être « freinés ». N’étant pas certain que ses premières expériences (Épaphos) relèvent du domaine de l’âme, il en demande la preuve à l’intellect (sa mère), lequel n’est pas en mesure de le lui confirmer. Il se retourne alors vers ses « guides intérieurs » mais ne veut ni ne peut prêter l’oreille à leurs avertissements.

Il est pourtant prévenu de la difficulté de la route : un début de chemin difficile (« escarpé »), l’ascension vers les royaumes de l’esprit où l’on côtoie des abîmes (des abîmes vertigineux au milieu du ciel), et un chemin de descente dans le vital profond et le corps où l’on risque la mort à tout moment (une descente où l’on risquait à tout moment d’être précipité dans la mer). De plus, il faut tout au long affronter des forces (vitales) très difficiles à contrôler (la difficulté à maîtriser les chevaux), déjouer les illusions des paradis qui se présentent (des rêveries de paysages merveilleux habités par des dieux), et surmonter les visions d’horreur des profondeurs (des pièges et des figures de bêtes sauvages).
Il est informé que même la conscience humaine mentale la plus haute ne peut diriger l’âme (Zeus n’est pas autorisé à conduire le char du soleil) car le surmental n’a pas accès à la Vérité entière. Des consignes lui sont donc prodiguées : s’il cherche à trop s’élever, il risque de « brûler » son mental dans quelque accident psychique, et s’il descend trop bas dans le subconscient, ce sont de graves maladies corporelles qui le guettent (il ne doit pas s’égarer trop haut, au risque de brûler les célestes demeures, ni trop bas de crainte d’enflammer la terre).
Il devra éviter de réveiller les mémoires évolutives (les nœuds du Serpent) et de jouer avec les pouvoirs de la nature (les régions basses de l’Autel, lequel est dédié au grand guérisseur Chiron).

Mais le chercheur persiste dans sa volonté de décider lui-même de sa conduite, avec bien sûr, toutes les « certitudes » que lui procure sa raison. Dominé par le désir et par l’ego, il croit servir son âme (il rend grâce à son père) alors qu’il nourrit sa plus grande illusion. En pratique, il n’écoute que des « signes » qu’il interprète toujours en sa faveur et ne tient compte d’aucun des avertissements que lui donne son être intérieur. Il manque de « poids », de discernement.
C’est le corps (Gaia) qui le rappelle à l’ordre, avec un effondrement des défenses naturelles (la terre se lézarde), couplé à un sérieux coup de semonce psychique (il est foudroyé par Zeus).

Même les montagnes brûlent : la base de son expérience spirituelle est détruite. L’être psychique dont le cygne est le symbole est contrarié par ce désastre : Cyknos, « le roi Cygne » pleure, de même que ses sœurs les Héliades (les éléments réceptifs-actifs de l’être psychique).

Le réveil du « Serpent endormi » fait référence à l’éveil de la « kundalini » qui a tenu une place très importante dans les initiations du passé, lorsque les voies de la nature étaient plus abordables que celle de l’ascension/intégration.

De très nombreuses voies spirituelles, principalement en Orient, ont pour but d’accéder à l’océan de vie « le Ki » et d’éveiller la « kundalini », ce « serpent de feu » lové à la base de la colonne vertébrale, l’énergie cachée dans la matière, afin de la faire jaillir par le sommet du crâne, provoquant ainsi l’union avec le Soi, le Divin impersonnel.
Les énergies ainsi libérées à l’aide d’exercices particuliers utilisant principalement la respiration, montent à travers le corps et provoquent une explosion de la conscience dans les plans supérieurs lors d’une expérience extatique. Certains parmi les anciens pensaient que c’était la seule voie possible pour réaliser l’union du Divin involué dans la Matière et du Divin en Esprit. Lorsque cette liaison n’est pas faite, il peut y avoir de nombreuses expériences dans la matière, le vital ou les plans de l’esprit (ubiquité, guérisons, pouvoirs chamaniques…), mais aucune possibilité de transformation réelle de l’homme, à tout le moins sur le plan collectif. (En effet, seuls quelques êtres, retirés de la vie et pratiquant des ascèses extrêmement contraignantes, ont pu parvenir dans le passé à des réalisations individuelles.)
L’énergie, qui peut mettre des années à franchir les différents centres, provoque au passage différentes sortes d’éveil. Toutefois, cette activation de l’énergie depuis le bas est réputée dangereuse, soit parce qu’elle risque d’emprunter un canal latéral, (Ida ou Pingala), créant un profond déséquilibre dans les centres, soit à cause des nombreux risques de déviance résultant de son irruption en premier lieu dans les centres inférieurs, en particulier le centre sexuel. Ceci peut entraîner des chutes spirituelles, sans même évoquer les dangers pour le psychisme et le corps. Car cette énergie réveille les centres où se cachent les forces évolutives du passé, lieux de pouvoirs jouxtant des mondes où règnent des entités vitales de toutes sortes. Cette démarche requiert donc au préalable une très grande purification du vital et du mental et une stricte guidance par des maîtres eux-mêmes éveillés. Cette expérience est racontée en détail par Gopi Krishna dans son livre Kundalini, Autobiographie d’un Éveil, Editions JC Lattès, 2000. (A noter que l’auteur pense encore que c’est le seul chemin possible.)
Toutefois, cette « voie du bas » laisse inchangé le corps et le monde. C’est pourquoi ceux qui la suivaient accordaient si peu d’importance à leur transformation et ne visaient qu’à la cessation du cycle des transmigrations ou renaissances.
Sri Aurobindo déconseille vivement d’emprunter cette voie, assurant que la jonction avec le supramental, effective depuis peu sur la terre, ouvre la possibilité de transformer les plans inférieurs, sans danger aucun. Ce nouveau « yoga » permet aux énergies divines de travailler à partir du sommet de la tête et de descendre progressivement dans le corps, à la mesure de sa réceptivité pour aller à la rencontre du Divin involué dans les cellules. Il ne nécessite aucune technique, seulement une grande sincérité, un travail de purification et de libération et un abandon actif au Divin (c’est-à-dire « un don de soi » ou une « consécration »). Sur ce chemin, à partir d’un certain stade, c’est le Divin qui opère la transformation et jamais le chercheur ne reçoit plus d’énergie qu’il ne peut en supporter. Les cahiers de Satprem (Carnets d’une Apocalypse) sont édifiants à cet égard.

(On peut être tenté de rapprocher les mythes de Phaéthon et d’Icare, mais il s’agit d’expériences différentes dans la recherche spirituelle : jamais Dédale et Icare n’ont cherché à prendre la direction de l’âme, mais seulement à s’extraire d’une construction mentale destructrice et sans issue.)

Séléné

Séléné, la Lune, est une belle jeune femme qui parcourt le ciel sur un char d’argent tiré par deux chevaux.
Elle est le symbole de la lumière réfléchie dans les plans de l’esprit, un grand MOI, un état de conscience réceptif et d’exécution, symbole du féminin, qui apparaît lorsque s’efface l’ego (le « petit moi ») et reflète la lumière supramentale, celle d’Hélios le Soleil. La lune est « d’argent » et symbolise une lumière pure et intense tandis que le soleil qui incarne le supramental est d’or.
Comme très peu d’êtres sont parvenus à abolir complètement l’ego, Séléné apparaît rarement dans les mythes : le plan du Titan Hypérion est en effet un plan de perfection et sa fille représente la personnalité totalement transmutée, celle de l’Homme qui a réalisé la Liberté sur tous les plans mental, vital et physique, c’est-à-dire le transfert de la gouvernance des plans inférieurs de l’ego au Divin. Autrement dit, elle est le symbole du MOI incarné de l’Homme supramental, le symbole de la consécration totale, du parfait don de soi.
D’où, dans l’Hymne homérique à Séléné, le nom de la fille qu’elle donna à Zeus Pandeia, « Παν (tout)+Δ+Ι, celle en qui la conscience est totalement unie (au Réel) » : lorsque le plus haut niveau du mental atteint la perfection de la consécration, l’union avec le Réel est totale.

Les mythes ne nous ont laissé qu’une seule histoire concernant Séléné, celle de ses amours avec Endymion.
Endymion était un jeune homme d’une grande beauté, fils de Zeus et de Calycé. Il succéda sur le trône d’Élide à son père humain Aethlios. Séléné en tomba amoureuse. Certains disent qu’elle était si éprise qu’elle venait contempler son amant tandis qu’il dormait.
Puis Endymion tomba dans un sommeil éternel, exempté des ravages de l’âge.
Selon Apollodore, c’est lui-même qui en avait fait la demande à Zeus, lequel avait promis à Séléné de satisfaire tout désir de son amant.
(Dans une autre version, Zeus lui avait offert simplement la possibilité de choisir le lieu et le moment de l’endormissement.)

Si Séléné représente la perfection du grand MOI, Endymion en constitue l’un des degrés. Il symbolise une réalisation avancée du chemin. C’est donc dans la descendance de Protogénie « ce qui naît en avant » que nous devons le trouver. Il est en effet un petit-fils de Zeus et de celle-ci. Sa mère est Calycé, l’âme « en bouton (juste éclose) » l’une des filles d’Éole. Son père humain est Aethlios « le lutteur » et son père divin Zeus.
Comme roi d’Élide, Endymion chemine en tête sur le chemin de la Libération (Λ). Selon Apollodore, il conduisit les Éoliens chercheurs de vérité de Thessalie en Élide, de la recherche du contact intérieur (Thessalie) au travail en vue de l’union permanente (Élide). Son nom, Endymion, pourrait signifier « empli de conscience consacrée ». Il ouvre la lignée de grands héros : Œnée qui réalise « l’ivresse divine », Méléagre qui obtient la soumission du vital au yoga, Diomède qui œuvre à l’union dans le surmental, Déjanire ou l’accomplissement du parfait détachement et enfin Léda ou la réalisation de l’état de compassion (cf. Planches 9 et 10).
À ce stade, la maturation du petit moi est terminée depuis longtemps et il s’agit du transfert des plans constitutifs de cette personnalité, de la gouvernance de l’ego à celle du divin intérieur. Le sommeil éternel d’Endymion fait référence à un état totalement réceptif qui se gagne progressivement afin d’être complet (selon Pausanias, Séléné aurait eu cinquante filles avec Endymion, chiffre qui confirme une totalité dans le monde des formes). Comme le sommeil est « éternel », ce qui est acquis l’est définitivement.
Et s’il est « exempté des ravages de l’âge », c’est que la « cristallisation » ne s’opère plus, à tout le moins dans le mental et le vital : le chercheur est à tout moment « neuf », disponible et vierge devant l’instant présent.
L’ensemble des deux, sommeil et jeunesse éternels, consacrent la dissolution de l’ego.
La façon dont Endymion parvient à cette totale consécration et à la disparition de l’ego peut se produire de différentes façons, avec plus ou moins d’intervention de la volonté personnelle, ce qui explique les variantes. La dissolution de l’ego est vécue soit comme une « surprise » soit comme le résultat d’une décision.

Éos (Ηως)

 

Eos - Staatliche Antikensammlungen

Eos – Staatliche Antikensammlungen

Éos, la déesse de l’Aurore, est le symbole de l’Éternel Nouveau, fixant les rapports entre Hélios et Séléné (entre l’âme et le vrai Moi). Sa fréquentation nécessite une adaptabilité constante, une souplesse et malléabilité totales, un émerveillement incessant devant le miracle de la création en perpétuelle évolution. Tout ce qui est soumis à la force d’inertie (tamas), tout ce qui est troublé, tout ce qui fige, rigidifie, tout ce qui s’attache ou cherche à prendre, tarde ou se précipite, tout ce qui désire pour soi, (et donc croyances, opinions, désirs, préférences, habitudes…), d’une manière ou d’une autre résiste à l’avènement du Nouveau et fait obstacle à sa rencontre intérieure.
Éos se rend donc perceptible par l’action de ses enfants, les « étoiles » et les « vents », les éclats de lumière qui nous guident et les « souffles » de la Conscience Suprême qui nous malmènent ou nous soutiennent. Nous les étudierons plus loin dans ce chapitre, avec Astraéos, l’époux d’Éos et le fils du titan Crios.
Homère la nomme « la déesse aux doigts de rose » celle qui œuvre en vue de la perfection et de l’amour par la régénération. La rose est la fleur consacrée à Aphrodite et semble revêtir en partie la même signification que le lotus d’Orient. Mais surtout, cette expression indique l’extrême « délicatesse divine » dans le processus évolutif.

En grec, son nom « Ηως » ne comporte pas de consonnes. Les deux voyelles Η (hêta) et Ω (oméga) peuvent donc être considérées comme structurantes. Le hêta (Η) parle de l’Homme futur et l’oméga (Ω) de l’ouverture de la conscience vers la matière, dans le corps. Éos évoque donc le « Nouveau » qui agit pour conduire l’humanité vers « l’Homme » futur, par l’ouverture de la conscience dans la matière (Ω) et non vers les hauteurs de l’esprit. Le Nouveau doit donc être recherché au cœur des tribulations sur cette terre et non hors d’elle : le chercheur ne peut s’affranchir de sa participation au monde, à ses errances et vicissitudes.

Comme le Nouveau frappe sans cesse et sous différents modes à notre porte, c’est une déesse qui tombe constamment amoureuse, sollicitant une évolution.
Parmi ses amants il y eut Arès « le dieu de la destruction des formes », bien sûr au grand déplaisir d’Aphrodite, l’amante en titre du dieu. Cet amour est légitime si l’on considère que le nouveau ne peut apparaître dans des formes qui ne sont pas suffisamment plastiques. Une forme trop rigide doit nécessairement être brisée pour se transformer. De ce point de vue, on peut considérer l’évolution comme une suite d’assouplissements progressifs des formes et les processus de fusion-fission (sur le plan de la matière), de naissance-mort (sur le plan de la vie) et de mémoire/oubli (sur le plan du mental), comme les nécessités de la transformation. Pour cela, les cycles biologiques et ceux qui gouvernent le mental et sans doute beaucoup d’autres forces et cycles inconnus de nous, permettent d’accélérer les processus de renouvellement, le plus souvent à notre insu. Le chemin spirituel qui est un élargissement progressif et indéfini de la conscience, doit donc nécessairement permettre de rendre plastiques les différents plans afin de les rendre réceptifs à l’action divine. Rendre plastique le mental, c’est l’élargir et l’assouplir : l’élargir en lui permettant, par la purification et la maîtrise de la pensée, de considérer tous les points de vue ; l’assouplir en lui ôtant les rigidités qui proviennent des opinions, des préférences, des mélanges avec les émotions et l’imaginaire, ou qui sont générées indirectement par la peur. Rendre plastique le vital, c’est lui redonner sa capacité d’adaptation immédiate aux situations par la victoire sur la peur, l’abandon des désirs de l’ego et de tout attachement ; c’est apprendre à tout supporter sans dégoût ni déplaisir (fortification et purification des réactions nerveuses) et parvenir au détachement affectif et à l’équanimité (monde intérieur immobile quelle que soit la situation extérieure). Rendre plastique le corps, c’est supprimer toutes les peurs à la racine, faire cesser son défaitisme et la trépidation cellulaire afin de le rendre à la fois inébranlable, totalement réceptif, souple et endurant, afin qu’il puisse supporter la descente de l’énergie divine en lui (Mère décrit une énergie écrasante qui ferait exploser un corps qui ne serait pas prêt).

Le deuxième amant d’Éos fut le grand chasseur Orion, le plus beau des mortels qui peut marcher sur les eaux, symbole d’un chercheur très avancé qui a la maîtrise du vital mais n’a pas terminé la purification des profondeurs. Les dieux, désapprouvant les unions des déesses avec des mortels – il ne peut y avoir fécondation du pur (au niveau du surmental) par l’impur -, ne permirent pas que celle-ci se poursuivit et Artémis – la déesse de la purification – fut dépêchée pour tuer Orion de ses flèches. Celui-ci poursuivra alors son travail de chasseur de bêtes sauvages dans l’Hadès – dans le corps.

Mais l’amant le plus célèbre d’Éos est Tithonos, fils de Laomédon roi de Troie, et donc frère de Priam. Éos demanda à Zeus de lui conférer l’immortalité mais elle omit de mentionner la jeunesse éternelle.
Tant que Tithonos resta jeune, ils vécurent heureux aux frontières de la terre, au bord des courants de l’Océan.
Éos lui donna deux enfants, Memnon et Hémathion. Le premier fut roi des Éthiopiens et combattit comme allié des Troyens. Le second fut tué par Héraclès.
Puis, comme le temps passait, les ravages de l’âge réduisirent progressivement Tithonos à une larve qu’Éos enferma dans une chambre close où depuis il babille éternellement.

Bien que cette légende appartienne au cycle Troyen, nous la mentionnons ici car elle présente d’étroites similitudes avec celle d’Endymion, l’amant de Séléné qui obtint immortalité et jeunesse éternelle.
Tithonos est un héros Troyen et représente donc une réalisation assez avancée dans la conquête des plans de l’Esprit associée à un refus de transformation des plans inférieurs. Ce qui est conforme à son nom (Τ+Θ+Ν), lequel indique l’évolution (Ν) de la croissance intérieure (Θ) sur le plan de l’esprit (Τ). Mais c’est une réalisation qui ignore et parfois même rejette la matière.
Homère nous dit que souvent l’aurore sort du lit de Tithonos pour apporter le jour aux dieux et aux mortels : c’est-à-dire que l’aspiration au nouveau est orientée vers les plans de l’Esprit. Ce qui est « le plus avancé » sur la terre est du côté Troyen, du côté de ce fils de Laomédon, frère de Priam.
Leurs deux enfants, Memnon et Émathion, représentent respectivement « le souvenir (de l’Absolu) » ou « l’aspiration » et « une conscience qui se tient à l’intérieur ».
Éos obtint de Zeus l’immortalité pour Tithonos, c’est-à-dire que le niveau de réalisation dans la non-dualité atteint sur les plans supérieurs lui soit acquit définitivement. Mais elle « oublia » de demander qu’il conserve la jeunesse éternelle, c’est-à-dire la capacité « d’adaptation au mouvement du devenir ». Tithonos, comme l’ensemble des Troyens, refusait d’admettre que ce qui était irréalisable à une période de l’évolution humaine puisse devenir possible, et tout particulièrement ce qui sera l’enjeu de la guerre de Troie, la possibilité de transformation des plans inférieurs, soit le bas vital et le physique. Un tel refus cause un rétrécissement irrémédiable de la conscience et un enfermement (Tithonos demeura cloîtré et réduit peu à peu à l’état de larve).

 

LA STRUCTURE DE LA MYTHOLOGIE : LES TITANS ET LEUR DESCENDANCE

La structure de la mythologie grecque, constituée par les arbres généalogiques, est la clef majeure du cryptage. Certaines branches ont déjà été examinées dans le chapitre précédent « Genèse et croissance de la Vie ». Ce chapitre ne traite donc que de la descendance des Titans, à l’exception de quelques sous-branches qui n’ont pu y être raccordées, soit parce que les anciens n’ont pas donné d’indications, soit parce qu’elles se développent transversalement aux branches principales.

Cette page du site ne peut être vraiment comprise qu’en suivant la progression qui figure sous l’onglet Mythes grecs interprétation et suit le cheminement spirituel.
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Voir les Planches de synthèse suivantes :

Généalogies – Synthèse générale

Arbre généalogique de Japet – Ascension des plans de conscience

Arbre généalogique d’Océanos – Purification et libération

Cette structure comporte un certain nombre de complexités et chausse-trappes qui doivent être prises en compte lors du déchiffrement.
La difficulté la plus courante provient des différences entre les versions qui nous sont parvenues. Ce fut et c’est encore l’argument majeur de ceux qui nièrent tout sens caché à la mythologie. Les poètes, comme nous l’avons dit, offrent les sources les plus fiables en ce domaine. Car, dans le domaine de l’écrit, la poésie reçue au sommet du mental par inspiration a toujours été le mode d’expression privilégié des initiés. Toutefois, les variantes rapportées par les historiens et les mythologues, le plus souvent compilations de textes perdus offrant des points de vue différents, ne doivent pas être écartées hâtivement. Au fil des siècles, avec l’humanisme croissant et surtout à partir des tragiques, l’intérêt se porta davantage sur les mouvements psychologiques, dans un souci d’édification morale. Puis la volonté de divertissement prenant définitivement le pas, les aèdes et les rhapsodes cessèrent de chanter les vérités éternelles.
Seule une familiarité avec les textes permet donc au chercheur de discerner peu à peu ceux qui portent une vérité issue de l’expérience.

Les généalogies données par Homère, Hésiode (en particulier celles du « Catalogue des Femmes » qui lui est attribué) et d’autres poètes tels Pindare et Moschus, sont celles qui décrivent le mieux les étapes les plus avancées de la quête. Pour les mythes de composition plus tardive qui complètent les enseignements pour les chercheurs moins avancés, tel celui du Minotaure, nous avons surtout retenu la Bibliothèque d’Apollodore ainsi que les excellentes synthèses effectuées par Robin Hard et Timothy Gantz.

D’autre part, pour établir la cohérence des arbres généalogiques et afin d’éviter la confusion d’enseignements ou d’expériences relatées dans les diverses branches, les héros homonymes doivent être soigneusement distingués, bien que leur symbolisme soit similaire, mais à différents degrés d’intensité.
Toutefois, pour faciliter la lecture, nous ne les avons différenciés (par des numéros, par exemple) ni dans le lexique de l’interprétation des noms propres, ni dans les textes. Une familiarité avec les mythes permet de les identifier facilement.

L’ordre de succession des enfants d’une même famille n’est pas toujours explicité dans les mythes, en particulier celui des enfants d’Éole et celui des enfants d’Atlas (les Pléiades) qui sont des éléments clefs dans la progression. Différents indices ont été utilisés pour les situer les uns par rapport aux autres : provinces et villes de résidence, fleuves associés, descendance, etc.
Ces derniers éléments permettent également de relier certains héros ou fragments de branches à des étapes précises de la quête (par exemple, Orphée, désigné comme le roi de Thrace et l’initiateur des Argonautes aux mystères de Samothrace).

Il convient aussi de noter que nombre de mythes concernent de très longues périodes, si ce n’est la totalité de la quête, le mythe exposant la réalisation finale du processus. Par exemple, la victoire sur la peur jusqu’au plus profond du vital, illustrée par le mythe de Persée, ne peut concerner qu’en partie les chercheurs débutants, bien que ce héros soir l’arrière-grand-père d’Héraclès, situant les fameux travaux bien en aval. Il faut donc considérer le travail sur les peurs comme un « chapeau » sur les différents travaux, ces peurs devant être éliminées progressivement du mental puis du vital et enfin du corps.

Les lignées sont toujours établies selon l’ordre patriarcal. Lorsqu’un dieu, un « père divin », intervient dans la conception, il existe aussi le plus souvent un « père humain » qui permet de situer le travail correspondant au but décrit par l’héroïne. Dans le cas contraire, ce qui est très exceptionnel, l’arbre n’en sera pas interrompu pour autant, la lignée se poursuivant par les femmes sur une génération.
Les héroïnes seront donc étudiées en même temps que les personnages masculins auxquels elles sont unies. Elles représentent en général la direction du travail, la tâche à accomplir ou déjà accomplie en partie, et parfois le moyen évolutif.
Rappelons d’autre part la complexité des notions de masculin et de féminin qui dépendent, dans la façon dont on va les appréhender, du plan considéré. Un personnage féminin peut être par exemple, selon son rang, soit une force qui fait « contrepoids » au masculin de façon dynamique, soit une puissance qui limite, soit un état ou une perfection à atteindre, soit une force de réalisation qui, pour sa perfection, exige une qualité de réceptivité.

Le nombre des générations dans chaque branche représenta un problème complexe pour les mythologues. Ils cherchèrent parfois, par l’ajout de personnages intermédiaires, à donner une cohérence temporelle aux événements qui liaient les différentes branches, alors que la construction des initiés s’attachait surtout à décrire une progression spirituelle indépendante du temps. En effet, des ouvertures peuvent se produire dans la conscience sans pour autant donner lieu à des expériences, et inversement. Nous avons donc volontairement ignoré ce problème complexe dans cet ouvrage.

Nous avons vu qu’il existait peu de sources concernant les Titans et que certains noms variaient selon les auteurs, sauf en ce qui concerne les lignées principales. En suivant l’organisation en couples donnée par Hésiode et en y appliquant l’ordre obtenu avec les lettres structurantes, nous avons décrit au chapitre précédent la succession suivante (planche 3) :
Hypérion / Théia – planche 4.
Koios (Κ+Ι) / Phoebé – planche 5.
Kréios (ΚΡ+Ι) / Eurybié, fille de Pontos, – planche 6.
Japet / Clymène – planches 7 à 16 : branches d’Atlas (les Pléiades) et de Deucalion (les Hellènes et la descendance de Protogénie).
Kronos (ΚΡ+Ν) / Rhéa – planches 17 et 18.
Océanos (Κ+Ν) / Téthys – planches 19 à 25, branches des Océanides, des Inachides et des Asopides, ainsi que diverses branches mineures.

Les descendances des deux Titanides Mnémosyne et Thémis qui contractèrent des unions avec Zeus, ont déjà été examinées lors de l’étude de ce dieu.
Nous avons vu aussi que les Titans Japet et Kréios étaient associés à des déesses de rang moindre car selon toute vraisemblance les anciens voulurent ainsi exprimer que les « véritables » unions (qui logiquement devraient être Japet/Mnémosyne et Kréios/Thémis) ne pourraient exister tant que l’humanité n’aurait pas accompli les étapes préliminaires représentées par ces unions temporaires.

À l’instar des dieux, les Titans représentent des forces qui sont à la fois en nous et hors de nous, selon le point de vue où l’on se place.
Ce ne sont pas des dieux mais des courants de force-conscience. Ils appartiennent au Sans-Forme. Les dieux en revanche peuvent se manifester sous les formes choisies par eux.
Les Titans appartiennent à un monde où les puissances sont polarisées mais non encore duelles, où les contraires ne s’excluent pas mutuellement mais sont complémentaires. La polarité masculin/féminin telle que nous la comprenons n’apparaît qu’à un stade beaucoup plus dense dans l’échelle de la Conscience. Au niveau des Titans, les deux états de conscience qui correspondent aux deux membres du couple sont des expressions l’un de l’autre ou sont une même force en deux états, l’une au repos, l’autre en action.
Pour que les Titans puissent être libérés du Tartare où Zeus les a emprisonnés, une partie conséquente de l’humanité devra avoir terminé la traversée du mental et atteint le plan du surmental, lorsque Zeus sera détrôné par le deuxième enfant qui lui naîtra de Métis. Ce deuxième enfant devra assurer la transition du surmental au supramental. Le « supramental » étant le monde intermédiaire entre l’Absolu et la Création – laquelle comprend les plans du mental, de la vie et de la matière -, il peut alors inclure l’ensemble des Titans et Titanides.
La descendance de chaque Titan ou Titanide sera traitée dans les pages jointes sur quelques générations et sera examinée en détail dans les autres pages en rapport avec les mythes.

LE RÈGNE DE ZEUS ET LE CHÂTIMENT DE PROMÉTHÉE

Le règne de Zeus marque dans l’humanité le début de la prépondérance du mental sur les forces de vie. Simultanément, l’humanité entra dans de longs cycles du mental durant la moitié desquels la connexion au Réel est perdue : c’est le symbole du châtiment de Prométhée et de la quête des apparence par son frère Épiméthée.

Voir Arbre généalogique 7

Atlas et Prométhée - Vatican Museums

Atlas et Prométhée – Vatican Museums

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Le règne de Zeus

Puis, « quand les dieux bienheureux eurent achevé leur temps de peine et tranché par la force, face aux Titans, le litige des honneurs revenant à chacun, voilà qu’ils pressaient l’Olympien, Zeus au vaste regard, d’être roi, maître et seigneur des immortels (sur les sages conseils de la Terre). C’est lui qui répartit entre eux de bonne façon les honneurs revenant à chacun. »
Après avoir affirmé leur volonté de maîtriser et d’éloigner les forces primitives qui avaient permis la croissance vitale de l’humanité, les puissances du surmental acceptèrent de se mettre sous la houlette de la plus haute d’entre elles, « afin qu’elle les distinguât et dirigeât leur jeu ». Zeus possède un « vaste regard », la conscience la plus étendue : sur ce plan, nul ne peut le surpasser.

Hésiode définit ensuite le cadre de l’évolution humaine – celui de la « progression spirituelle » car il ne semble pas que les anciens maîtres de sagesse aient fait de différence entre les deux – en donnant à Zeus successivement sept épouses que nous avons étudiées dans le chapitre précédent. Nous ne rappelons ici que Métis et Héra.

Zeus, la conscience surmentale, s’étant imposée sur les puissances en charge de la croissance vitale puis sur la puissance d’ignorance, Typhon (le désordre, l’incohérence et les tourbillons du mental émergeant), put féconder Métis, (la déesse de la sagesse, fille d’Océanos, d’un courant de conscience-énergie) : ce fut l’entrée dans le processus de l’acquisition de la Connaissance exacte ou du Discernement. Puis, lorsqu’il avala la déesse, c’est-à-dire lorsque le surmental se consacra totalement à la réalisation de l’Intelligence cosmique par identification, alors pouvait naître Athéna et l’homme put entrer dans la quête par un retournement intérieur. Car Métis, du sein de Zeus, « l’aide à discerner le bien du mal » et leur action combinée conduit à la « connaissance de soi ». Métis sera donc présente dans la conscience lors de toutes les autres unions de Zeus, que ce soit avec des déesses ou des mortelles : le discernement ou l’Intelligence est donc la clef de voûte de l’ensemble. Seule Héra s’unit avec Zeus bien avant Métis, et même à l’insu de leurs parents (Iliade, XIV 295) car son action limitatrice dans le mental intervient bien avant l’entrée dans le processus de discernement.

La durée de cette intégration concerne la totalité du champ de la mythologie grecque qui se développe sous l’égide d’Athéna, « l’égale de son père en force ardente et en sage vouloir » car jamais n’y apparaît le deuxième enfant de Zeus et de Métis, « un fils au cœur plus que violent, qui doit devenir le roi des dieux et des hommes ». Ce dernier détrônera son père, mettant définitivement un terme au règne de la conscience mentale.

L’autre menace qui planait sur la royauté de Zeus (sur la suprématie de la conscience mentale) fut évitée par le mariage contraint de la déesse Thétis avec un mortel, Pelée, car une prophétie avait annoncé que son fils serait plus puissant que son père. Zeus devait donc absolument éviter cette union pour lui-même. Thétis et Pelée eurent un fils célèbre, Achille qui donna la victoire aux Grecs lors de la guerre de Troie.

Enfin, ce fut son mariage, celui-là définitif, avec Héra, « le juste mouvement » de limitation. Leurs enfants font évoluer la conscience humaine dans l’incarnation par le renouvellement des formes (Arès et Héphaïstos) selon le plan divin. Héra fut toujours considérée comme la grande déesse d’Argos, celle des ouvriers de « la brillance », de la « rapidité » (et du « non-agir »).

Prométhée et Épiméthée

Simultanément à l’instauration du règne du mental se produisit dans la conscience humaine un phénomène qui fut symboliquement traduit dans toutes les mythologies par l’image de la « chute ».
Tant que l’homme reste de façon prépondérante sous la gouverne de son vital (pulsions, émotions, sentiments) les deux forces fondamentales de l’univers, fusion et séparation, jouent entre elles de façon non dissociée comme elles le font dans le règne animal. Il n’y a ni conscience morale, ni faute, ni honte. Mais pas non plus de possibilité d’individuation : selon les connaissances occultes, dans le règne animal, ce sont principalement des « âmes groupes » qui gouvernent l’évolution.
Lorsque l’homme entre dans le mental réflexif dont l’objet est de gagner l’individuation, s’instaure un processus de discernement qui implique à la fois une distanciation de l’objet et une connaissance par identité. Le mouvement de séparation s’effectue par le mental logique ou mental de raison et celui de l’identification par l’intuition.
Au terme du processus, la vérité de l’action doit être perçue par l’intuition et réalisée par la raison, ce qui conduit à l’acte juste. Mais cette évolution a été faussée, nous l’avons vu, dès les premières manifestations de la force mentale nerveuse par une puissance opposée qui a perverti les fondements naturels de la vie. Les Anciens l’ont appelée Échidna « la vipère », celle qui introduit le sentiment d’une existence séparée. Car tout dans ce monde créé semble soumis à des forces opposées pour la réalisation d’une perfection supérieure.

Poursuivant la nécessaire construction d’un centre de conscience individualisé, la nature a utilisé la force de séparation, avec ses déviations, mélanges et impuretés, pour l’élaboration d’un « ego » ou personnalité (au sens de masque). Sous la double influence de l’ignorance fondamentale, Typhon, et de cette perversion, Échidna, la raison prétendit accéder seule à la Vérité, plutôt que de servir l’intuition, laquelle se perdit dans des procédés variés de divination active, perdant tout contact avec le Réel. Car la chute n’est rien d’autre finalement que la perte du contact intérieur, ce que rejoue tout enfant à un moment ou à un autre avant l’âge de raison, sauf les êtres nés libres, sans ego.
Ce processus devait toutefois être modulé par un principe fondamental de l’univers, vibratoire ou ondulatoire, source de cycles gouvernant aussi bien le mental que la vie. L’aigle envoyé par Zeus, dévorant durant le jour le foie de Prométhée qui se reconstitue durant la nuit, représente dans le mental, l’action de ce principe : l’influence alternée des puissances de fusion et de séparation, de l’intellect et de l’intuition, essentielle à l’acquisition du « discernement ».
Bien que les symbolismes soient parfois assez éloignés, l’étude en parallèle des mythes de Prométhée et de la Genèse semble donc s’imposer.

La guerre qui opposa les dieux aux Titans clôt une période idyllique (celle de « l’âge d’Or » sous le règne du Titan Cronos, ou, dans la Bible, celle où l’homme coule des jours heureux dans le jardin d’Éden sous l’œil bienveillant de Yahvé) et assure la transition avec la prépondérance du mental.
L’histoire de l’ascension des plans de conscience dans le mental est toute entière incluse dans la descendance de Japet. Le nom de ce Titan, construit autour des lettres Ι+Π+Τ, exprime l’idée d’un lien (Π) dans la conscience (Ι) vers les niveaux les plus élevés de l’Esprit (Τ). Le nom de sa femme Clymène, « la Célèbre », laisse entendre qu’il s’agit des « victoires » de l’homme dans cette ascension. Cette lignée fut nommée par les anciens « Deucalionides », du nom de leur petit-fils.

Le couple Japet-Clymène eut quatre enfants, Atlas, Ménoitios, Prométhée et Épiméthée.

Avec les enfants d’Atlas, les maîtres de sagesse ont répertorié les étapes à franchir dans le mental pour reconquérir l’unité perdue, l’homme gagnant au cours de cette traversée son « individualité » ou sa « liberté ».
Atlas « de sa tête et de ses bras infatigables, soutient le vaste ciel ». S’il sépare ainsi le ciel et la terre, il est aussi le chemin de leur réunification : lorsque toutes les étapes représentées par ses enfants les Pléiades auront été franchies, l’unité perdue sera retrouvée. Il faudra pour cela que son fils Prométhée soit « délivré » du pilier auquel Zeus l’a enchaîné. (La pièce correspondante, attribuée avec réserves à Eschyle, « Prométhée délivré », a été perdue, mais il semble évident que Prométhée ne peut être délivré par Zeus, mais plutôt par le second enfant que donnera Métis à ce dernier.)

Ménoitios n’intervient dans aucun mythe. Hésiode nous dit que « Zeus l’envoya d’un trait de sa foudre dans l’Érèbe, en raison de sa folle présomption et de son courage ». Son nom signifie probablement « un mental effronté ».
La longue période correspondante de l’évolution couvre les deux premières étapes de la croissance mentale, celles du mental physique et du mental vital, où domine à la fois l’arrogance et un semblant de courage, proche de l’inconscience, né des pulsions de fuite ou d’agressivité. Tant que domine cette arrogance mentale, la quête ne peut pas vraiment commencer.

Les deux frères Prométhée et Épiméthée, par l’union de leurs enfants respectifs Deucalion et Pyrrha, ouvrent les deux lignées des chercheurs qui suivent l’ascension des plans de conscience dans le mental, par Hellen et Protogénie.
Celle d’Hellen, et donc des Hellènes, des Grecs « ceux qui recherchent une libération en l’Esprit ». (Ne sont pas concernés ceux qui ne sont pas encore vraiment engagés sur le chemin, généralement appelés les Pélasges, ceux qui sont « proche du début », le peuple le plus ancien du Péloponnèse chassé de Thessalie par les Lapithes. Certains affirment que l’impiété et l’arrogance des Pélasges furent à l’origine du déluge de Deucalion.)
Celle de Protogénie, « l’avant-garde », les aventuriers de la conscience.

Les noms de Prométhée et Épiméthée sont habituellement traduits par « celui qui pense d’abord » et « celui qui pense après coup », interprétation fondée sur le rapprochement de μηθευς avec « μανθανω, comprendre ». Ainsi, Prométhée prévoirait les conséquences des évènements tandis que son frère, ne comprenant qu’en surface, ne pourrait aller à contre-courant de l’évolution naturelle.
C’est ainsi que la mise en garde de Prométhée n’empêchera pas son frère d’accepter Pandore : la partie intuitive de l’homme ne peut éviter le déroulement du processus inéluctable de l’éloignement.

Une interprétation avec les lettres structurantes complète avantageusement cette première approche. Prométhée Pro + M + Θ (eus), serait celui « qui met en avant sa soumission à ce qui naît et s’exprime à l’intérieur » et son frère Épiméthée « celui qui reste à la surface de cette soumission », autrement dit dans les apparences (c’est le tout premier sens de Epi : dessus, à la surface de). L’être intérieur étant connecté au Réel, il perçoit simultanément l’action et ses conséquences. Tandis que la personnalité, l’être d’apparence, ne peut corriger qu’après coup.
Les deux frères décrivent les deux aspects de l’homme qui aborde le mental, un être intérieur encore connecté à l’Absolu, Prométhée, si ténue que soit la liaison, et une personnalité de surface, Épiméthée, qui ne peut résister à s’emparer de « la pomme de la connaissance », ici symbolisée par Pandore, la femme que les dieux ont façonnée pour lui.
Ils représentent donc aussi les deux parties du chercheur qui s’engage dans la quête, son être intérieur et une nature inférieure issue de l’évolution encore très engluée dans l’illusion, l’ignorance et les apparences.
Et c’est avec cette double nature qu’il devra cheminer, ne rejetant ni l’une ni l’autre, mais s’appuyant sur les deux. La personnalité vraie devra être libérée progressivement du mouvement centralisateur et captateur de l’ego que la nature a mis en place pour l’évolution. Une purification, puis une libération progressive devront conduire aux portes de la transformation.
Dans ce livre, est appelé « ego » le mouvement centralisateur, issu de l’ignorance, par lequel la nature réalise le processus d’individuation, dans une prise de conscience progressive de soi. L’ego, qui implique une identification de notre existence avec le moi extérieur, doit être d’abord développé pour être ensuite élargi et dissout dans la personnalité vraie. « L’homme doit s’affirmer dans l’ignorance avant de se rendre parfait dans la connaissance. » (Sri Aurobindo, La vie Divine). Le mouvement centralisateur contribue en premier lieu à la formation de l’ego ou moi animal, celui qui permet une séparation de l’âme groupe du troupeau. Puis, lorsque l’être devient sensible aux alternances du mental qui doit permettre l’acquisition du « discernement », se produit « la chute ». Le processus centralisateur qui alimente l’ego existe donc avant que le sentiment « d’être séparé » n’emplisse tout le devant de la scène mentale.
L’ego n’existe que par ses limites et périt par la perte de ses limites. C’est une formation (ou déformation) à la fois du mental, du vital et du physique. Il y a donc une libération de l’ego successivement mentale, vitale puis physique.

Le mythe commence avec l’histoire du partage de Mékoné, lorsque se « réglèrent les différends entre les dieux et les hommes, lorsqu’ils se séparèrent et cessèrent de partager les repas », c’est-à-dire lorsqu’intervinrent les premiers signes de la rupture.
Prométhée, partageant un grand bœuf, fit une première part qui avait bonne apparence en enfouissant les os dans la graisse, puis mit les meilleurs morceaux dans la panse de l’animal sacrifié, en un deuxième lot à l’aspect repoussant. Zeus, sans être dupe de la ruse et prévoyant les maux qui attendaient les mortels, choisit la première part, non sans être envahi d’une grande colère. Il se vengea sur les hommes en les privant de sa foudre, laquelle était la source du feu qui s’allumait en haut des frênes, là où les hommes venaient le chercher.
Mais Prométhée déroba le feu et le cacha dans une tige creuse de fenouil pour le donner aux hommes.
L’histoire commence avec une première séparation dans la conscience qui s’insinue dans l’état de nature proche du Réel, dans l’unité de l’enfance. Un mouvement intérieur, le sens centralisateur de l’ego par lequel l’homme devient captateur, fait son apparition : les dieux et les hommes cessent de partager leur repas. La poussée évolutive se manifeste à travers Prométhée, comme elle le fera par le serpent de la Genèse. (Certains auteurs donnent pour femme à Prométhée Pronéia « celle qui met en avant l’évolution ».) La partie de la conscience la plus haute dans l’humanité, que l’on peut ici associer aux maîtres de sagesse, sait que ce mouvement causera de grands maux, mais aussi qu’il est inévitable, car Zeus n’en est pas dupe.
Le lieu de l’action est la plaine de Mékoné « la plaine de l’opium », c’est-à-dire de l’endormissement ou de l’inconscience : tout se passe à l’insu de l’homme. Dans la Genèse, « Yahvé fait tomber une torpeur sur le glébeux » et la première conscience de la dualité se manifeste : Yahvé, d’une côte d’Adam (en fait, d’un côté de l’Arbre de Vie), crée la femme. Ce n’est pas encore Ève, mais seulement Isha, femme d’Ish. C’est une prise de conscience de la polarité, mais sans séparation. Les deux sont nus, le glébeux et sa femme, mais ils n’en blêmissent pas : il n’y a ni honte, ni culpabilité.
(Si c’est la femme qui est issue de l’homme, c’est uniquement en raison de la primauté de l’Être sur le Pouvoir réalisateur.)

Cette première étape de la chute fait perdre à l’homme sa proximité naturelle avec le Réel, le Divin dans la nature, mais aussi avec ses plus hautes manifestations que l’homme avait coutume d’aller chercher au sommet de sa nature vitale. En effet, auparavant, Zeus enflammait la cime des frênes (les arbres les plus fréquemment frappés par la foudre en Grèce ancienne), et les hommes venaient y prendre le feu : c’est-à-dire que la liaison avec l’Absolu s’établissait au plus haut de l’être vital émotionnel, de manière spontanée et simple comme on peut l’observer parfois chez les enfants. L’intrusion du mental dans le fonctionnement humain, avec son acolyte le doute, rendit ce contact direct impossible. Dieu ne se promenait plus dans le Paradis. Il semblait qu’un voile épais s’était glissé dans la conscience entre le Réel et les hommes, créant une rupture, cependant nécessaire à l’individuation.
Mais le lien ne fut pas totalement rompu. Car Prométhée, à l’insu de Zeus, donna aux hommes une semence de feu, « sperma puros », qu’il avait dérobée. Hésiode ne précise pas l’origine du feu. Chez d’autres auteurs, il provient soit d’Hélios, le soleil, soit de la forge d’Héphaïstos : le lien avec le Divin va désormais s’établir soit par un contact direct avec l’âme (le supramental Hélios), soit par un feu mental (amoindri par le phénomène d’alternance, car Héphaïstos est le forgeron boiteux).
Ce n’est plus la foudre mais un feu qui couve et se consume lentement, comme dans une tige de fenouil : à l’instar du feu de la forge, ce feu intérieur doit être sans cesse entretenu et surveillé.
Prométhée fut donc considéré comme un bienfaiteur de l’humanité par les Anciens, car il représente ce qui rappelle à l’homme son origine divine. Aussi est-il, pour nombre d’auteurs, l’inspirateur des arts, des inventions, de tout ce qui élève l’homme et l’éloigne de son animalité.

(L’expression de l’Absolu dans le vital peut être considéré comme le plus haut niveau de la magie naturelle dont certaines manifestations subsistent encore dans les chamanismes – au sens large du terme – mais un très grand nombre de facultés semblent avoir disparu, telle par exemple la connaissance intuitive des pouvoirs de guérison des plantes et des cristaux.)

La chute

Le mythe se poursuit ainsi :
Contre les hommes, Zeus imagina d’envoyer un mal qui ravirait leur cœur et qu’ils chériraient. Il ordonna à Héphaïstos de fabriquer un être fait d’eau et de terre, une vierge à l’image des déesses immortelles. Athéna devait lui enseigner le tissage et la parer d’ornements, Aphrodite lui conférer grâce et désir douloureux, Hermès lui donner la parole et lui insuffler l’esprit d’une chienne perfide.
Quand elle fut achevée, Hermès la nomma Pandore. Puis Zeus en fit présent à Épiméthée qui l’accepta, bien que son frère lui ait recommandé de refuser tout cadeau de Zeus ou de le rendre aussitôt. Jusqu’alors, les hommes vivaient à l’abri des afflictions.
Or, il y avait près de là une jarre soigneusement scellée emplie de tous les maux. Pandore ayant ôté le couvercle, ils se répandirent aussitôt sur la terre, avec l’assentiment de Zeus. Seule l’espérance, n’ayant pas eu le temps de sortir, restait sur le bord de la jarre et elle fut, selon la volonté du dieu, enfermée à nouveau.
Alors la terre et la mer furent remplies de maux tandis que les maladies « étaient privées de parole ».

Pandore porte le même symbolisme que la pomme de la Genèse, le « fruit » de la Connaissance, sous la forme des « dons des dieux » accessibles à l’homme qui aborde le mental, mais auxquels il ne doit pas s’identifier. Car ces dons (ou possibles réalisations) ne sont reliés ni à l’âme ni à l’être psychique, n’étant que les attributs donnés par les sommets de la conscience mentale à une entité issue de la matière et de la vie (faite de terre et d’eau), un simulacre de « réalité ». Cette entité n’est donc que passagère et disparaît avec la mort. C’est la personnalité, indissociable du corps, à laquelle presque tous les humains s’identifient. C’est le symbole des potentialités du mental, de la connaissance issue du bas, de la matière et non celle qui vient de l’Esprit, à laquelle seul Prométhée peut accéder. De même, l’arbre de la Connaissance est ancré dans la terre et non dans le ciel.
Lorsque l’homme, dans la partie de lui-même qui reste à la surface et s’occupe du monde extérieur, s’identifie à Pandore, lorsqu’il saisit pour lui-même la Connaissance, automatiquement apparaissent en contrepartie les maux qui sortent de la jarre : l’attachement, le désir et la souffrance qu’ils entraînent. L’homme va ainsi agir de son propre droit et non du droit du Divin. Mais Prométhée, celui qui est capable de renouer un contact, aussi ténu soit-il, avec le feu au-dedans donné aux hommes dans la tige de fenouil, sait que l’identification à l’être de surface, lequel est dominé par le mouvement centralisateur de l’ego, entraîne une séparation du Réel qui ne peut qu’être source de souffrance.
Aussi Prométhée précisa bien qu’Épiméthée, s’il acceptait un cadeau offert par Zeus, devait le rendre aussitôt. Mais « Épiméthée prit le don et devant son malheur, comprit ».
L’identification semble toutefois inéluctable, même si l’être intérieur, Prométhée, sait qu’il se fourvoie. Car sa voix est trop faible devant la mainmise du mental sur la conscience, celle que représente Zeus. Ce dernier est en effet devenu, depuis qu’il a vaincu les Titans et avalé Métis, le guide de cette étape de l’évolution. Il faudra à l’humanité un long et patient travail pour mettre un terme à cette identification à la personnalité.

Zeus mit en œuvre la même « ruse » que celle employée par le serpent de la Genèse (lequel est le symbole évolutif par excellence), la séduction.
Les « dons » dont fut parée Pandore représentent pour l’homme, Épiméthée, ce que lui font miroiter les acquis de la connaissance. À la fois seulement images du Réel et pourtant intermédiaires indispensables vers la Connaissance, ce à quoi l’homme aspire : le « Nouveau » (beauté virginale), la capacité de se dépasser (semblable à une déesse immortelle) et la variété des accès à l’Absolu (les travaux de tissage aux couleurs innombrables donnés par Athéna). Mais il en subit aussi la contrepartie, un amour soumis à la tyrannie des désirs et des angoisses ainsi qu’à la souffrance (dons d’Aphrodite), une soi-disant « volonté sincère » de se soumettre au Réel, caractérisant le « Pharisien » en tout homme (chienne perfide) qui met la satisfaction de son désir au premier plan et non la soumission à son être intérieur.
Enfin, Pandore fut dotée d’une voix par Hermès : la voix est le symbole de l’expression vraie, de ce qui « nomme » d’après la Vérité des choses. Or ici, « dans sa poitrine, Hermès mit des mots mensongers et trompeurs, des manières sournoises, comme Zeus grondant le voulait », aptes à séduire Épiméthée.

Ce n’est donc pas Pandore la cause de la chute, mais la volonté d’Épiméthée de se l’approprier, tout comme ce n’est pas l’Arbre de la connaissance du bien et du mal qui pose problème, mais celui d’en manger les fruits, de les garder pour soi. Cette volonté d’appropriation pervertit le processus de construction de l’ego qui, en son temps, est indispensable pour construire l’individualité, pour extraire l’homme de sa gangue d’ignorance, le libérer du troupeau et développer ses potentialités.

L’ouverture de la jarre est la contrepartie automatique de l’identification à la personnalité de surface, au corps. Elle soulève les obstacles indispensables à l’évolution, « maux funestes et maladies ». Auparavant, les hommes connaissaient « leur message » (par l’instinct), mais une fois la jarre ouverte, Zeus « les priva de parole » : les maladies, les souffrances et la mort ne s’intègrent plus dans le processus juste de l’évolution car l’homme n’en perçoit plus le sens. Il les analyse du haut de son mental et ses réactions spontanées se faussent. A mesure qu’il avance dans la partie séparatrice du cycle, sa perception du Réel s’émousse. Il finit par prendre le mensonge pour la Vérité avec la plus parfaite bonne foi.

Selon la volonté de Zeus, l’Espérance, qui est fondée sur la connaissance de la participation à l’Unité, « resta enfermée dans la jarre ». Il ne s’agit pas ici de l’espoir, qui est une projection mentale, mais bien de l’Espérance qui est de l’ordre de la foi, donc de la certitude intérieure, laquelle, au stade précédent, était encore instinctive. Cette connaissance de l’« Unité » reste donc cachée à l’homme afin qu’il puisse la retrouver en lui-même. La non-espérance devient un aiguillon évolutif. Si l’Espérance avait été donnée avec le reste, les souffrances n’auraient pas été privées de parole, et l’homme aurait compris la raison de son malheur. Il n’aurait pas été en mesure alors de faire ce que la Genèse nomme « l’épreuve de la liberté » lorsqu’il prend conscience de la dualité, c’est-à-dire d’opérer un élargissement de la conscience indissociable de la « libération » des désirs, des attachements et de l’ego.
En fait, le mythe précise que l’Espérance resta « au-dedans, sous les lèvres de la jarre », autrement dit accessible à qui veut se donner les moyens de la recontacter. A tout moment, l’homme a la capacité d’utiliser l’obstacle, de « comprendre » le sens de ce qui lui arrive. Il faut seulement qu’il puisse faire un pas en arrière, qu’il cesse de s’identifier à sa personnalité, à son corps, en fait, qu’il transgresse l’ordre de Zeus. Et ceci demande un travail conscient sur les « petites choses », qui, approfondi par Achille, donnera la victoire aux Grecs lors de la guerre de Troie. Lors de ce travail, le chercheur est prévenu d’éventuelles fausses routes par un sentiment de malaise intérieur.

Un éclairage similaire de cette période de l’évolution est donné dans la Genèse, avec toutefois une insistance sur quelques points particuliers qui n’apparaissent pas dans la mythologie grecque.
Dans les deux récits, les hommes vivaient dans des conditions paradisiaques, un Éden ou un Âge d’Or, et en furent privés ; puis ils se heurtèrent à un dieu exerçant sa toute puissance, peut-être même cruel et sadique.
Et surtout, les deux mythes introduisent de façon insistante la notion du « discernement » et mettent sur le compte du désir de s’approprier « les fruits de la connaissance » (la pomme d’un côté, Pandore de l’autre) tous les malheurs qui s’ensuivent : ce sont les effets des premiers frémissements du mental pour « comprendre », associés à l’ego séparateur.

Au commencement de l’histoire, l’humanité est encore dans l’enfance, dans un âge d’or qui n’est pas conscient de la dualité. Cette étape correspond au stade que l’on peut observer chez les enfants de 4-5 ans qui, bien que sexués, n’ont qu’une curiosité spontanée et naturelle pour l’altérité. C’est le temps du paradis, du jardin d’Éden, où Yahvé-Dieu se promène à la brise du jour. Tout va vraiment merveilleusement bien dans ce paradis. Yahvé y place le glébeux Adam qu’il a formé avec la poussière de la terre (adama). Ève n’est pas encore nommée. Le nom de la femme que Yahvé a donnée à l’homme pour qu’il ne soit pas seul est Isha, celle qui a été créée à partir d’un « côté » ou « pilier » de l’arbre vie et non pas d’une « côte » d’Adam, comme on l’a abusivement interprété par la suite. La dualité est potentielle mais non encore réalisée. L’homme en est encore au stade du développement de sa nature vitale émotionnelle. Sa relation avec l’environnement est encore de nature fusionnelle et instinctive. Sa pensée est rivée au moment présent et préoccupée uniquement des nécessités vitales. Il réagit aux sollicitations extérieures de manière plus ou moins impulsive et n’a pas encore acquis la capacité de discernement (le nécessaire mouvement de retrait et de séparation nécessaire à la prise de conscience objective n’a pas encore eu lieu). Sa relation à l’Absolu s’établit au plus haut de son être vital émotionnel à travers la nature qui en est l’expression la plus forte et la plus pure, et donc par le jardin et ses fruits. Dans les mythes grecs, les hommes vont chercher le feu, le contact avec le Réel, en haut des frênes. (Mélia, la femme d’Inachos, « celui qui n’est pas encore humain », fils du Titan Océanos, qui ouvre la lignée de « l’évolution selon la nature », signifie « frêne »). C’est pourquoi dans la Genèse comme dans les mythes grecs, les hommes sont végétariens.
Mais au cœur de cette harmonie, quelque chose intrigue, un arbre dont l’homme ne doit pas manger les fruits. En fait, il y a deux arbres au milieu de ce jardin : celui de la vie (cet arbre ne doit pas être confondu avec le symbole de « l’arbre de vie » dont nous avons parlé précédemment, qui, lui, contient les deux arbres) et celui « de la connaissance du bien et du mal », « l’arbre interdit ». Le premier représente le processus d’évolution dans la conscience de l’Unité et le second la croissance dans le processus d’individuation reposant sur le discernement.

Alors apparut le serpent, symbole de l’évolution dans les cycles. C’est par la femme, le pôle intuitif et donc la première avertie de la transformation à venir, que commence la mutation, l’entrée dans un mouvement séparateur destiné à l’acquisition du discernement « car vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux qui connaissent le bien et le mal » : il y eut donc en l’homme une forte pression intérieure pour évoluer, qui est de nature divine.
A partir de ce moment seulement, Ish et Isha deviennent Adam et Ève, le couple « séparé ». Le glébeux crie le nom de sa femme « Ève » (Hava-Vivante), « la mère de tous les vivants ». Et Yahvé protège symboliquement par la flamme du glaive fulgurant l’accès à l’arbre de vie, car il semblerait bien qu’Adam et Ève n’aient eu nulle envie d’y toucher : la majorité de l’humanité, dominée par le processus séparateur et la nécessaire formation de l’ego, ne se soucie guère en effet de retrouver le chemin de l’unité perdue. De la même manière, l’Espérance reste enfermée dans la jarre selon la volonté de Zeus.

Il y a toutefois une différence notable entre les deux mythes : chez les Grecs, ce ne sont pas les hommes qui furent responsables de la chute, mais un Titan, Prométhée, qui paya très cher l’aide apportée aux mortels.
Reportant la faute originelle sur les dieux, les Grecs s’affranchissaient ainsi de la notion de culpabilité qui pèse encore si lourdement sur les consciences de l’Occident chrétien. Dans la Genèse en effet, honte et culpabilité coïncident avec l’appropriation de la connaissance :
Ish et Isha étaient nus et n’avaient pas honte. Leurs yeux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus : honte.
Puis ils entendirent la voix de Yahvé dans le jardin et se cachèrent : culpabilité.
Ces deux sentiments semblent constituer des compensations au vécu de séparation. La honte, liée à l’image de soi, permet de conserver le sentiment de son intégrité. La culpabilité, liée au groupe, cherche à en maintenir la cohésion, mais sans remise en cause de l’image de soi. Il est sans doute intéressant de constater que l’Orient dans lequel prédomine l’importance du groupe ait attaché tant d’importance à la honte, comme si, de toute manière, le sentiment de la primauté du groupe ne pouvait être ébranlé, tandis que l’Occident, plus individualiste, s’attacha à la culpabilité, le sentiment de l’individualité personnelle ne pouvant être remis en question. Ce point devrait être examiné conjointement avec l’étude des différences de fonctionnement entre l’Orient et l’Occident, selon la primauté de l’un ou de l’autre des « deux cerveaux ».
Honte et culpabilité surgissent dès que se manifeste la conscience de la rupture. En fait, ils semblent bien être les compensations automatiques au processus de discernement lorsque l’enfant (ou l’homme) se coupe de son être intérieur, lequel n’est pas « séparé ». Ils disparaissent dès que l’homme retrouve son unité, quel qu’en soit le chemin (aveu de la faute et pardon, prise de conscience de l’erreur et rectification, purification et libération, etc.).
L’ego en tant que mouvement centralisateur ne peut lui-même réparer la séparation dont il souffre et profite en même temps, et ne peut donc se défaire de la culpabilité. L’être pour cela doit s’abandonner à plus grand que lui.
La culpabilité peut s’insinuer lorsque l’acte dévie si peu que ce soit du sentiment de justesse intérieure, mais elle est surtout liée à la présence de l’ego. Lorsqu’il y a effectivement déviation, elle doit évoluer vers la seule perception « d’un quelque chose qui grince à l’intérieur » et vers la volonté immédiate de réajustement.

Le châtiment de Prométhée

Zeus fit enchaîner Prométhée à un pilier dans le lointain Nord et envoya un aigle le tourmenter. Le jour, celui-ci dévorait son foie qui se reconstituait durant la nuit.
La raison de ce châtiment était non seulement le vol du feu, mais aussi les nombreuses aides que Prométhée « le bienfaiteur » avait fournies aux mortels dans tous les domaines de la vie.
Héraclès, lors de son dernier travail (ou avant dernier selon les auteurs), tua l’aigle avec l’accord de Zeus.
La version du châtiment donnée ci-dessus est celle d’Eschyle. Hésiode n’en parle pas. Selon Apollodore, l’aigle était fils de Typhon et d’Échidna et donc un résultat combiné de l’ignorance et de la perversion de l’évolution. Il suggère donc que c’est l’identification d’Épiméthée à Pandore qui occasionne la perte du contact intérieur.

Ce mythe nous renvoie aux cycles du mental que nous avons déjà évoqués, marqués par l’alternance des forces de séparation et de fusion.
C’est au plus haut niveau la projection de l’Absolu hors de Lui-même puis son retour en Lui-même, symbolisé par le Rho. Sur le plan de la matière, expansion/contraction, et sur celui de la vie croissance/ résorption. Cf. l’étude d’Héphaïstos dans le chapitre concernant les dieux de l’Olympe.
Comme la durée d’un cycle est très longue au regard des vestiges que nous conservons de l’évolution humaine, la prise de conscience du phénomène par les initiés ne dut se faire qu’à l’entrée dans une phase de séparation. En effet, si l’apparition de l’écriture avait coïncidé avec une période de fusion, il n’aurait pas été nécessaire d’élaborer des textes et de les crypter, uniquement dans le but de conserver des idées évidentes pour tous. C’était l’entrée dans une période nécessaire à l’individuation, et donc d’éloignement de la nature en son essence et du sacré qui justifiait que soit conservée de manière secrète la connaissance du processus.
En fait, ces cycles n’influencent pas l’humanité tant qu’elle appartient encore au monde de l’enfance, non parce qu’ils n’existent pas mais plutôt parce qu’ils ne trouvent pas d’écho en l’homme qui vit essentiellement dans son monde de sentiments et d’images. Il n’y a pas de résonance.
Mais plus la pensée et la réflexion prennent de place, plus la sensibilité s’affine et plus se forge la conscience mentale, plus l’homme, malgré lui, vit sous l’influence de ces forces et de leur alternance.

Les Anciens considéraient donc que pendant l’enfance les énergies circulent librement entre l’esprit et la matière dans un fonctionnement harmonieux et simultané des énergies de fusion et de séparation. Car sur le plan vital l’instinct régit aussi bien la perception de ce qui doit être fait que son exécution. C’est pourquoi le symbole qui s’applique à cette période est le S « le serpent debout » de la Genèse. En revanche, lors de l’entrée sur le plan mental, la circulation des énergies oscille entre les deux fonctions du mental, la raison et l’intuition, selon le symbole du serpent « qui marche sur son ventre » le N. L’évolution ne se produit plus selon le mouvement juste de l’Absolu mais selon la nature. Dans la Genèse, si le « serpent debout » peut aussi être associé au signe de l’infini écrit verticalement 8, alors le « serpent couché » est identique au et le commencement de ce mouvement symbolisé par le signe inachevé, alpha α. La Bible donne quelques précisions sur les nouveaux rapports de l’homme et de l’évolution dans cette nouvelle phase de traversée du mental. « Je mettrai une hostilité entre toi (le serpent) et la femme, entre ton lignage et le sien. Il (son lignage) t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon » : tandis que le mental humain freinera l’évolution, celle-ci rendra l’humanité boiteuse, à l’instar d’Héphaïstos, car elle ne fonctionnera toujours que selon l’un des deux pôles.

Toutefois l’homme ne devait pas quitter cette période fusionnelle sans une profonde nostalgie. Cette ultime résistance pour entrer dans la période mentale séparatrice nous est contée dans l’histoire de la tour de Babel. En effet, contrairement à nombre d’interprétations, les hommes choisirent de rester unis et furent punis pour cela. Yahvé, descendu pour voir ce qui se passait sur terre, conclut : « Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue. Maintenant aucun dessein ne sera irréalisable pour eux. Allons ! Descendons ! Et là, confondons leur langage pour qu’ils ne s’entendent plus les uns les autres ». En effet, le temps n’était plus à la primauté du groupe. Il fallait absolument que l’homme s’individualise, s’extraie de l’emprise du clan, accepte de rentrer dans le processus d’individuation. C’est pourquoi la chute fut aussi appelée « l’épreuve de la Liberté ».

Le châtiment de Prométhée est donc lié à cette alternance des forces dans le mental. Le jour symbolise les périodes d’éloignement, de distanciation, de séparation, durant lesquelles le lien au Réel se distend (le foie diminue), tandis que la nuit favorise le rapprochement et l’intimité avec l’Absolu, (le foie se reconstitue).

Pour le chercheur, la soumission aux cycles du mental et donc la souffrance induite par l’aigle, se poursuit tant que l’intellect n’a pas repris sa juste place comme outil d’exécution, sans interférer avec l’intuition, c’est-à-dire tant que le silence mental n’est pas fermement établi. Toutefois, cette réalisation est le plus souvent progressive, ce qui rend difficile de situer la « délivrance » du héros dans le cycle des travaux. Le chercheur peut s’apercevoir en effet qu’il est devenu libre des cycles dans certains domaines bien avant la réalisation de l’union avec l’Absolu.

La mort de l’aigle tué par Héraclès intervient lors de l’un des deux derniers travaux du héros, c’est-à-dire lorsque le chercheur a découvert les secrets qui « gardent l’immortalité » (le chien Cerbère) ou lorsqu’il devient un « connaissant » (les pommes des Hespérides).
Plus tardivement, Eschyle écrivit un « Prométhée délivré » dont nous ignorons tout, mais la tradition tardive entérina la délivrance du Titan par Héraclès. Apollodore mentionne un échange d’immortalité entre Chiron et Prométhée, mais cette version ne fait pas l’unanimité. Cet épisode sera examiné lors du troisième travail d’Héraclès.

Deucalion et Pyrrha : le mythe du déluge

Prométhée eut un fils Deucalion dont la mère est tantôt Pronoia « celle qui prévoit », ou encore « la providence, celle qui sauve », tantôt Hésione « le mental humain ».
Ce dernier épousa sa cousine germaine Pyrrha « celle aux cheveux rouges », la fille d’Épiméthée. Cette union indique une volonté de réaliser l’union spirituelle par la croissance dans les plus hauts niveaux du mental.
Pyrrha est la première mortelle née d’une union naturelle et représente ainsi la possibilité d’une réalisation purement humaine.
L’étymologie du nom Deucalion est obscure. Il peut provenir des mots Δευω « mouiller » ou « ne pas réussir » et καλια « cabane » en relation avec le déluge. Il pourrait aussi être interprété à partir de Δ+καλ : « celui qui appelle l’union ». Il semblerait que son identification à Noé dans le récit biblique ait été tardive. Le mythe est rapporté pour la première fois par Apollodore, un compilateur qui aurait vécu au premier ou au second siècle de notre ère.
Zeus, voyant que la race de bronze était pleine de violence et de vices, voulait la détruire. Sur les instructions de Prométhée, Deucalion fabriqua un « coffre », dans lequel il mit des provisions et embarqua avec sa femme Pyrrha. Zeus envoya un déluge qui fit périr tous les hommes à l’exception de quelques-uns qui s’étaient réfugiés sur les hautes montagnes.
Deucalion et Pyrrha errèrent alors sur les eaux pendant neuf jours et neuf nuits avant d’aborder les rivages de Thessalie.
Zeus, leur offrant de réaliser un souhait, dépêcha son héraut Hermès. Deucalion choisit de générer une nouvelle humanité. Sur l’ordre de Zeus, ils ramassèrent des pierres et les lancèrent par-dessus leur tête, faisant surgir ainsi, chacun, des êtres de leur sexe.
Ce mythe conserve, selon les exégètes et les climatologues, la mémoire de crues exceptionnelles en Mésopotamie vers le troisième millénaire et de façon moins probable, celle d’anomalies climatiques qui marquèrent l’entrée dans le Néolithique, il y a 11 000 ans, et causèrent en Égypte des inondations aberrantes à plus de huit ou neuf mètres au-dessus du niveau de la plaine.
Deucalion et Pyrrha eurent plusieurs enfants, parmi lesquels Hellen et Protogénie, à l’origine des deux grandes lignées de cette branche.

Sur le plan spirituel, le déluge correspond à un grand nettoyage des croyances et des formations héritées du passé dont seuls quelques éléments essentiels doivent être conservés.
Selon Apollodore, il se produit durant la phase d’évolution appelée par Hésiode « race de bronze », correspondant à la troisième étape d’évolution dans le mental et associée au développement de l’intellect (cf. ci-dessous). Lorsque l’homme se rend compte que celui-ci ne peut apporter de réponse à ses questions essentielles, il se livre à une importante remise en cause.
Mais l’Absolu ne laisse pas le chercheur dans un désert : il lui offre, selon sa nature et par le biais de ses capacités les plus hautes (Hermès), des bases nouvelles pour le chemin spirituel qui commence. Ce sont des mémoires anciennes d’humanité (les pierres) qui serviront de ferment à cette émergence.
Les neuf jours et les neuf nuits de l’errance sont les symboles de la gestation qui conduit le chercheur au début du chemin, sur les côtes de Thessalie, province des premières réalisations spirituelles.
Hellen et Protogénie, les enfants de Deucalion et Pyrrha, ouvrent les deux lignées majeures de la croissance dans les plans supérieurs de la conscience. Celle d’Hellen inclut l’ascension dans les plans de conscience dont la liste est donnée avec les filles d’Atlas, les Pléiades. Celle de Protogénie explicite les réalisations des « aventuriers de la conscience », les guides de l’humanité.

Les cinq « races » de l’humanité selon Hésiode

Hésiode, avant de poursuivre avec ce qui pourrait ressembler à des considérations morales, clôt sa description de l’évolution humaine par la définition de cinq étapes de croissance dans le mental.
Mais tout en décrivant une chute progressive par laquelle l’humanité s’éloigne peu à peu de la Vérité, il expose en contrepartie l’ascension d’une élite humaine vers les hauteurs spirituelles. Il faut donc conserver, à la lecture de sa description, cette image du jeu du yin et du yang (comme dans le signe du Tao) dans lequel le germe de la lumière grandit tandis que l’obscurité ne cesse de croître.
Tandis que l’humanité est soumise toujours davantage aux forces d’individuation, avec tous les errements dues à des ego encore tout puissants chez la majorité, une minorité, qui va s’amenuisant, alimente son feu intérieur et tente de percer vers les hauteurs au-delà du mental. Si Hésiode en perçoit les signes dans les premières étapes, il semble avoir abandonné toute espérance dans l’âge de fer où il se trouve.
« Puissé-je n’avoir plus à vivre parmi les hommes de la cinquième race et être mort avant où né après ! Car la race d’à présent est une race de fer. Le jour n’apportera pas de répit à leurs pénibles souffrances, ni la nuit aux soucis amers et dévorants que leur enverront les dieux. A leurs maux, toutefois, quelques biens seront mêlés. Zeus détruira aussi cette race d’hommes périssables, le jour où ils naîtront avec les tempes blanches. Le père alors ne ressemblera plus aux enfants, ni les enfants au père ; l’hôte ne sera plus cher à l’hôte, ni le compagnon à son compagnon, ni le frère à son frère comme aux temps passés. Ces misérables traiteront avec mépris leurs parents devenus vieux ; ils leur feront de durs reproches, sans craindre aucunement le jugement des dieux. Aux vieillards qui leur ont donné la vie, ils refuseront la nourriture. On ne respectera plus la parole donnée, ni la justice, ni le bien. Au contraire, on honorera celui qui fait le mal, l’homme devenu démesure. La force tiendra lieu de droit. Le sentiment de l’honneur disparaîtra. Par ses discours tortueux et par ses faux serments, le méchant nuira à l’homme de bien. L’envie au regard haineux, qui sème le trouble et se réjouit du malheur d’autrui, harcèlera les malheureux mortels. Alors, quittant l’Olympe, leur beau corps couvert de voiles blancs, Conscience et Équité abandonneront les hommes et s’en iront rejoindre les Immortels. Aux mortels resteront les chagrins amers ; et contre le mal ne sera nul remède. »

Ainsi se plaignait Hésiode il y a 2700 ans, prédisant de tristes lendemains à cette race de fer, « le jour où ils naîtront avec les tempes blanches », c’est-à-dire vieux avant l’âge, submergés de peurs, quand l’intellect, dont la tendance naturelle est la fixité, sera devenu le maître tout puissant, sur le point de provoquer la disparition de toute vie. Car ce mental de raison, issu du mouvement séparateur, ne peut avoir comme expression ultime qu’un désert glacé ou chaque être est figé dans la solitude, hors de la chaleur de la vie.
Depuis la conception de ce mythe, plus de trois mille ans ont passé. Même s’il y eut de courtes périodes appelées « Moyen-âge », il faut être un observateur attentif pour déceler des signes montrant que l’humanité a réellement inversé le mouvement par un retour au sacré.
Selon la théorie des cycles exposée dans le chapitre précédent et considérant la succession des générations dans la descendance du Titan Océanos, nous pouvons situer l’entrée dans la « renaissance » du grand cycle à la fin du Néolithique, lors des premières civilisations mésopotamiennes et égyptiennes. C’était il y a six mille cinq cent ans environ, au commencement de l’ère du Taureau, mille ans avant les premiers pictogrammes.
Nous serions donc aujourd’hui au maximum de la période séparatrice, lors du renversement des énergies. En homothétie avec les cycles secondaires de deux mille cent soixante ans, nous serions sur le point d’aborder une période similaire à celle de l’empire romain et de sa lente décadence, une nouvelle période de six mille cinq cent ans qui nous préparerait à une nouvelle entrée dans la partie fusionnelle du cycle.

Mais il nous faut revenir au tout début, à la race d’or, créée par les dieux lorsque Cronos régnait au ciel.
Les hommes vivaient alors comme des dieux, le cœur libre de soucis, à l’abri de toutes misères. Jamais la vieillesse n’approchait. Quand ils mouraient, c’était comme gagnés par le sommeil. Zeus, après leur mort, voulut qu’ils devinssent des forces divines, gardiennes des hommes qui meurent.
Cette description peut être rapprochée de celle du jardin d’Éden, le paradis, que nous avons comparé à la toute petite enfance. Les hommes y vivaient en total accord avec les forces de la nature, sans aucune intervention du mental. Ils n’avaient pas conscience du temps et la mort n’était accompagnée d’aucune panique mentale. Certains disent mêmes qu’Athéna était encore une toute jeune fille en ce temps-là, c’est-à-dire que la quête intérieure était à peine commencée.
L’humanité semble conserver de cette période d’harmonie une connaissance intérieure, un « manque » qui mobilise les chercheurs en quête de la joie originelle, après avoir acquis l’individuation (la liberté) gagnée par la traversée du mental.
La « chute » vint perturber cette harmonie, car l’humanité, appelée à de plus larges horizons, n’avait atteint qu’un sommet provisoire.
Toutefois, aussi barbare que puisse sembler notre époque, elle ne doit pas entraîner une « nostalgie » de cette race d’or, car la sensibilité et l’individualité y étaient peu développées. L’homme vivait dans une harmonie « animale », dans une conscience de « troupeau », avec très peu de maîtrise de ses émotions et de ses pulsions.

La seconde race est d’argent. Elle peut être associée au développement du mental vital, comme la race d’or à celle du mental physique.
La race d’argent, nous dit Hésiode, fut bien inférieure à la première. Pendant cent ans, sans intelligence, l’enfant grandissait totalement soumis à sa mère. Mais après avoir atteint l’adolescence, il n’avait plus longtemps à vivre, victime de sa stupidité. S’abandonnant entre eux à la violence, les hommes ne voulaient pas honorer les dieux. Toutefois, depuis que le sol a recouvert leur race, les mortels les appellent « les Bienheureux sous la terre » et leur mémoire est respectée.
Il s’agit ici de l’homme gouverné par ses sens, très peu individualisé, dont le mental n’est pas encore capable de réguler les désirs et les pulsions. Tant qu’il est dépendant (auprès de sa mère), il se maintient dans l’innocence de l’harmonie. Dès que se produit la première individuation, il succombe aux conflits des ego.
Toutefois, le mental étant encore peu développé, les hommes de cette époque restaient largement sous l’influence des forces de la nature, c’est pourquoi ils furent appelés les bienheureux inconscients (« Bienheureux sous la terre »).

La troisième race est de bronze.
Les hommes de cette race n’avaient souci que de se battre. Ils ne mangeaient pas de pain. Leurs outils et leurs armes étaient en bronze. Leur force était grande, leur cœur terrifiant et dur comme l’acier. Ils se détruisirent les uns les autres et vinrent dans la vaste demeure d’Hadès, privés de gloire. Tout redoutables qu’ils étaient, la mort les a emportés et ils ont déserté la lumière éclatante du soleil.
Cette race décrit un approfondissement du mental, mais sans affinement du vital (sans connaître la farine). Les hommes étaient encore peu sensibles (cœurs d’acier), mais avaient une forte vitalité. A l’instar de l’intellect manié par l’ego qui veut toujours avoir raison, ils étaient très querelleurs.
Ils commencèrent à ne plus accepter la mort comme un simple passage et prenant conscience de la dualité, ils perdirent le contact intérieur (la lumière d’Hélios).

La quatrième race semble être aussi de bronze, bien qu’Hésiode n’en dise rien. Cependant, « elle était plus juste et plus valeureuse, une race divine formée de héros, ceux-là mêmes que l’on nomme demi-dieux. Ces héros se battirent devant Thèbes aux sept portes, sur la terre de Cadmos pour les troupeaux d’Œdipe, ou encore à Troie au-delà des mers, pour Hélène aux beaux cheveux. Certains moururent mais d’autres, Zeus les établit en un royaume différent de celui des autres hommes, aux confins de la terre, loin des dieux immortels, dans les îles des Bienheureux gouvernées par Cronos (après qu’il eut été délivré par Zeus).

Cette quatrième race parle d’une époque de hautes réalisations spirituelles dont certaines disparurent avec le temps, mais d’autres se maintinrent définitivement, l’harmonie de la première la race d’or, celle du temps de Cronos, ayant été retrouvée, mais doublée cette fois-ci de la conscience.
Cependant, ils ne furent que des « demi-dieux », n’ayant pas accompli la totalité du chemin dans le mental.

Puis vint la race de fer, à laquelle, comme Hésiode, nous appartenons : race qui se noie dans la nuit de la matière afin d’y apporter la conscience, la triturant de toutes les manières possibles, souvent même avec sauvagerie ; race qui doit permettre aussi à quelques conquérants de la Vérité d’accomplir le miracle attendu depuis des millions d’années, la jonction de l’esprit et de la matière, afin d’ouvrir les voies d’un « matérialisme divin ».

Cette succession des races permet d’illustrer de façon condensée ce double mouvement déjà évoqué : l’humanité évoluant, sa sensibilité s’est affinée, comme ses moyens d’investigation de l’inconscient. Mais, parallèlement, depuis treize mille ans et jusqu’à nos jours, elle s’est toujours plus enfoncée dans l’obscurité sous l’effet combiné des cycles du mental et de l’ego.

LES ENFANTS DE TYPHON ET D’ÉCHIDNA

Typhon, symbole de l’ignorance, s’unit à Échidna « la vipère », la force d’évolution pervertie,  et engendra quatre grands monstres : Orthros, Cerbère, l’Hydre de Lerne et la Chimère – représentant respectivement le mensonge, le gardien de l’immortalité, le désir et l’illusion

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Typhon combattu par Zeus sur une poterie grecque antiqueTyphon combattu par Zeus sur une poterie grecque antique – Staatliche-Antikensammlungen

Voir Arbre Généalogique 1

Hésiode donne Échidna pour une fille de Phorcys et Céto, ce qui situe l’origine de cette déviance lors de la constitution du moi animal. Lorsque la force évolutive est « juste », les mythes mentionnent simplement un serpent et non une vipère.
Pour Apollodore, elle est fille du Tartare, résultat de la Nescience, comme Typhon. Cette filiation, toutefois, n’indique pas le moment où ces forces d’opposition entrent en action.
Mais elle ne devient vraiment « perverse » en l’homme que lors de son union avec Typhon, c’est-à-dire lors de l’apparition du mental réflexif humain.
Nous avons déjà rencontré les enfants de ce couple terrible qui provoqua la chute de la vie lorsque nous avons parlé des enfants de Phorcys et Céto : le chien Orthros, Cerbère, l’Hydre de Lerne et la Chimère. Ils se révèlent être des obstacles d’autant plus redoutables que le chercheur est plus engagé dans la voie.

Orthros

C’est le chien à deux têtes de Géryon. Ce dernier est le fils de Chrysaor « l’homme au glaive d’or » apparu, comme le cheval Pégase, lorsque Persée trancha le cou de la Gorgone Méduse. Géryon est donc le symbole des richesses du « vital vrai » libérées par la victoire sur la peur. C’est pourquoi « ses bêtes étaient pourpres » : elles représentent les pouvoirs divins de la vie.
Des corrections ont été faites par les scribes dans les manuscrits, changeant Orthros en Orthos, et il est donc assez difficile de rétablir le nom primitivement utilisé par chaque auteur.
Si l’on retient l’orthographe peu probable Orthos, mot signifiant « dressé, non dévié, droit », ce ne peut donc être « La Vérité » (sinon son meurtre ne serait bien évidemment pas nécessaire) mais seulement une vérité « transitoire » qui doit être dépassée lorsque le temps est venu. Ce monstre représenterait alors les « vérités établies » qui apparaissent comme irréelles ou même mensongères aux aventuriers de la conscience, notamment les lois physiques (que ce soit par exemple celles des sens, de la maladie, ou même de la mort).
Si l’on considère l’autre orthographe, beaucoup plus probable, Orthros, (avec le Rho P utilisé dans son sens d’inversion), ce nom peut signifier « celui qui est présent dès l’aube » (selon les dictionnaires) et donc ce qui est à la racine de la vie consciente, mais aussi « l’inverse de la Vérité, le mensonge, l’insincérité fondamentale », c’est-à-dire tout ce qui éloigne de l’unité avec le Réel.
Toutefois, à un stade très avancé du yoga, l’aventurier s’aperçoit qu’un infime mouvement de la conscience suffit pour passer du monde de Vérité à son envers, ce qui expliquerait l’utilisation proche des deux noms, Orthos/Orthros, ainsi éventuellement que la représentation d’Orthros avec deux têtes.
Géryon, on le verra dans l’étude du dixième travail d’Héraclès, est un monstre à trois têtes et trois corps dont l’un est muni d’une paire d’ailes qui peut être associé aux trois modes de la nature ou gunas. Leur transcendance était traditionnellement considérée comme impossible. En effet, selon les Anciens, toute action appartenait à leur jeu et leur parfait équilibre entraînait automatiquement le chercheur dans la cessation de l’action et l’immobilité. Une délivrance quiétiste pouvait être obtenue en imposant une « inertie (tamas) illuminée » à la nature extérieure.
C’est pour cette raison qu’Héraclès dressa les fameuses colonnes qui marquent à l’Ouest les limites de la terre habitée, aux confins de la Libye et l’Europe, avant même d’avoir atteint le repaire de Géryon. C’était une limite extrême que nul chercheur ne pouvait prétendre franchir selon les Anciens.
Le dixième travail était alors seulement une prévision du yoga futur.
Avant de vaincre Orthros, Héraclès dut d’abord immobiliser Nérée, c’est-à-dire maîtriser les mouvements les plus archaïques à la racine de la vie.
Orthros peut donc être considéré comme la perversion fondamentale introduite par l’ignorance et la conscience séparative à la racine de la vie.

Orthros engendra avec sa propre mère Échidna deux autres monstres, conséquences de cette perversion, qui peuvent aussi expliquer les deux têtes :
Phix ou la Sphinge, à laquelle Œdipe devra se confronter, symbole de la sagesse pervertie, du mensonge déguisé en vérité. Son nom indique une réceptivité déformée par le mental. Les Grecs connaissaient le sphinx égyptien, lui, symbole de la vraie sagesse, sous le nom d’androsphinx / ανδροσφιγξ.
le lion de Némée, image de l’orgueil égotique qui se maintient jusque dans la sainteté – Némée où réside le lion peut en effet être compris comme la consécration dans le surrender N+M -, qui empêche la consécration intégrale et dont l’extermination fera l’objet du premier travail d’Héraclès.
Chez Hésiode, ces deux monstres sont fils de la Chimère et du chien Orthros, ce qui est à peu près équivalent à la filiation indiquée plus haut.

Cerbère

C’est le terrible chien à multiples têtes (deux, trois, ou, selon certains, cinquante ou même cent) qui accueille les « ombres » à l’entrée du monde souterrain, le royaume d’Hadès, mais les empêche de le quitter. Sur son dos se dresse une multitude de têtes de serpent et sa queue est aussi celle d’un serpent.

Cerbère interdit donc la continuité de la conscience à travers ce voile que nous appelons la mort. Il masque la réalité de celle-ci, afin qu’elle apparaisse comme négation de la vie, et preuve de son échec flagrant.
Il est donc le premier gardien du secret que les Anciens cherchaient, « l’immortalité » qui est non-dualité intégrale, non seulement en l’esprit mais aussi dans le vital et dans le corps (la victoire sur la mort ne signifiant pas un corps éternel mais une matière soumise à la conscience).
Son nom pourrait signifier « le principe d’incarnation de la mort » ou encore, avec les lettres structurantes « l’ouverture de la conscience à l’exact processus de l’incarnation ».
Cette négation de la vie, l’homme est appelé à la surmonter, non seulement en réalisant la continuité de la conscience par-delà la naissance et la mort, mais aussi en transformant la rigidité de la substance corporelle pour la rendre suffisamment plastique afin qu’un jour elle puisse être modelée par la conscience.
Cette idée n’est pas nouvelle mais trouve un commencement de réalisation avec la découverte de la possibilité de transformation de la conscience des cellules.
Héraclès ira chercher Cerbère dans l’Hadès, non pour le tuer car il n’en a pas le droit, mais pour le remonter à la lumière (à la conscience), c’est-à-dire pour comprendre l’exact processus et signification de la mort et surtout de l’unité dans la matière.
Ses cinquante têtes montrent qu’il est totalement actif dans le monde des formes, qu’il en garde toutes tes issues.
S’il empêche de ressortir de l’Hadès, c’est que tout ce qui est parvenu à l’unité essentielle dans la matière ne peut retomber dans la dualité.
Seule Perséphone peut passer d’un monde à l’autre, car elle est celle qui a accompli « le meurtre de la destruction ».

L’Hydre de Lerne

Ce monstre vit dans les marais et donc opère depuis le bas vital. Il est doté de quantité de têtes dont les gueules soufflent une haleine mortelle et repoussent à peine coupées.
Il symbolise le désir (ou la convoitise) et l’attachement qui proviennent de l’illusion de la séparation ainsi que la souffrance qui en résulte.
A peine a-t-on satisfait un désir qu’il en surgit un autre. A peine a-t-on mis fin à une souffrance due au manque qu’il en advient une autre.
L’Hydre est donc la négation de la joie.
Dans le deuxième des travaux d’Héraclès, elle sera assistée par un crabe géant, symbole de la « saisie » ou du « mouvement captateur primordial », de ce qui veut s’emparer de ce qu’il croit ne pas posséder.

La Chimère

Le quatrième enfant de Typhon est la Chimère, symbole de l’illusion qui résulte de la séparation. Elle est lion par devant, chèvre au milieu et serpent par derrière, ayant une tête de chacun d’eux. Elle symbolise donc le plus haut de l’aspiration vitale, pleine de bonne volonté, sensible à l’évolution, mais dont l’orientation est vrillée par l’ego.
Son nom désigne habituellement une jeune chèvre, mais sa signification doit plutôt être établie à partir de la lettre structurante khi (Χ), soit « l’arrêt de l’instinct/intuition ».
Et la plus grave de toutes les illusions est sans doute celle qui sévit dans le cadre de la recherche spirituelle. La vaincre nécessite un vital purifié (le cheval Pégase) et un mental puissant (le héros Bellérophon).
Homère rappelle qu’elle est, par ses parents, « de race divine », c’est-à-dire processus incontournable de l’évolution.

Ainsi, à la Vérité s’est insidieusement substitué le mensonge, la Vie s’est recouverte du masque de la mort, le désir et la souffrance ont annihilé la Joie et la conscience naissante a été pervertie par l’illusion.
Zeus identifié à Métis et victorieux des Titans, a imposé la conscience mentale dans l’humanité. Typhon, vaincu lui aussi, n’en reste pas moins actif, même s’il n’est plus « visible » à la conscience : ses enfants, issus de l’ignorance, agissent désormais comme ses bras armés.