LE MYTHE DE PERSÉE ET DE LA GORGONE MÉDUSE ; INTRODUCTION AUX SIX PREMIERS TRAVAUX D’HÉRACLÈS

Print Friendly, PDF & Email

Cette page propose une interprétation du mythe des Danaides, de celui de Persée et la Gorgone Méduse ainsi que de la naissance et de la jeunesse d’Héraclès.

Zeus se change en pluie d'or pour féconder Danaé, la mère de Persée

Zeus féconde Danaé sous la forme d’une pluie d’Or. Musée du Louvre

Cette page du site ne peut être vraiment comprise qu’en suivant la progression qui figure sous l’onglet Mythes grecs interprétation et suit le cheminement spirituel.
La méthode pour naviguer dans le site est donnée sous l’onglet Accueil.

Les deux grands héros, Persée et son arrière-petit-fils Héraclès, se situent dans la descendance du Titan Océanos qui symbolise l’ouverture de la conscience dans l’évolution (Κ+Ν) par la recherche du contact avec la Réalité intérieure (Téthys).

Pour cette page, voir Arbre généalogique 21 et Arbre généalogique 24

Ils figurent plus particulièrement dans la branche du fleuve Inachos qui représente « l’évolution du rassemblement de la conscience » ou « l’évolution de la concentration » ou encore « l’évolution vers le vide, vers l’abolition de l’ego » selon la valeur donnée au Khi.
Cette lignée, rappelons-le, concerne la « psychisation » de l’être par la voie de la nature en perfectionnant, purifiant et libérant ses processus.

L’Inachos est le grand fleuve d’Argolide, la patrie des « lumineux », des « purs (argiens) » et donc des « chercheurs de vérité ».

Selon les auteurs, il est soit le père, soit l’un des ancêtres d’Io « l’ouverture de la conscience dans l’incarnation ». Dans ce dernier cas, les générations furent intercalées, soit pour introduire les Argiens et faciliter la compréhension (Phoronée « celui qui porte en avant l’évolution », Niobé « l’incarnation de la conscience » et Argos « le lumineux »), soit pour rendre cohérent le nombre de générations dans les lignées. Cette mise en cohérence qui représenta une véritable gageure pour nombre de mythologues anciens.
À partir d’Io, les sources convergent. On rencontre d’abord dans sa succession son fils Épaphos « l’attouché », c’est-à-dire « celui qui a expérimenté le toucher de l’Absolu », ou encore « le premier contact du chercheur avec son être intérieur », puis les jumeaux Bélos et Agénor dont les descendances décrivent respectivement les enseignements théoriques et pratiques de la « purification » et de la « libération ».

La branche d’Agénor (la purification) se divise à son tour en deux sous-branches : Cadmos ouvre la lignée royale de Thèbes dont le but ultime est la ré-harmonisation et transformation des centres d’énergie, et Europe initie celle de Crète qui concerne l’ouverture de la conscience et la consécration, ainsi que les problèmes « d’auto-enfermement » dans les structures mentales (le Minotaure) quand fait défaut cette consécration.

La branche de Bélos, quant à elle, expose les enseignements en vue de la libération, notamment par la victoire sur la déformation de l’énergie de vie, dont la peur (Persée) et par les travaux d’Héraclès.
Les exploits de Persée, loin de représenter les seules victoires du début du chemin, se prolongent jusqu’à des niveaux de conscience qui ramènent le chercheur aux origines de la vie sur Terre, car l’homme garde la mémoire de son évolution par des processus dont le fonctionnement nous échappe encore en majeure partie.

Les ancêtres communs de Persée, Héraclès, Œdipe et Europe

Persée étant un ancêtre d’Héraclès, les célèbres « travaux » auront pour « projet » ou comme « ambiance » ce qui est illustré par sa victoire sur la Gorgone Méduse, sur l’altération de l’énergie de vie.

Le fils d’Inachos, Phoronée « celui qui porte l’évolution » est réputé avoir rassemblé les premiers habitants de la future Argos, confirmant l’impulsion lancée par son père Inachos « l’évolution d’un rassemblement de la conscience, d’une concentration ». Il représente une préparation à la quête – la  future  Argos étant  la ville des chercheurs – et ouvre le chemin de ceux qui veulent accélérer en eux-mêmes le rythme de l’évolution.

Le chercheur débutant se doit de reconnaître qu’il est le théâtre d’impulsions et désirs contradictoires, d’un désordre de pensées et d’émotions mêlées, et de fonctionnements inexacts générés par les « nœuds » de l’évolution.
De plus, il peut observer que chacune des parties de son être œuvre à son propre profit. En général, le mental et le vital imposent leurs volontés au corps qui n’a pas d’autre alternative que de tomber malade pour manifester son désaccord. Et le vital, toujours affamé de sensations, se moque bien des idéaux que poursuit le mental ; ou bien, s’il est réprimé, il manifeste son mécontentement par différents symptômes, comme la dépression.

Pour les Anciens, l’homme qui n’a pas encore vraiment commencé « à se rassembler » est semblable à Inachos, celui qui selon la légende « n’est pas encore humain ». Il n’a été sensible à aucun appel intérieur vers quelque chose de plus grand. Il n’a eu encore aucune expérience d’ « éveil », de quelque chose qui « existe vraiment ». Il est un pantin soumis aux multiples influences qui le traversent, même si l’habitude de répondre à certaines d’entre elles, toujours les mêmes, lui donnent une impression de continuité qu’il appelle « moi ».
Sa spiritualité est encore très fortement liée au vital, comme l’indique le nom de la femme d’Inachos, Mélia, une nymphe dont le nom signifie « frêne ».
Hésiode raconte en effet qu’au temps de Cronos, les hommes allaient chercher « le feu du ciel » au sommet des frênes, avant que Zeus ne les en prive pour se venger de Prométhée : la jonction avec l’Absolu s’opérait alors par le plus haut niveau du vital (transes, émotions esthétiques, etc.).
L’homme qui est décrit ici vit donc ordinairement dans sa personnalité extérieure et sa spiritualité est vécue comme le sommet du sentiment. Il ne s’est pas encore retourné vers son monde intérieur.

En suivant la descendance d’Inachos, nous trouvons tout d’abord son fils Phoronée « celui qui entraîne (ou porte) l’évolution ». Il fut le premier gouverneur d’Argos, réputé « avoir établi les premiers éléments de civilisation » (symboles d’une mise en ordre de la personnalité) « et institué les cultes principaux »  (les premiers contacts avec l’être intérieur). Les habitants d’Argos prétendaient même que c’était Phoronée et non Prométhée qui avait apporté aux hommes « le feu d’en haut » : selon cette affirmation, le feu intérieur, Agni, qui est aussi la volonté illuminée, peut donc naître soit de la voie de l’ascension des plans de conscience (par Prométhée, fils de Japet), soit de celle de l’ouverture au Divin intérieur par la purification-libération (Phoronée) sur la voie de la psychisation de l’être.

Phoronée fut désigné comme arbitre dans la querelle qui opposa Héra à Poséidon pour la suprématie sur Argos, la cité symbolique des chercheurs. Il trancha en faveur d’Héra après avoir consulté son père Inachos et deux autres dieux fleuves, Céphise « mental logique stable » et Astérion « éclats de lumière ». Le chercheur débutant se demande alors s’il doit se laisser guider par son subconscient (Poséidon) ou se plier au cadre d’une ascèse juste (Héra). Ce n’est pas en effet l’expansion de la conscience (Zeus) qui s’oppose à Poséidon mais bien sa contrepartie (Héra, celle qui limite et « cadre »).
Poséidon fut si furieux qu’il assécha nombre de rivières d’Argolide, appelée depuis ce jour « Argos l’assoiffée » : le chercheur qui pénètre sur le chemin connaît dès lors un « manque » généré et entretenu par le subconscient, une soif insatiable qui fait le lit de son « aspiration ».

Certains auteurs lui donnent un frère Aégialée « Αιγιαλευς le bord de la mer, le rivage » qui offre l’image d’une émergence hors du monde de la vie émotionnelle. (La structure du nom Αιγι+, indique aussi une impulsion spirituelle vers la liberté.)
Certains disent qu’il fut le premier « mortel », c’est-à-dire le premier à entrer dans la dualité, à se vivre comme « séparé ». Cette prise de conscience correspond à l’entrée dans le monde réflexif du discernement illustré dans la Genèse par l’avertissement de Yahvé : « à l’arbre qui est au milieu du jardin vous ne toucherez pas, car alors vous mourrez ».

Il est dit aussi que Phoronée fut le père des hommes mortels et rassembla les premiers habitants d’Argos sans que l’on se souciât de leur origine : c’est-à-dire que cette phase représente pour le futur chercheur un moment où il commence à « se rassembler » sans chercher à trier en lui le bon du mauvais. Jusqu’alors, ses aspirations étaient disparates, souvent résultat d’une sensibilité mise à mal. Il se référait aux notions de vertu et de vice, de bien et de mal. Bien qu’en désaccord avec le monde, en attente d’autre chose, il n’a pas encore rassemblé et orienté ses énergies dans une direction précise, encore incapable de discerner les éléments de sa vie qu’il doit conserver ou rejeter.

Aégialée n’eut pas de descendance. Phoronée épousa une nymphe nommée le plus souvent Télédiké « la juste manière d’agir dans le futur » qui exprime l’aspiration du chercheur à savoir ce qu’il doit faire, vers où s’orienter. Celle-ci lui donna un fils Apis, qui est sans légende particulière et une fille Niobé (Il ne faut pas confondre cette héroïne avec une autre Niobé homonyme, fille de Tantale).

Niobé « l’incarnation de la conscience en évolution » fut appelée la première femme, la mère de tous les vivants car elle fut la première femme mortelle à avoir eu un enfant de Zeus, Argos. C’est pour le chercheur la première influence des plans supérieurs (le surmental) dans une nature « séparée », la première expérience que « ça existe », qu’il y a un état « vrai, joyeux, léger, simple et lumineux » qui donne l’impression que tout le reste est mort ou endormi.
Niobé eut deux fils, Argos et Pélasgos, le « lumineux » et « le sombre ».

Pélasgos

Avant de poursuivre avec la lignée principale d’Argos, nous devons examiner la descendance de Pélasgos, premier roi des Pélasges. Il est le symbole de la partie du chercheur « qui avance dans l’obscurité » (la racine Πελ signifiant en effet « sombre ») da