LA LIGNÉE DE TANTALE : PÉLOPS, ATRÉE ET AGAMEMNON

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Les lignées impliquées dans la guerre de Troie comprennent : la lignée de Tantale, la lignée royale troyenne, la lignée de Sparte, la lignée de Maia, la lignée de Déion et la lignée de l’Asopos. La lignée de Tantale étudiée ici exprime l’aspiration du chercheur de vérité. Elle inclut en particulier Pélops, Atrée et Thyeste, Ménélas et Agamemnon. Ces deux derniers seront des acteurs majeurs de la guerre de Troie.

Agamemnon avec le prêtre Chryses qui lui demande de lui rendre sa fille Chryseis - Musée du Louvre

Agamemnon avec le prêtre Chryses qui lui demande de lui rendre sa fille Chryseis – Musée du Louvre

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Les origines de Tantale

Voir Arbre généalogique 15

Sur les planches généalogiques, nous avons placé la lignée de Tantale en regard de la descendance de la Pléiade Stéropé bien que Hygin soit le seul parmi les Anciens à la mentionner comme la mère ou l’épouse d’Oinomaos, père d’Hippodamie.
Cependant, si Tantale est le symbole essentiel de « l’aspiration » et/ou de « la volonté de progrès », « du besoin d’évoluer », sa lignée ne peut être classée spécifiquement dans l’une ou l’autre voie de l’ascension des plans de conscience ou de la purification-libération. L’aspiration ou le besoin d’évoluer est en effet le moteur de tout ce qui vit pour s’unir à la Source. Dans l’homme, il peut s’exprimer tout autant par l’action, le cœur ou le mental. Ce besoin ou ce manque se situe toutefois au-delà des cinq catégories de besoins primaires définis par Maslow : besoins vitaux ou physiologiques, de sécurité, d’amour et d’appartenance, d’estime de soi, de réalisation ou d’accomplissement personnel, car c’est un besoin de l’âme.

Si l’aspiration peut conduire à différentes expériences d’union avec l’Absolu, la libération en l’esprit – la fin du désir et de l’ego – qui est l’aboutissement d’un processus de purification, et plus encore la libération de la nature sont toutefois liées jusqu’à un certain point à la progression dans le mental. Ce lien, qui s’exprime par le mouvement fondamental du yoga qui est ascension/intégration, constitue un problème assez complexe. En effet, un chercheur peut progresser très loin dans un certain domaine tout en ayant laissé de côté d’autres parties de l’être pour lesquelles il devra un jour revenir en arrière. Ce lien se traduit dans les mythes par des « unions » entre les héros et héroïnes des différentes lignées, par la participation des héros de ces lignées à des aventures panhelléniques ou encore par des « visites » que se rendent les personnages entre lignées et les cadeaux qu’ils s’échangent. Le nombre de générations dans les lignées ajoute un élément de complexité au problème.

Tantale est mentionné par Pindare comme un familier des dieux et même un immortel, image d’un chercheur familier des forces du surmental, peut-être même parvenu à la non-dualité en l’esprit. Cette réalisation qui marque le début de la lignée suppose donc un degré avancé de progression dans le mental. C’est pourquoi la filiation donnée par Hygin, qui s’est semble-t-il inspiré de sources anciennes, semble cohérente. Elle associerait cette aspiration remarquable à un grand développement du mental supérieur représenté par la Pléiade Stéropé « la vision par éclairs ». D’où la mention d’Hippodamie « la maîtrise de la force vitale » comme une fille ou une petite-fille de Stéropé alors unie au dieu Arès.
D’autre part, Stéropé, symbole du plan du mental supérieur positionne de façon assez logique les Atrides vis-à-vis de la lignée royale troyenne qui est issue pour nombre d’auteurs de Zeus et de la Pléiade Électre, symbole du plan du mental illuminé. En effet, les Troyens, peuplade de l’Est, représentent une partie de l’être plus avancée dans le yoga que celle symbolisée par la coalition achéenne.

Nous considérerons donc ici cette lignée indépendamment des deux voies principales, tout en mentionnant les rapprochements faits par les Anciens avec l’une ou l’autre voie.

Lorsque l’on associe Hippodamie à la maîtrise du vital, il faut garder à l’esprit la distinction entre d’une part le « contrôle » imposé par l’ego, et d’autre part la maîtrise dont la responsabilité doit être progressivement transférée de la volonté personnelle à l’être psychique lorsque disparaît progressivement l’ego. Qui dit « maîtrise » dit alors « libération ». C’est cette quête progressive de la « vraie maîtrise » qui est représentée par Hippodamie. Et c’est la raison pour laquelle le célèbre châtiment de Tantale dans l’Hadès exprime l’aspiration qui est « descendue » dans le corps, dans l’inconscient corporel, « une aspiration des cellules ». Autrement dit, le symbole d’Hippodamie unie à Pélops, le fils de Tantale, est celui de la quête du pouvoir de transformation.
Si une grande maîtrise dans les plans du mental et du vital conduit à l’état de libéré vivant – libre du désir, de l’ego et de la souffrance (liée au mental et au vital) – ce stade doit être dépassé pour permettre d’aborder l’étape suivante du yoga. C’est ce renversement qui est illustré par l’histoire de Pélops, fils de Tantale, puis par la guerre de Troie menée sous la conduite des Atrides.

La signification du nom Tantale est difficile à déchiffrer. Avec les lettres structurantes, il pourrait être le symbole de l’évolution de l’aspiration vers l’Absolu dans les hauteurs de l’esprit. En considérant la seule racine Tal « endurer », cette aspiration serait liée à l’endurance.
Les origines de ce personnage sont obscures. Des sources relativement peu attestées en font un fils de Zeus et de Plouto « la richesse », parfois citée comme une fille d’Atlas, ou d’une nymphe du mont Sipylos « la porte (ou la frontière) de l’humain ».
En tant que fils de Zeus, il symboliserait alors une impulsion du supraconscient en vue d’une réalisation majeure advenant à travers sa descendance, Agamemnon et Ménélas.
Comme fils de Plouto, Tantale était réputé pour ses richesses, celles obtenues par un degré d’évolution spirituelle très avancé. C’est pourquoi on le disait familier des dieux, c’est-à-dire le représentant d’un chercheur parvenu au niveau du surmental.
Lorsque Plouto est présentée comme une nymphe du mont Sipylos, elle est le symbole d’une force spirituelle au plus haut du yoga personnel avant le transfert de ce dernier au seul Divin.

Plusieurs noms sont donnés pour l’épouse de Tantale : Euryanassa « une vaste maîtrise », Eurythémisté « (l’obéissance) à la loi supérieure » (fille du fleuve Xanthos « jaune doré », symbole du courant de conscience/énergie lié au mouvement du devenir), Klytia « la célèbre » (fille d’Amphidamas « tout ce qui concerne la maîtrise ») ou encore Dioné « évolution de l’union en conscience » (fille d’Atlas).
Toutes expriment l’aspiration et le travail du chercheur en vue d’une vaste maîtrise qui n’est ni contrainte ni rejet ni déni.

Le châtiment de Tantale

Tantale est surtout célèbre pour le châtiment qu’il subit au royaume d’Hadès. Pour bien comprendre son histoire, il faut revenir à la situation de ceux qui endurent une peine dans ce monde souterrain : Tityos, Sisyphe et Tantale. Tous trois représentent des éléments qui ont été utiles dans l’évolution mais, perdurant dans le corps, ils doivent y être vaincus ou bien y trouver leur accomplissement lors de la dernière étape du yoga.

Le premier, Tityos, est un fils de Gaia, et donc un processus généré à la source par le principe d’existence. Il symbolise l’éloignement fondamental de l’homme de sa source divine, le sentiment ou la conscience « d’être séparé ».
Dans l’Hadès où son corps couvrait neuf arpents, deux vautours lui dévoraient le foie. Il fut tué par Apollon et Artémis car il avait fait violence à leur mère Léto.
Cette « conscience de séparation » doit être vaincue, non seulement dans le mental, mais aussi dans le vital et enfin dans le corps au niveau cellulaire. Notons que le pouvoir d’union apporté par le psychique est incompatible avec la séparation, mais non avec la différenciation.
Il est donc nécessaire que la croyance en la séparation, symbolisée par le foie, disparaisse progressivement aussi au niveau corporel.

Le second condamné dans le royaume souterrain est Sisyphe, le père de Bellérophon vainqueur de la Chimère. Il est donc évident qu’il a eu son utilité dans l’évolution. Mais lorsque toutes les illusions sont vaincues dans le mental et le vital, il est encore nécessaire que le corps abandonne les siennes qui sont liées aux millénaires de l’évolution et dont la logique évolutive a fait un bastion inexpugnable. Il s’agit alors de transformer les schémas de croyance liés au passé, justement contre toute logique, par un abandon total au Réel et à l’action supramentale. Les illusions du corps sont ce que nous considérons comme des « impossibilités ». Mais déjà au niveau cellulaire, sans même parler des niveaux moléculaires et surtout corpusculaires dont la science commence à découvrir les nouveaux paradigmes, les impossibilités peuvent commencer à disparaître.
Dans le corps, « l’effort » personnel soutenu par le mental, représenté par Sisyphe, ne peut plus porter de fruits : tout est sans cesse à recommencer car rien n’est définitivement acquis.

Tantale, situé à l’origine de la lignée des Atrides, représente un troisième processus qui dans un premier temps permet d’accéder à la divinité en l’Esprit et à une certaine proximité avec l’être psychique, mais qui doit se réorienter vers la purification et la libération de la nature inférieure jusque dans le corps. C’est pour cette raison qu’Homère nous parle de sa « vieillesse », phase dans laquelle « l’aspiration » ou la « volonté de progrès » ne peut cesser tant que l’homme n’est pas divinisé.

Selon Homère, lorsqu’Ulysse descendit au royaume des ombres, il aperçut Tantale parmi d’autres damnés :
Celui-ci, alors dans sa vieillesse, était debout dans un l