ARÈS – INTERPRÉTATION

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Arès est le destructeur des formes périmées, la force qui tranche. C’est une force que craignent les faibles mais qui est appréciée des forts.

Zeus séparant Athéna et Arès - British Museum

Zeus séparant Athéna et Arès – British Museum

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Arès et Héphaïstos sont les deux enfants mâles du couple Zeus-Héra, et donc les deux principes actifs essentiels de la conscience humaine dans la période où elle est identifiée au mental.

Voir la Planche Généalogique 17

Le nom « Arès » étant construit autour de l’unique lettre Rho (Ρ), ce dieu porte les mêmes énergies qu’Éros, que sa grand-mère Rhéa et que sa mère Héra, celles du mouvement de l’Absolu qui est lancé et revient vers son origine, mais pas dans le même plan. Nous avons vu que la lettre Rho était une lettre double, portant deux significations opposées selon que l’on considère le mouvement aller ou celui du retour vers l’origine. Arès est donc aussi le symbole de l’inversion du mouvement qui, jouant dans les plans supérieurs de façon harmonieuse, conduit dans le plan des formes à leur destruction.

En effet, les formes, telles que nous les connaissons, gardent très fortement l’empreinte de la rigidité de la matière. Que ce soient les formes vivantes, ou celles, plus subtiles, comme les idées ou les civilisations. Cette mémoire de rigidité est renforcée chez l’homme par l’aspect séparateur du mental, le mental logique, qui organise et oriente vers une sorte de cristallisation. Plus une forme est rigide, moins elle est adaptable. Or l’adaptation est indispensable au mouvement du devenir. Il y a dans la nature et le règne animal de formidables exemples d’adaptation à des conditions nouvelles. Mais lorsqu’une forme a perdu toute souplesse, il n’y a d’autre solution que sa destruction pour que l’évolution se poursuive à travers une forme neuve, donc plus souple.
Cela est patent en l’homme, très souple à la naissance, mais que la rigidité de la vieillesse, sur tous les plans, conduit à la mort.
Ce qui est vrai pour un homme, l’est aussi pour un groupe humain : les civilisations suivent le même schéma. Elles se sclérosent et doivent être renversées par des forces qui modèlent des formes mieux adaptées aux temps nouveaux. Ce sont les civilisations qui furent capables d’intégrer en souplesse un maximum d’apports étrangers qui perdurèrent le plus longtemps.

La souplesse dépend donc de la capacité à s’élargir et le yoga n’est rien d’autre qu’un travail d’extension et d’assouplissement de la conscience mentale, vitale et corporelle.
Pour la conscience mentale, le processus est simple à appréhender. Il s’agit dans une première phase d’être capable d’intégrer les idées contraires et tous les points de vue, d’abandonner tous les préjugés, les opinions et même les préférences. S’élargir mentalement permet d’éviter une adhésion vitale hâtive et induit donc l’obtention d’un certain calme. Satprem, le confident de Mère rapporteur de l’Agenda, résume ce travail par la formule : « Qu’est-ce que cela peut faire ce que j’en pense ». Cela pourrait correspondre à la première phase d’une ascèse spirituelle, ou yoga, qui envisage l’homme comme un esprit dans un mental.
L’extension peut être poursuivie jusqu’à l’universalisation, ce qui implique une ouverture au mental cosmique, beaucoup plus vaste que les parties émergées que nous connaissons, ainsi qu’une remise en cause des soi-disant lois absolues de la nature qui ne sont telles que pour notre mental limité.

L’élargissement du vital est plus difficile et suppose une victoire sur la peur, les désirs, le dégoût, la répulsion et les préférences vitales. Il s’agit pour le chercheur de convaincre le vital afin que celui-ci, d’abord réfractaire, adhère pleinement au mouvement du yoga. Sa finalité est la libre expression des énergies de vie une fois purifiées. Cet élargissement doit conduire à une parfaite équanimité, une immobilité intérieure totale, quels que soient les événements extérieurs. La formule de Satprem est ici : « Qu’est-ce que cela peut faire ce que j’en sens ».

S’agissant du corps, l’élargissement peut sembler une utopie, voire une impossibilité. Et pourtant, c’est bien de cela dont il s’agit. Les deux étapes précédentes ont montré que l’élargissement est un processus d’unification. Pour le corps, il ne s’agit pas tant de l’étendre jusqu’aux confins de l’univers, quoique la sensation à ce moment-là puisse être d’un corps sans limites précises, que de réaliser en soi l’Unité primordiale de la matière. Cette phase est celle d’un yoga du corps, jusqu’aux cellules, qui dépasse lesdites lois de la nature. Lorsque la matière corporelle aura acquis assez de souplesse pour supporter des forces transformatrices, elle n’aura plus besoin d’être détruite.

Arès, fils de Zeus, et par là-même acteur dans le plan de la conscience mentale, a donc un rôle essentiel dans la progression mentale de l’humanité. Par la juste destruction de tout ce qui est figé et rigidifié, il favorise une évolution vers des formes plus souples, plus aptes à recevoir l’influence des forces de transformation.
Il est naturellement en affinité avec les périodes séparatrices des cycles du mental.
Il est l’exécuteur du mouvement juste mais ne l’anticipe pas. Avec sa mère Héra, il régule le processus évolutif. S’il détruit les formes périmées, il s’oppose donc également à l’excès d’empressement. Aussi Cadmos dût-il passer sept ans à son service.

Si les Grecs en ont fait un dieu sanguinaire, c’est parce que les desseins suprêmes transcendent les considérations morales, ainsi que notre appréciation de la souffrance et de la tristesse. Or la destruction des formes est souvent vécue comme insupportable et incompréhensible, car génératrice de souffrances et d’horreurs perçues comme injustes : l’homme se révolte lorsqu’Arès détruit par exemple une forme qui est encore dans son innocente jeunesse.
C’est pourquoi les anciens firent d’Arès non pas un jardinier qui élague les branches mortes, mais le dieu redoutable de la guerre, un dieu « qui se délecte des bruits furieux de la mêlée, du carnage et de l’odeur du sang ».
Arès est un dieu qui n’a aucun souci des causes défendues par les combattants : quand la forme a fini son temps, qu’elle soit jugée bonne ou mauvaise aux yeux de tous ne lui importe pas. Aussi sera-t-il le seul dieu que nous verrons agir dans les deux camps lors de la guerre de Troie.
Arès est réputé comme grand pourvoyeur d’âmes pour Hadès, le dieu des mondes souterrains : les formes détruites laissent en effet une trace. Celles qui sont chassées du conscient se réfugient dans le subconscient, et si la pression est maintenue, rejoignent le royaume de l’inconscient, le domaine de l’invisible, le monde d’Hadès, où elles trouvent leur juste place. Le royaume d’Hadès ne représente pas « les enfers » au sens judéo-chrétien du terme, car il n’y avait dans la mythologie aucune notion de faute ou de culpabilité liée à ces lieux. Il désignait seulement « l’au-delà ». Le terme « enfer » a été, semble-t-il, introduit seulement au 1er siècle de notre ère.

Il nous faut encore préciser ce qui différencie les deux divinités guerrières, Arès et Athéna. Elles ne s’apprécient guère car elles ne mènent pas du tout les mêmes combats : celui d’Athéna concerne le chercheur de vérité qui lutte contre l’inertie de sa nature et contre ses imperfections pour contacter le Suprême en lui-même et devenir un avec Lui. Les ennemis d’Athéna sont les mélanges, les choses vagues ou indécises, l’inertie ou la suractivité vitale, l’arrogance, l’illusion et le mensonge, et d’une manière générale tous les défauts de l’ego ainsi que les mémoires évolutives, personnelles et collectives. Athéna livre donc un vrai combat dont le but n’est pas la destruction des formes en vue de leur renouvellement, mais bien plutôt leur perfectionnement.

Si Arès n’est pas aimé du peuple, c’est-à-dire de notre personnalité extérieure, car nul n’aime que l’on s’en prenne à ses habitudes, à sa sécurité, à son bien-être, à ses vertus où à ses masques, encore moins à ses œuvres de vie, ou ses attachements les plus profonds, son intervention n’en est pas moins absolument nécessaire dans la vie de celui qui chemine. Si le travail d’Arès est indispensable à l’évolution, il l’est encore plus pour le travail du yoga. Et celui qui sait reconnaître en ce dieu sauvage, symbole de tout ce qui nous « bouscule » dans la vie, un libérateur, et qui sait l’honorer comme tel, avance sans nul doute plus vite sur le chemin.
Arès est aussi le « renversement » : faire le travail intérieur d’Arès, c’est donc « renverser » les choses en soi, sur les plan du mental puis du vital : les habitudes de pensée, les certitudes, les rôles que l’on joue, nos manières de voir le monde et de réagir, nos fuites, et quantité d’autres choses qui nous mènent inexorablement sur le chemin des fixations, de la rigidité et de la mort.
C’est cette caractéristique, qui, ajoutée à l’aspect guerrier, fait d’Arès le champion de l’ascèse yoguique, qui parfois entraîne vers l’excès. Ce dieu est la divinité tutélaire de la Thrace, région située plus au nord et à l’est que les provinces de la Grèce où se déroule la recherche spirituelle lors d’une progression classique (Béotie, Thessalie, Élide…). La Thrace est donc souvent le lieu d’une ascèse excessive (voir plus loin « les juments de Diomède le Thrace » et « les Amazones »), en opposition à l’autre contrée nordique non localisée, la Borée « la région du nord », lieu de l’ascèse juste, « du juste mouvement d’incarnation Β+Ρ ».

Il est une légende assez ancienne dans laquelle deux géants, fils de Poséidon, « les Aloades », enfermèrent Arès dans une jarre de bronze pendant treize mois, l’empêchant ainsi de faire son juste travail de destruction des formes. Ces géants prétendaient prendre d’assaut le ciel, entassant pour cela la montagne Ossa sur l’Olympe et le Pélion encore par-dessus. Il fallut l’intervention d’Apollon, l’être psychique, pour libérer Arès. Ce mythe, qui sera étudié plus tard en détail, fait comprendre qu’il exi