EUROPE, THÉSÉE ET LE MINOTAURE, DÉDALE ET ICARE

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Dans cette page est proposée une interprétation de plusieurs grands mythes : Europe, Thésée et le Minotaure, Dédale et Icare. Est exposée en particulier une grande erreur spirituelle symbolisée par le Minotaure et le labyrinthe construit par Dédale pour l’abriter.

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Europe sur le dos de Zeus transformé en taureau

Europe sur le dos de Zeus transformé en taureau

Europe est le symbole d’une ouverture de conscience et son fils Minos d’une réceptivité qui s’unit à une lumière supérieure (Pasiphaé). Mais par suite d’un manque de purification, le chercheur va mettre cette lumière au service d’un pouvoir de réalisation, ce qui va générer la grande aberration spirituelle du Minotaure. Le chercheur va de plus édifier autour de cette aberration une forteresse mentale, le labyrinthe.

Si l’on n’est pas sincère, si l’on accorde plus d’intérêt à satisfaire l’ego, à être un grand yogi, à devenir un surhomme, qu’à rencontrer le Divin ou à acquérir la conscience divine qui vous permettra de vivre dans le Divin ou avec lui, alors un flot de pseudo-expériences ou d’expériences falsifiées s’introduit, on est conduit dans les dédales de la zone intermédiaire, ou on tourne en rond dans les ornières de ses propres formations.

Sri Aurobindo

Europe, Minos, Pasiphaé et le Minotaure

Voir Arbre généalogique 23

Avec ce chapitre et les deux suivants, nous revenons à la descendance d’Océanos et donc au chemin de purification-libération qui prolonge l’effort de rassemblement de l’être (ou de concentration de la conscience) initié avec son fils Inachos, lequel donna son nom à la lignée (les Inachides).
Rappelons que cette lignée concerne la « psychisation » de l’être (la venue au premier plan de l’être psychique) par la voie de la nature en perfectionnant, purifiant et libérant ses processus.
Avant d’entrer en détail dans le mythe d’Europe, il n’est sans doute pas inutile de rappeler brièvement la succession généalogique que nous avons examinée dans le chapitre consacré aux ancêtres d’Héraclès.
Inachos « l’évolution du rassemblement de la conscience » fut suivi de Phoronée « celui qui porte l’évolution », puis de Niobé « la Mère des vivants », symbole de celui qui s’engage sur le chemin de l’éveil après avoir eu une première expérience de contact avec « Cela qui existe vraiment ». Viennent ensuite les deux fils de Niobé, Argos « le lumineux » et Pelasgos « le sombre », représentant les deux parties opposées de la nature du chercheur engagées ensemble dans la quête.

La lignée se poursuit avec une première ouverture de la conscience, Io et son fils Épaphos « l’attouchement du divin», symbole d’un premier contact extrêmement fugitif avec le Réel. Ce premier contact est sans doute une expérience commune à tous les hommes, même si elle est la plupart du temps confondue avec une joie vitale et ne laisse qu’une trace très vague dans la conscience.
Cette ouverture est de courte durée car le mouvement qui met en chemin – le manque ou le besoin – n’est pas encore assez puissant pour projeter l’être dans une quête consciente. Il s’ensuit une longue période de maturation durant laquelle le futur chercheur subit l’épreuve de la « liberté » : c’est l’évolution de l’individuation dans l’incarnation représentée par Libye, symbole d’une évolution subconsciente car cette héroïne est unie au dieu Poséidon.
De cette union naquit des jumeaux, Bélos et Agénor.
La descendance de Bélos « l’incarnation de la libération » qui décrit les nécessités de cette voie a déjà été étudiée en grande partie dans la descendance de Bélos avec le mythe de Persée et les six premiers travaux d’Héraclès.

Nous allons suivre dans ce chapitre l’une des deux branches de la descendance d’Agénor « le courageux, le noble » ou encore « celui qui conduit l’évolution dans l’incarnation », personnage dont la lignée concerne davantage les expériences et les obstacles rencontrés sur cette voie (Cf. Planche 23).

Agénor s’installa en Phénicie. Selon les auteurs, sa femme est nommée Argiopé « vision claire » ou Téléphassa « la pureté au loin (la colombe) », noms qui tous deux évoquent le processus de purification. La colombe est en effet symbole de la paix, mais surtout celui de la pureté (toujours au sens de « chaque chose à sa place »).

Nous avons considéré ici les filiations données par Apollodore, mais il faut préciser qu’il y a de très nombreuses incertitudes généalogiques autour de Bélos et d’Agénor qui ont été examinées par Timothy Gantz. Nous en retiendrons que chez certains auteurs, une première épouse d’Agénor nommée Damno « la maîtrise » eut trois enfants, deux filles et un fils, Phénix. (Les deux filles épousèrent leurs deux cousins, Danaos et Égyptos, ancêtres d’Héraclès que nous avons déjà rencontrés.) Le nom Damno décrit une maîtrise réalisée par la puissance de la volonté personnelle, la capacité d’être « maître en sa demeure ». C’était sans doute l’un des premiers accomplissements exigés par les initiés à l’entrée sur le chemin.
Agénor eut alors pour seconde épouse Téléphassa, qui lui donna une fille et un fils, Europe et Cadmos. C’est à l’histoire d’Europe et de sa descendance que nous allons nous intéresser ici, celle de Cadmos faisant l’objet du prochain chapitre.

Tandis que le chercheur progresse dans les efforts de purification décrits par le mythe de Persée et les six premiers travaux d’Héraclès, il ouvre sa conscience et acquiert une vision plus vaste et plus vraie symbolisée par Europe. (Pour Homère, Europe est fille de Phoinix, lui-même fils d’Agénor. Avec les lettres structurantes, le nom Phoinix peut être compris comme « l’évolution de la descente dans l’être d’une luminosité ».)

Bien qu’il n’y ait pas de corrélation précise entre la progression dans les plans de conscience et les expériences vécues dans cette voie de libération, on peut remarquer qu’Agamemnon et Ménélas descendent de Stéropé par leur grand-mère paternelle et d’Europe par leur mère Aéropè. Ce qui impliquerait une certaine équivalence de niveau entre l’accès au mental supérieur (Stéropé est la quatrième des Pléiades) et l’expérience représentée par Europe.
Mais la prudence qui conduisit les Anciens à séparer soigneusement la description des travaux des expériences rencontrées sur le chemin (même si des auteurs tardifs se sont risqués à proposer des équivalences) prévaut également ici.

Selon les spécialistes, l’étymologie du mot Europe est obscure. Deux pistes d’interprétations peuvent être suivies ici. Soit on considère le mot construit avec ευρυ et οψ, ce qui donne une « large vision », soit avec les lettres structurantes ευρυ+Π « un large équilibre » ou « une large maîtrise ».
Compte tenu de sa place dans les arbres généalogiques, la seconde hypothèse semble la plus vraisemblable, d’autant plus que les devins ne figurent pas dans sa descendance mais dans celle de l’ascension des plans de conscience ou dans celle d’Apollon.
(Si l’on adopte la « vision large », il ne faut pas la considérer comme une conséquence du développement mental mais plutôt comme une ouverture de la conscience résultant de la purification et permettant d’approcher davantage la Vérité.
Un grand nombre d’enseignements spirituels emploient également le terme « voir », car ce qui est éprouvé par le chercheur se rapproche souvent davantage de la « vision » que de la « sensation » qui, elle, concerne plutôt les débuts du chemin.)

Europe et ses enfants

Europe était si belle que Zeus en tomba amoureux.
Tandis qu’elle cueillait des fleurs avec ses suivantes dans une prairie de Phénicie, Zeus vint s’allonger à ses pieds sous la forme d’un taureau d’une éclatante blancheur. Selon certains, il avait une haleine de rose, et selon d’autres, il séduisit Europe en exhalant un crocus. Confiante, celle-ci le caressa et s’assit sur son dos. Aussitôt, le taureau s’élança dans la mer et nagea jusqu’en Crète. Là, Zeus s’unit à elle après avoir repris sa forme divine et de leurs amours naquirent deux enfants, Minos et Rhadamanthe (auxquels certains ajoutent Sarpédon).

Europe « un vaste équilibre (ou juste vision) » est belle : elle représente donc un premier mouvement « vrai » de purification de l’être extérieur qui permet à cette conscience élargie d’être contactée et fécondée par le plan supérieur de l’esprit (Zeus). Il y a toujours en effet une réponse des plans supraconscients lorsque la nature a atteint un niveau suffisant d’évolution, du fait de la mutuelle attirance de l’Esprit et de la Nature qui émerge de l’inconscience (le crocus semble en effet être ici le symbole d’une mutation, car c’est une fleur qui pousse au changement de saison). « L’haleine de rose » de Zeus désigne également un « souffle du nouveau », la rose étant le symbole de la renaissance spirituelle et de la grande délicatesse de l’éternel nouveau (celle d’Éos, la déesse « aux doigts de rose »).

Le plus haut de la conscience « soutient » cet élargissement de la conscience et cette maîtrise puis l’entraîne vers une nouvelle étape d’évolution. L’arrivée en Crète marque l’entrée dans une étape « protégée » du chemin, car nul étranger ne pourra y entrer ni en sortir, du moins jusqu’à ce que le géant de bronze Talos soit tué par Médée.
En outre, on peut considérer que le choix de la Crète revêt une triple signification :
Géographique, car elle fut le plus probablement le lieu de migration de la spiritualité dominante entre la Phénicie et la Grèce (Agénor venant d’Égypte, fonda son royaume en Phénicie).
Symbolique, car avec les lettres de son nom (ΚΡ+Τ), elle pourrait représenter une ouverture de la conscience selon le mouvement juste sur le plan de l’esprit. Sans doute peut-on aussi voir dans le taureau – symbole du pouvoir de réalisation du mental lumineux – le signe de l’appartenance de l’époque minoenne et de la Grèce archaïque à l’ère du taureau, époque qui constitua une transition du monde Égyptien antique marqué par le signe du Bélier au monde chrétien qui vit sa croissance sous celui des Poissons (cf. les ères zodiacales symboliques de 2160 ans).
Historique, par la succession des civilisations dominantes, Minoenne puis Mycénienne.

Avec l’intervention de Zeus, l’énergie spirituelle qui soutient le chercheur sous la forme d’un « pouvoir de réalisation du mental lumineux », l’emporte de son plein gré mais dans l’ignorance de sa destination. Il se retrouve alors à la fois en état « d’ouverture », de « maîtrise », et dans un certain isolement, ce qui permet une première fécondation par l’Esprit. Celle-ci produit une impulsion pour un nouveau travail de « justesse » selon le sens symbolique des deux enfants que Zeus engendra avec Europe, Minos et Rhadamanthe. Ils confirment une « p