8. L’origine du cycle
« Il y avait quelque chose d’indéterminé
Avant la naissance de l’univers.
Ce quelque chose est muet et vide.
Il est indépendant et inaltérable.
Il circule partout sans se lasser jamais
Il doit être la Mère de l’univers.
Ne connaissant pas son nom
Je le dénomme “Tao”
Je m’efforce de l’appeler “Grandeur”
La grandeur implique l’extension
L’extension implique l’éloignement
L’éloignement exige le retour »— Lao Tseu86
Dans le premier chapitre nous avons évoqué succinctement les différentes sources de rythme qui pourraient être à l’origine des cycles du mental et nous avons parlé de l’existence d’une horloge qui déterminerait ces rythmes. Nous avons dit que cette horloge pourrait être soit une caractéristique du champ mental lui-même, soit située dans un autre plan que le mental d’où elle impulserait le rythme.
Cette horloge pourrait être soit un rythme de la vie, issu par exemple des horloges biologiques : nous avons écarté cette hypothèse car la vie, avec ses cycles courts, ne semblait pas pouvoir générer des cycles de plusieurs milliers d’années.
Elle pourrait être aussi un rythme issu de quelque plan, sub-matière ou supra-mental qui nous est encore totalement inconnu : nous ne pouvons écarter cette hypothèse à priori, mais nous n’avons aucun élément pour aller plus avant.
Ce qui nous amène à considérer la dernière hypothèse, à savoir un rythme issu de la matière, résultant soit de champs de forces électromagnétiques, soit des conséquences indirectes de la course des planètes ou des galaxies, soit de tout autre phénomène matériel.
Sans rentrer dans une étude détaillée qui sort du cadre de cet ouvrage, nous pouvons apporter ici quelques précisions complémentaires à ce qui a été dit dans le premier chapitre concernant les cycles astronomiques et la théorie des paléoclimats.87
C’est une science relativement neuve qui a été initialement développée par le yougoslave Milutin Milankovitch dans les années trente, mais rejetée par le milieu scientifique jusqu’en 1982, date à laquelle elle fut confirmée par différents chercheurs, dont l’astronome-mathématicien-climatologue André Berger. Cette théorie démontre que les variations climatiques sont liées aux irrégularités du déplacement de la terre sur son orbite – elles-mêmes résultant de l’action de la Lune et des autres planètes du système solaire (phénomènes gravitationnels) – qui provoquent des variations de l’ensoleillement.
Ces irrégularités dépendent de trois éléments majeurs (le nombre de paramètres en jeu est tel que les cycles qui ont été mis en évidence doivent toujours être considérés comme une moyenne, et non comme des valeurs précises) : le phénomène de précession des équinoxes, l’obliquité de l’axe de rotation de la terre et l’excentricité ou forme de l’ellipse de la trajectoire de la terre autour du soleil.
Au niveau du très long terme (dont le paramètre est l’excentricité), on a pu constater des cycles de 400 000 ans et des cycles glaciaires d’une durée approximative de 115 000 ans. Chaque cycle comprend une période chaude suivie d’une période froide de durée équivalente. Le dernier cycle complet a commencé il y a 120 000 ans pour s’achever il y a 11 000 ans environ. Le début du nouveau cycle marque l’entrée dans le Néolithique88 et une accélération de l’Histoire que l’on ne retrouve pas dans les époques précédentes.
C’est de cette période que date le retour des pluies au nord de l’Afrique et sans doute de fortes anomalies climatiques qui causèrent en Égypte89 des inondations aberrantes à plus de huit ou neuf mètres au-dessus du niveau de la plaine. Ces éléments ne sont pas sans nous rappeler les « déluges » rapportés par diverses traditions qui marquèrent le passage à une ère nouvelle.
Le paramètre obliquité définit quant à lui un cycle de 41 000 ans. Le cycle de précession des équinoxes, dû au fait que l’axe de rotation de la terre ne reste pas parallèle à lui-même mais décrit un cône, a une durée de 26 000 ans. Mais la variation d’ensoleillement et de composition de l’atmosphère répond en fait à des cycles plus complexes de 19 000 et 23 000 ans.
A des échelles de temps encore plus vastes, les phénomènes cycliques semblent déjà se situer au niveau de l’éloignement et de la séparation des continents. Notre phase d’éloignement actuel qui voit l’éclatement du continent austral Gondwana en plusieurs continents séparés, ferait partie, selon les géologues, du troisième cycle d’éloignement et de rapprochement des continents.
Nous savons aussi, par des études récentes, que le Gulf Stream s’est arrêté ou a ralenti à plusieurs reprises dans le passé, créant ou accompagnant des variations climatiques.
Hormis ces grands cycles glaciaires, on a pu mettre en évidence l’influence des taches solaires sur les champs électromagnétiques terrestres. Par exemple, le Moyen Âge a connu une diminution d’intensité du champ magnétique terrestre d’environ 12 %, ce qui est considérable pour une dizaine de siècles (entre 500 et 1 500). Ce phénomène fait dire à Robert Delort90 que les gens du Moyen Âge ont reçu moins de particules à haute énergie que nous n’en recevons, et que le soleil qu’ils ont connu n’était pas tout à fait le même que le nôtre.
D’autres phénomènes, tel le basculement des pôles magnétiques de la terre, lorsqu’ils seront mieux connus, pourront nous donner des éléments plus précis concernant les cycles auxquels l’humanité est soumise.
L’énumération de ces différents rythmes nous montre que le problème est complexe et qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant de trouver une corrélation précise avec les fonctionnements cérébraux.
Nous avons suggéré dans le premier chapitre la possibilité d’une influence de la composition de l’atmosphère – et en particulier de la variation du taux de CO2 – sur le cerveau qui pourrait entraîner la prédominance d’un hémisphère sur l’autre au rythme des glaciations91.
Même si cette influence s’avérait exacte, il faudrait encore élucider la question de la spécialisation des deux hémisphères qui nous conduit à des hypothèses telle que celle des champs morphogénétiques développée par Rupert Sheldrake.
Cette théorie fait précéder l’existence de toute forme d’un « champ de forme » qui pousse tout atome ou toute cellule à prendre une place et une fonction adaptée à la place qu’elle occupe et qui pousse la forme à se développer jusqu’à correspondre à la forme du champ préexistant.
Ces champs morphogénétiques auraient la propriété d’entrer en résonance, instantanément et quelle que soit la distance. Ainsi l’information serait transmise instantanément en tous points de l’univers. C’est en quelque sorte le principe inverse de l’hologramme : si la partie change, l’ensemble change. Là encore nous rejoignons les paroles des sages qui nous disent que « tout est agissant ».
Une des propriétés caractéristiques des champs morphogénétiques tendrait à démontrer que plus il y a de personnes qui font une expérience donnée, plus cette expérience devient facile pour ceux qui suivent. Cela expliquerait que des acquisitions qui ont mis des millénaires à s’élaborer deviennent quasi instinctives à un moment de l’histoire. L’inné ne serait qu’un acquis devenu instinctif.
La dernière hypothèse que nous devons examiner concerne l’existence de champs de forces qui nous seraient totalement inconnus actuellement et moduleraient le mental humain selon les cycles que nous avons proposés.
Nous sommes obligés de reconnaître que dans l’univers connu, tout est rythme, pulsation, vibration, depuis les particules élémentaires jusqu’aux constellations les plus vastes. Même l’univers pourrait être le résultat d’un vaste inspir/expir, au moins en certaines de ses régions92.
↑ 86 Lao Tseu, Tao-Tö king, Connaissance de l’Orient, Gallimard, 1967, strophe XXV, p.59.
↑ 87 Toutes les indications données ci-dessous concernant la théorie des paléoclimats ont été puisées dans les livres suivants : André Berger, Le climat de la Terre, De Boeck Université, 1992 ; Alain Foucault, Climat, Fayard, 1993.
↑ 88 La définition du Néolithique, comme le passage d’une société de prédation à une société de production, ne fait pas l’unanimité, car cette transition se fit de façon très diverse selon les lieux et les époques, mais cela n’a guère d’importance dans le cadre de notre étude.
↑ 89 Béatrix Midant-Reynes, Préhistoire de l’Égypte, Éd. A. Colin, 1992, p.68.
↑ 90 Robert Delort, La Vie au Moyen Âge, Collection Points Seuil, Éditions du Seuil, 1982.
↑ 91 La variation très rapide de ce taux dans les années qui viennent, résultant du réchauffement de l’atmosphère, pourrait alors induire des changements dans le cerveau.
↑ 92 Selon le modèle d’univers quasi stationnaire développé par Fred Hoyle et contestant la théorie du Big Bang. Stephen Hawking, mathématicien contemporain, après avoir soutenu avec Penrose l’idée qu’il devait avoir existé une singularité de type big-bang, pourvu que la théorie de la relativité fût juste, se ravisa aussi dans les années 90 et récusa l’existence d’un tel phénomène.
