Chapitre 4 : Les périodes historiques
Arrivé à ce point de notre étude, nous espérons que le lecteur aura acquis une bonne compréhension des énergies à l’œuvre dans chaque partie du cycle. Le présent chapitre se propose de donner quelques illustrations historiques complémentaires. Peut-être le lecteur aura-t-il le sentiment de répétitions inutiles, et nous nous en excusons, mais nous avons choisi de revenir à plusieurs reprises sur la description des différentes périodes de la courbe afin de mieux faire sentir la nature des énergies à l’œuvre.
Au préalable et pour plus de commodité dans la lecture des événements et de facilité de représentation graphique, nous devons essayer de voir s’il est possible de caler la courbe, c’est-à-dire d’attribuer une date précise à l’un des points significatifs.
Comme nous l’avons vu, les cycles historiques de 2160 ans sont la résultante de la division en douze parties égales du cycle de précession des équinoxes, lequel a une durée de 26 000 ans environ. Cette durée est connue depuis longtemps ainsi que sa division en cycles. En revanche, elle n’a pas d’origine fixe et ses divisions non plus. Aussi les avis des astrologues sont-ils le plus souvent divergents quant au début de chaque cycle. Ils situent le début de l’ère du Verseau, censée commencer à notre époque, dans une plage s’étendant de la Révolution française au début du XXIème siècle, soit une incertitude de près de 200 ans.
En fait, ce calage de la courbe, à quelques dizaines d’années près, n’a pas vraiment d’importance, car ce qui compte, c’est l’espacement entre des périodes similaires et non leur exacte place sur la courbe. Toutefois, pour présenter des graphiques, nous sommes obligés de choisir un point de départ.
Pour cela, un certain nombre de dates significatives s’offrent à nous, soit pour les sommets de la courbe, soit pour les points médians, dont nous n’avons retenu que les principales. Pour les points extrêmes de la courbe (haut et bas) :
- – 2260 : fin de l’Ancien Empire Égyptien
- – 27 : Octave prend le nom d’Auguste. Instauration de l’Empire Romain.
- + 1049 : Léon IX démarre la réforme grégorienne qui instaure la suprématie du spirituel
Pour les points médians :
- + 330 : Inauguration de Constantinople. Début de l’Empire Byzantin
- + 395 : Mort de Théodose et partage de l’Empire entre ses deux fils.
- + 410 : pillage de Rome par Alaric
- + 476 : dépose de l’Empereur Romulus Augustule 49
- + 1453 : chute de Constantinople 50
- + 1492 : découverte de l’Amérique par Christophe Colomb et jonction Europe-Asie par le Cap de Bonne Espérance.
Parmi les dates possibles pour le début et la fin du Moyen Âge, nous retiendrons pour plus de commodité les dates de 410 et de 1492 qui ne présentent pas entre elles un écart de 1080 ans.
Deux choix sont alors possibles : soit nous plaçons – 27 ou même zéro, date origine de notre comptage du temps au sommet de la courbe ; mais alors, la période moyenâgeuse que nous avons choisie est décalée d’une centaine d’années par rapport à l’horizontale, comme l’indique le schéma ci-dessous.
Soit nous calons le Moyen Âge exactement dans le bas de la courbe entre + 410 et + 1490 – et c’est la solution que nous retiendrons – toutes les autres dates se positionnant à partir de là. Le sommet de la courbe le plus proche de la période actuelle se situe alors en 2030.
Une fois ce positionnement établi, toutes les civilisations s’enchaînent sur la courbe comme figuré sur le schéma ci-dessous.
Ayant calé la courbe, nous allons maintenant donner des illustrations de notre théorie en essayant de mettre en lumière les similitudes qui existent entre les parties homothétiques (parallèles) des courbes. Pour cela, il est évident que nous n’allons pas positionner la totalité des événements historiques, mais seulement certains faits symptomatiques.
Il faut d’abord souligner que le nombre d’ondulations pour lesquelles nous avons des éléments historiques est faible : deux cycles complets et un quart de cycle seulement, si nous faisons commencer l’étude au début de l’Ancien Empire Égyptien. Hormis cette dernière période, que nous pourrons comparer à 2160 ans d’intervalle à la période gréco-latine et à 4320 ans d’intervalle aux Temps Modernes, toutes les autres comparaisons ne pourront se faire qu’une seule fois, à 2160 ans de distance.
Comme deuxième fait remarquable, il apparaît que les points caractéristiques de la courbe, les sommets et les points médians à l’intersection avec l’horizontale, sont généralement marqués par des événements particuliers : effondrements d’empires, naissances de grands hommes, catastrophes naturelles.
Ainsi par exemple les différentes périodes de l’Empire Égyptien. En se reportant au schéma de la civilisation égyptienne donné en fin du chapitre précédent, on pourra constater une remarquable correspondance avec les phases de notre courbe.
Fin de l’ancien empire en – 2260 et à peu près 540 ans plus tard, en milieu de courbe, c’est la fin du Moyen Empire en – 1785 ainsi que la disparition de la civilisation de l’Indus. Puis la fin du Nouvel Empire Égyptien (- 1085), la destruction de Mycènes et la décadence hittite. La fin du nouvel Empire marque, nous disent les historiens, une époque de confusion générale.
540 ans plus tard, ce sera l’effondrement de la Syrie, la fondation de Rome (- 753) et début de la dynastie de Zhou orientaux (- 771). Enfin, on retrouvera une grande période de bouleversements et de catastrophes autour de l’an 1000.
Pour plus de facilité de lecture, nous allons considérer la première période de – 2830 à – 2290 de façon isolée. En revanche, nous traiterons toutes les autres périodes par groupes de deux, ayant entre elles 2160 ans d’intervalle.
Première période : – 2830 / – 2290 51
Cette période de 540 ans se situe dans la partie montante de la courbe séparatrice. Elle est comparable à la période gréco-latine située entre les débuts de Rome vers – 670 et la chute de la Grèce sous la coupe de Rome en – 130, ainsi qu’aux Temps Modernes, entre la Renaissance et le sommet de la courbe des temps actuels (soit entre 1490 et 2030).
Elle correspond assez exactement à l’Ancien Empire Égyptien dont les dates officielles sont : – 2778 / – 2260. C’est également la période du Minoen ancien en Crète (- 2700 / – 2200). Il faut par ailleurs noter que la civilisation minoenne suit un développement parallèle à celui de l’Égypte, bien que nous n’ayons quasiment aucun vestige des deux premières époques, tous les palais ayant été détruits à la fin du Minoen moyen, lorsque disparut aussi la civilisation de l’Indus.
L’ancienne Égypte montre toutes les caractéristiques d’une période séparatrice ascendante, même si ce que nous savons de son organisation politique diffère de celles des périodes correspondantes gréco-romaine et actuelle. Ce fut la période la plus créatrice de l’Égypte, marquée au milieu du IIIème millénaire par une fièvre de bâtir – cités, temples, pyramides – et une organisation remarquable.
La première moitié de la période est sous le signe de la concentration des pouvoirs qui culmine en – 2600 / – 2500 avec l’absolutisme pharaonique de la IVème dynastie (- 2589 / – 2496) qui nous laissera en souvenir les grandes pyramides. Cette période est à rapprocher du siècle de Périclès (- 443 / – 429) (delta = 2170).
(Dans toute la suite de cet ouvrage, nous noterons par « delta » la différence entre les deux époques ou les deux dates qui viennent d’être mentionnées. Ici par exemple entre le début de la IVème dynastie égyptienne et le début du siècle de Périclès, soit 2589 – 443 = 2146. Ceci afin de permettre le rapprochement avec les périodes de 2160 ans et 2 x 2160 = 4320 ans, que nous essayons de mettre en lumière dans ce livre. Il ne faut pas oublier non plus qu’à cette échelle de temps, une variation de 1 % dans la comparaison des dates, correspond à 22 années environ.)
Cette période est à rapprocher aussi de l’Empire perse Achéménide, et surtout des absolutismes européens avec Cromwell (1599 / 1658 ; delta = 4188), et Louis XIV (1638 / 1715 ; delta = 4227).
Dans les cycles suivants, la seconde moitié de cette période est toujours sous le signe des Royaumes combattants. Nous n’avons pas assez d’éléments pour affirmer qu’il en fut ainsi en cette période de l’Égypte ancienne, mais c’était le cas à Sumer à cette même époque.
C’est l’indépendance croissante des hauts dignitaires qui reçoivent de plus en plus de terres et un peuple toujours plus écrasé par les travaux forcés, qui jettera le pays dans une grave révolution sociale, dite Première période intermédiaire. C’est le schéma de tous les hauts de courbe : toujours plus de richesse pour quelques-uns qui s’entre-tuent pour le pouvoir, tandis que la grande majorité subit l’injustice et la pauvreté. François Daumas dans son livre La civilisation de l’Égypte pharaonique 52, nous dit : « le vieux roi, impuissant dans son palais, ne peut plus rien. Pendant ce temps, les monarques locaux, devenus des seigneurs quasi indépendants, n’obéissent plus et n’envoient plus les tributs au trésor central. Peu à peu tout l’ordre social s’écroule. Tandis que les gens distingués sont dans la misère et ne savent que manger ni de quoi se vêtir, les nouveaux riches étalent un luxe insolent. Les nobles femmes des harems furent obligées de travailler aux plus durs métiers. Puis, avec la famine et les épidémies, apparut l’insécurité ; les brigands hantent les chemins. Le pays commence à se dépeupler. Les enfants nouveau-nés sont abandonnés et les naissances se raréfient de plus en plus […]. L’invasion étrangère vient, inévitablement, couronner ce désordre, puisqu’aucune force ne peut plus contenir l’avidité des Asiatiques. Ce qui est plus grave encore, c’est la perturbation des fondements mêmes de l’ordre ancien. Les procédures judiciaires, jusqu’alors secrètes, ont été divulguées ainsi que les lois… Le culte divin est interrompu… On assiste à l’éclosion d’un scepticisme de mauvais aloi ».
Toutes ces caractéristiques – brigandage, insécurité, raréfaction des naissances, destruction de l’ordre ancien, athéisme, doute – se retrouvent de façon identique 2160 ans plus tard à l’époque hellénistique et 4320 ans plus tard à notre époque.
Parallèlement à la civilisation égyptienne, celle de l’Indus, dont nous savons peu de choses, montre, par les ruines qu’elle nous a laissées, un plan d’urbanisme extrêmement développé, avec des égouts et déjà un système de séchage des silos à grains par ventilation. Curieusement aussi pour cette époque, elle semble répondre aux critères d’a-religion notés par Spengler, car il n’y a trace ni de temples ni de palais.
Nous avons dit que le sommet du cycle était aussi le temps de l’homme-dieu, l’empereur divinisé. Si ce n’est pas caractéristique en Égypte, où tous les empereurs semblaient être traités comme des dieux, en revanche la Mésopotamie, au sommet de la courbe, en – 2250, est unifiée par le grand Sargon d’Akkad. La légende lui attribue la même origine que Moïse, Cyrus ou Romulus : fils d’un nomade et d’une prêtresse qui n’avait pas le droit de garder d’enfant, il fut livré au gré du fleuve. Élevé par un jardinier, il fut reconnu par la princesse Ishtar et devint le conquérant du monde et le Roi de l’univers. Un cycle avant Auguste, soit 2220 ans auparavant, et 2020 ans avant l’empereur chinois Huang Di, il se fit appeler « divin ». (On notera un décalage de la Chine en avance de 200 ans par rapport à la civilisation occidentale, phénomène sur lequel nous reviendrons ultérieurement).
Deuxième période : – 2290 / – 1750 et – 130 / + 410
Cette période est marquée par l’inversion de l’impulsion au sommet de la courbe, sommet qui jalonne aussi la fin des tendances démocratiques et le début de l’Imperium. Elle est témoins de l’apogée puis de la lente décadence des structures mises en place précédemment. C’est la période du Moyen Empire Égyptien, qui après un siècle de troubles, commence en – 2160 avec la XIème dynastie, avec Thèbes pour capitale, pour se terminer en – 1785 avec l’invasion des Hyksos. C’est aussi l’apogée et le déclin de l’Empire Romain, depuis Auguste jusqu’à la chute de Rome en 410.
Comme l’ont bien souligné Spengler et Toynbee, ces périodes sont celles des empires universels. L’Histoire ne semble plus se passer à l’extérieur, mais à l’intérieur de ces empires. En fait la période des états combattants a fait place aux luttes intestines pour le pouvoir. Le nombre d’empereurs assassinés à Rome, ou de meurtres dans leur entourage, est impressionnant. Les guerres entre factions sont rudes. Ainsi Octave, en 31 avant JC, remporte à Actium une victoire décisive sur Marc Antoine et Cléopâtre, qui lui ouvrira le chemin vers l’Empire.
De même, ce sont les dynastes de Thèbes qui, après un siècle de rivalités, détruisirent la royauté d’Héracléopolis et fondèrent le Moyen Empire. Signe du sommet de la courbe, un pharaon de cette première période intermédiaire, Akhtoès III, laissera un essai très élaboré pour substituer l’intelligence à la violence. Il écrira : « la langue est une épée et les paroles ont une force supérieure à n’importe quel combat ».
Dans le domaine de l’art, la créativité perd son élan : les règles se figent, la copie se généralise, et la recherche de l’originalité devient le but recherché.
En Mésopotamie, Akkad ne saura pas maintenir sa puissance sous les coups des barbares et s’effondrera avant même que ne commence le Moyen Empire Égyptien. La troisième dynastie d’Our lui succédera, mais de façon éphémère. Seule semble s’être maintenue de façon stable en parallèle avec le moyen Empire Égyptien, la civilisation de l’Indus.
Comparées aux civilisations qui ont marqué l’ascension vers le sommet, celles qui s’installent comme maîtres du monde sont souvent considérées comme barbares et rustres en comparaison des premières. Ainsi en est-il des Thébains, pharaons du Nouvel Empire, comparés aux Héracléopolitains. Ainsi, les Romains, en regard des Grecs. Ainsi, comme le pensent beaucoup, les Américains vis à vis des Européens.
F. Daumas nous dit cependant des Thébains 53 : « ce furent de durs soldats et ils étaient capables de s’affiner ». Il poursuit : « même si les fastes du Premier Empire thébain, que nous appelons communément le Moyen Empire, n’ont pas atteint le degré de puissance et de perfection que nous sommes tentés d’attribuer à l’Ancien Empire, un je-ne-sais-quoi de plus humain, de plus près de notre nature, tempère sa grandeur et nous rend son histoire et sa civilisation plus séduisantes ».
C’est aussi sans doute le jugement que portèrent les Temps Modernes sur Rome, préférant cette dernière à la Grèce trop austère.
C’est aux environs de – 2000, avec le début de la XIIème dynastie, que débutèrent deux siècles de prospérité, précédant l’effondrement sous les coups des envahisseurs que l’on nomma en grec Hyksos, c’est-à-dire les régents de pays étrangers. Vingt et un siècles plus tard, ce sera l’apogée de la paix romaine, puis, au IIIème siècle de notre ère, le début du Bas Empire Romain.
Vers – 1785, à la fin de cette période de « paix égyptienne », s’effondre le Moyen-Empire et simultanément la civilisation de l’Indus et les palais minoens en Crète. Un cycle plus tard, soit 2160 ans plus tard, ce fut la fin de l’Empire Romain et l’entrée dans le Moyen Âge occidental.
Cette période est également celle de la Chine Impériale, entre – 221, date d’avènement de l’Auguste Empereur Qin Shi Huangdi, et l’entrée dans la période dite des Trois Royaumes, ou Moyen Âge chinois qui précède, encore une fois, de 200 ans le Moyen Âge européen.
Troisième période : – 1750 / – 1210 et + 410 / + 950
Avec ces périodes, nous rentrons dans la partie fusionnelle de la courbe, caractérisée par la floraison des civilisations de type magique et les Moyen Âges des peuples de raison. Mais c’est surtout, dans cette dernière partie de la courbe descendante, les dernières résurgences, souvent brillantes, des civilisations qui virent le jour mille ans plus tôt. Ainsi le Nouvel Empire Égyptien, qui ajouta aux formes créées dans l’Ancien empire, la grâce des périodes fusionnelles et son goût pour l’opulence. A l’architecture civile et de culte divin de l’Ancien Empire, elle ajoute celle du culte royal. 54
C’est aussi la dernière période minoenne, dite Minoen Récent, avec la reconstruction des palais et l’apogée de Cnossos (- 1690). C’est une civilisation raffinée où règnent douceur de vivre, harmonie et luxe, et qui laisse une large place à la femme à la fois en religion et en politique.
Dans la période homothétique récente (+ 410 / + 950), s’épanouit la civilisation byzantine ou Empire Romain d’Orient (Byzance fut appelée par la suite Constantinople puis Istanbul), prolongation ou résurgence de l’Empire Romain mais plus encore de la civilisation grecque, mais selon nous, sous l’influence d’une toute autre énergie et donc de nature différente.
Parallèlement à ces résurgences, d’autres civilisations, en résonance avec les caractéristiques des époques fusionnelles s’épanouissent : la civilisation mycénienne, en – 1450, durant laquelle se développent de nouvelles croyances et où prédomine la force guerrière. Trait typique des civilisations de ces périodes fusionnelles, elle n’eut jamais de capitale fixe. S’épanouit aussi la civilisation assyrienne qui succédera en – 1235 à Babylone et dont Hammourabi, en – 1750, avait fait la capitale de son empire.
Dans la période récente, c’est la civilisation arabe qui s’épanouit. De 661 à 1258 se succédèrent les califats Omeyyades et Abbassides, qui furent témoins de la foudroyante expansion de l’Islam, tandis que la foi catholique se propageait à l’ombre du Moyen Âge.
La fin de cette période est également marquée par de grands bouleversements et le Proche Orient fut soumis à partir de – 1200 aux invasions de ceux qu’on appela les Peuples de la Mer. Aux alentours de – 1100, tous les centres du Levant s’effondrent : le Nouvel Empire Égyptien en – 1085, malgré une résistance le plus souvent victorieuse de Ramsès III ; l’Empire Hittite en – 1198 ; la civilisation Mycénienne à la fin du 13ème siècle qui céda sous les vagues de l’invasion Dorienne et en – 1084, l’anéantissement du Ier Empire assyrien.
Deux mille ans plus tard, aux alentours de l’an 1000, c’est aussi une période de chaos politique et de bouleversements démographiques : dissolution de l’administration créée par Charlemagne, fin de la civilisation Maya, fin de la dynastie Tang en Chine, suivie par des guerres dévastatrices et par l’éclatement de la Chine du Sud en royaumes.
Ce fut aussi les grandes peurs de l’an mille, caractéristiques du fond de la courbe fusionnelle où naissent les terreurs sacrées. Elles furent d’ailleurs presque justifiées par des désastres naturels peu habituels entre 980 et 1030 : pluies diluviennes, invasions de sauterelles, épidémies… Dans les années 1030, presque toute l’Europe est ravagée par la famine.
A la fin de ces deux époques jumelles, on rentre progressivement dans les temps féodaux : Moyen Âge grec que l’on fait commencer vers 1250, et temps féodaux européens, vers l’an mille. Mais si certains peuples rentrent dans leur phase obscure, d’autres vont s’épanouir, comme les Assyriens lors du second Empire et 2000 ans plus tard, les civilisations arabe et byzantine. Il est intéressant de noter que la sortie d’Égypte des Hébreux sous la conduite de Moïse est également située aux alentours de – 1250. Cette époque est aussi, en Chine, le début de la dynastie Zhou qui s’achèvera près de mille ans plus tard, avec la Chine Impériale.
Quatrième période : – 1210 à – 670 et + 950 / + 1490
Au début de cette période, comme 1080 ans plus tôt, l’impulsion s’inverse. Précédemment de tendance Yin, elle repart vers le Yang. Les semences de l’âge séparateur de raison sont déposées. En Orient comme en Occident est tentée une vaste synthèse des lumières de la raison et de la puissance de la foi. Dans cette synthèse, la raison n’est justifiée que dans sa mise au service de la foi. C’est la Somme Théologique de Thomas d’Aquin (1266 / 1273) et, en Chine, Zhu Xi (Tchou Hi) parachève l’œuvre de synthèse de son époque en rédigeant la réinterprétation des classiques confucéens.
Mais, sous l’effet du phénomène d’inertie, cette période est surtout marquée par l’apogée des tendances de la période fusionnelle : c’est ce que, dans toutes les civilisations, on nommera les Temps Féodaux, imprégnés de l’esprit chevaleresque.
A partir de – 1150, la Grèce entre dans ses Temps Obscurs, que les historiens font se terminer en – 776, date des premiers jeux olympiques. C’est l’époque où sont rédigés les poèmes épiques l’Iliade et l’Odyssée que la tradition attribue à Homère (vers – 850).
En Orient, c’est le temps des Zhou occidentaux, dite Époque Féodale, qui se termine en – 771, dans une vaste crise philosophique. En Inde, c’est la rédaction du grand poème épique, le Mahabharata 55.
A mille ans d’intervalle, deux civilisations de type magique s’épanouissent : l’Assyrie, qui, en – 1235, s’empare de Babylone, et qui, malgré de sévères destructions par les Araméens en 1084, s’imposa en 884, avec Assurnazipal II comme seule puissance du Moyen Orient. Cet empire culmina avec Sargon II (- 721 / – 691) et s’effondra définitivement en – 612, tandis qu’il est gouverné par le dernier monarque Assurbanipal. Les palais de sa capitale Ninive disparaissent dans les flammes. Cette époque fut marquée par un remarquable développement de l’observation, avec une volonté de répertorier les données qu’ils connaissaient tant en astronomie qu’en médecine. Mais ces données ne furent jamais analysées avec un esprit de synthèse qui aurait permis d’établir des principes ou des lois. L’influence du Moyen Âge était encore trop forte pour que se manifestent les caractéristiques de la raison.
Mille ans plus tard, la civilisation arabe, malgré ses divisions politiques et des divergences religieuses, saura imposer l’Islam du Maroc jusqu’aux frontières de l’Inde. Dans le même temps, l’Empire Byzantin retrouve un deuxième souffle et connaît un âge d’or de 867 à 1056, jusqu’à la consommation du schisme avec Rome. La quatrième croisade s’empare de Constantinople et l’Empire est dépecé. Très réduit, il survivra toutefois jusqu’à son effacement devant l’Empire Ottoman en 1453.
Dernière période : – 670 / – 130 et + 1490 / + 2030
Dans tout ce dernier quart, nous allons jongler sans cesse entre la période gréco-romaine, et, 2160 ans plus tard, les Temps Modernes. Plusieurs époques se succèdent, déjà bien identifiées par Spengler et Toynbee : le temps des réformes religieuses et la renaissance des arts, domaines dans lequel l’appel au nouveau semble s’exprimer plus immédiatement, tandis que le renouveau des idées ne prend forme que près de deux siècles plus tard, avec Les Lumières. Cette époque est suivie par le temps des absolutismes et des tyrans, où sont aussi posés les fondements de la pensée et de l’éthique. Suit alors le temps du culte de la raison, et des despotismes éclairés. Les monarchies constitutionnelles cèdent la place aux républiques et aux nations. La dernière époque est celle de la guerre des nations, qui voit le triomphe de l’une d’entre elles, et l’établissement de l’Empire universel.
Pour toute la fin de ce chapitre, la lecture sera plus facile si nous gardons à l’esprit un rapprochement au facteur d’échelle près, que nous avons déjà mentionné, à savoir que les royaumes grecs sont semblables aux États européens, tant dans leurs rapports mutuels qu’avec la puissance extérieure. C’est à dire que les rapports des États-Unis et des nations européennes suivent la même évolution, à 2160 ans de distance, que celle de Rome et des cités Grecques. (sans oublier qu’à cette échelle de temps, une variation de 1 % correspond à 22 années environ.)
Nous avons déjà abordé cette période dans ses grandes lignes avec l’Ancien Empire Égyptien. Nous y revenons en détail avec le parallèle de la civilisation gréco-latine avec les Temps Modernes, déjà bien connu des historiens. Il nous interpelle davantage que les autres époques de la courbe, car, d’une part, c’est celle pour laquelle nous avons le plus d’éléments historiques, et, d’autre part, c’est la période que nous vivons actuellement. Si la presse actuelle annonce l’Empire Américain, c’est que les antécédents ne manquent pas.
Cette période commence au milieu de la courbe ascendante, à la sortie des Temps Féodaux, époque que chacun put ressentir comme une libération. Cette sensation d’étouffement provient, nous l’avons dit, de structures figées, le plus souvent religieuses, d’où la sève s’en est allée. Réformes et contre-réformes ne sauront ressusciter l’union des temps passés avec le réel, et inexorablement, cette période conduira vers l’humanisme absolu, qui met l’homme au centre du monde.
C’est donc, au début, le temps des Renaissances, renaissance saïte égyptienne, renaissance grecque, Renaissance italienne.
Il y a 4320 ans se réveillait l’Ancien Empire Égyptien, avec un art accompli. 2160 ans plus tard, l’Empire Égyptien tentait de se renouveler sous l’impulsion Saïte qui prétendit retrouver l’impulsion de l’Ancien Empire. Mais ce fut en fait le monde grec qui reprit le flambeau avec, vers – 650 l’apparition d’un ordre nouveau fondé sur le droit.
Après un nouveau cycle, selon le même schéma, la Renaissance européenne prenait la Grèce Ancienne pour modèle. Entre 1500 et 1530 resplendirent les grands créateurs – Léonard de Vinci, Michel Ange, Raphaël, Dürer, Giorgione, Titien, Grünewald etc. Fait remarquable, toutes ces renaissances prirent pour bases les critères artistiques et les idées qui avaient cours 2160 ans plus tôt.
Les deux premiers siècles de cette phase correspondent à une période de tâtonnements où les espaces d’influence réciproque entre temporel et spirituel tentent de se définir au travers de structures politiques où la religion est toujours le pôle dominant. C’est l’époque des monarchies de droit divin durant lesquelles le pouvoir royal perd de sa puissance. La revendication de liberté du peuple, du daïmos, qui est guidé par la bourgeoisie émergente, se fait chaque jour plus pressante. Le peuple veut s’occuper du gouvernement de la Cité, des « Res Publicae », les choses publiques. La transmission du pouvoir de la monarchie ou de l’aristocratie à la plèbe se fera par étapes successives, avec des tentatives avortées, des retours en arrière, puis des avancées définitives soudaines.
La monarchie, dans un premier temps, s’exacerbe par le phénomène d’inertie déjà expliqué, jusqu’à un extrême d’elle-même, la tyrannie. Puis suivent les despotismes éclairés. Viennent ensuite les monarchies constitutionnelles durant lesquelles la place du roi se restreint peu à peu. Elles cèdent enfin la place à la république. Lors de ce processus, la séparation de l’Église et de l’État devient définitive.
Si l’on suit ce processus avec quelques exemples historiques, on voit apparaître les civilisations séparatrices au début de cette période. Début de l’Ancien Empire avec la IIIème dynastie en – 2778. Un cycle plus tard, c’est la fondation de Rome en – 753 que tous les mythes attribuent à Romulus. Dans le cycle d’après, c’est la découverte de l’Amérique en 1492, tandis que l’Italie, dès 1500, voit émerger la Renaissance.
La monarchie romaine s’épanouit de – 753 à – 575, date à laquelle elle tombe sous la domination des Étrusques. En Chine, c’est le début de la période des Printemps et Automnes (- 722 / – 481). Cette première phase de la dynastie des Zhou orientaux est marquée par la lente dégradation du pouvoir royal au profit des princes féodaux. Le roi est progressivement dépossédé de ses attributions pour ne plus disposer que d’un pouvoir théorique et rituel. Les princes vassaux finiront par régner en véritable tyrans.
En Grèce, au VIème siècle avant JC, le pouvoir des aristocrates est battu en brèche. L’évolution économique ruine de nombreux petits paysans qui tombent sous la dépendance des riches. La révolte gronde. La crise appelle des réformes et des législateurs. L’un de ceux qui passèrent à la postérité par le langage, Dracon, instaura à Athènes un code de lois, bien sûr draconiennes, vers – 620.
Autour de la fin de cette première période qui s’accompagne d’un bouillonnement intellectuel intense, s’incarnent une floraison de grands hommes, porteurs de différents courants de la philosophie humaniste renaissante. Ainsi, en Chine, apparaît Kong Kiu, devenu Kong Fuzi, ou Maître Kong, latinisé sous le nom de Confucius (- 551 / – 479). Ce qu’il propose n’est pas une religion mais une éthique sociale. A l’inverse des grands hommes qui apparaissent dans la partie descendante de la courbe et sont des fondateurs de religion qui mettent en avant une relation à la transcendance, au dieu extérieur, ceux qui viennent dans les parties ascendantes parlent du dieu intérieur, de l’immanence, ou plus simplement d’humanisme et d’éthique sociale. Ce sera le cas de tous ceux que nous rencontrerons dans cette partie de la courbe.
Confucius parle de la responsabilité, de l’individu, et engage à l’étude. Ses théories seront combattues et ne s’imposeront qu’à l’arrivée des Han en 202 avant JC. Un disciple de Confucius, maître Mengi (Mencius) affirme la responsabilité réciproque du prince et de ses sujets, et, en tant que tel, est l’ancêtre de la pensée démocratique. Mozi, un autre philosophe, inventera la monarchie constitutionnelle, et Zhuangzi (Tchouang-Tseu) sera l’ancêtre de la pensée libérale et écologique. Il enseignera qu’il est vain de vouloir guider le monde, hypocrite de prétendre le réformer. A la même époque Lao Zi (maître Lao) ou Lao Tseu (- 517) nous laisse en héritage le Tao Te king.
En Inde, en – 566, naît Siddharta Gautama qui deviendra l’Eveillé, l’Illuminé : le Bouddha. Dans ce même pays, en – 599, naît Mahavira, fondateur du jaïnisme, qui prêche la non-violence, la droiture, la pauvreté et la chasteté.
Sans oublier Zoroastre (Zarathoustra, vers – 628 / – 551), promoteur du Mazdéisme et auteur de l’Avesta. En Occident, l’Europe renvoie l’image de la Grèce antique : A Pythagore (vers – 540) répondent Descartes (1596 / 1650), Spinoza (1670), Copernic (1473 / 1543) et Galilée (1564 / 1642). Socrate (- 470 / – 399) et Platon (- 428 / – 348), par-dessus les siècles (2160 ans), tendent la main à Pascal (1623 / 1662), Locke (1690), Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Leibniz (1686) et Bossuet (1681). Un peu plus tard, Aristote (- 384 / – 322) a pour frères Kant (1781), Fichte et Hegel (1821).
C’est aussi le temps des grandes tragédies et comédies. A Électre (- 415) et Antigone (- 442) de Sophocle font écho Andromaque (1667) et Phèdre (1677) de Racine. A Médée (- 431) d’Euripide et aux Oiseaux (- 414) d’Aristophane, correspondent, 2160 après, l’Avare (1668) de Molière, et les œuvres de Boileau, Pascal, La Fontaine, Corneille, La Bruyère etc.
La plupart de ces grands hommes voient le jour dans le deuxième siècle de cette période (- 570 / – 470 et 1590 / 1690), qui est dit le temps des tyrannies ou des absolutismes.
En Chine, c’est la fin de la période des Printemps et Automnes ou période des Hégémonies qui se terminent par le règne de véritables tyrans, les cinq Hégémons (vers – 520). « Sous leur domination, la lignée est méprisée, les ancêtres ignorés, et les rites ne sont plus accomplis. Ils se livrent entre eux des guerres féroces au détriment de leur peuple ».
En Grèce, les réformes musclées, comme sous Dracon, ou modérées, comme sous Pythagore, n’empêchent pas l’arrivée des tyrans : Pisistrate et Hippias à Athènes, Polycrate à Samos etc. A Rome, c’est la domination étrusque et la dynastie des Tarquin qui gouvernera de – 575 à – 509, et laissera dans les mémoires le souvenir de son dernier tyran, Tarquin le Superbe.
Presque exactement 2160 ans plus tard, dans l’Europe moderne, ce sont les absolutismes français et anglais : Louis XIV (1643 / 1715) et Cromwell (1653 / 1659).
C’est la mise en place de structures plus démocratiques qui met fin partout, avec plus ou moins de violence, aux régimes tyranniques. Ces derniers font place au gouvernement de despotes éclairés légitimés par la raison, ou absolutismes. On y retrouve en général les mêmes caractéristiques : développement des villes, liberté de culte, œuvre d’unification, mise en place d’une justice équitable, développement de l’instruction, activité intellectuelle intense et progrès scientifique et technique.
En Europe, dès Louis XV, a lieu une réaction contre la tyrannie. Les mœurs se libèrent. La Grande Bretagne instaure une monarchie constitutionnelle dès 1727 avec Georges II. Partout règnent des despotes éclairés : Frédéric II en Prusse (1740 / 1786) ; Marie-Thérèse en Autriche (1740 / 1780) ; Charles III en Espagne, Catherine II en Russie, Gustave III en Suède et Joseph II en Autriche.
Mais avec la naissance des consciences nationales, apparaissent inéluctablement aussi les conflits de pouvoir entre nations. En Chine, c’est de – 470 à – 220, pendant plus de deux siècles, la période dite des Royaumes Combattants. Les guerres, incessantes, opposent des pays de la taille des nations européennes d’aujourd’hui. Les victimes, après les batailles, se comptent par milliers. Les populations sont transplantées de force. D’immenses travaux sont entrepris pour protéger les frontières.
Parmi les courants de pensée qui ont vu le jour dans la première moitié de cette période et dont découleront la plupart des systèmes d’argumentation et de réflexion qui auront cours en Chine par la suite, figurait « l’école des lois » qui enseigne que la loi doit être connue de tous, appliquée à tous. Cette elle qui va triompher avec l’avènement du premier empereur Qin Shi Huangdi en – 221. Presque exactement 2160 ans plus tard, en 1960, les communistes se réclameront de ce courant.
En Grèce, l’année – 508 marque le début timide de la démocratie par l’instauration de l’égalité devant les lois. Cette époque, célèbre dans l’histoire Grecque car elle symbolisera par la suite une sorte de perfection, est marquée par Périclès, de – 460 à – 429. Il renforce la démocratie à Athènes, mais à l’extérieur, il fait fi de la traditionnelle autonomie des cités aussi bien que de la Ligue grecque, et conduit Athènes comme la plus impérialiste des puissances. Mais le calme ne durera pas, et dès – 431, commence la guerre du Péloponnèse.
A la même époque, la Rome du milieu du Vème siècle est marquée par les luttes internes entre Patriciens et Plébéiens, alors que, depuis la chute des Tarquins la res publicae prend de l’importance dans les mentalités. Le droit est codifié et laïcisé, permettant ainsi de passer de ce qui est autorisé religieusement « fas » à ce qui est permis civilement « jus ». 2160 ans plus tard, Napoléon instaurera les bases de notre Code civil.
Les lois de – 367 en Italie marquent la victoire décisive de la Plèbe. Exactement 2160 ans plus tard, nous sommes en 1793… C’est également la Déclaration d’indépendance des États-Unis en 1776 et, en 1787, la proclamation de leur constitution.
Tandis que mûrit la démocratie à Rome après – 367 et aux USA après 1790, une vaste tentative d’unification a lieu : conquête de l’Ouest moderne par les Américains, mais surtout conquête du Macédonien Alexandre de – 336 à – 323 auquel répond, de 1797 à 1815, l’empereur Napoléon Bonaparte. Tous deux rêveront d’unir l’Orient à l’Occident. Alexandre s’arrêtera sur les rives de l’Indus sous la pression de son armée épuisée. Napoléon devra céder devant les rigueurs sibériennes de l’hiver russe. Tous deux seront révérés presque à l’égal des dieux, mais il faudra attendre Auguste pour qu’un empereur ose vraiment se conférer le titre de « divin ».
Les temps récents
En Chine, on l’a vu, le roi de Quin, partisan de « l’école des lois » annexe peu à peu les derniers royaumes combattants et réalise l’unité du pays en – 221. Cette école des lois, mise en place et en pratique par Shang Yang durant le siècle précédent, s’oppose en tout point à l’école des lettrés de Confucius qui vise le bien-être du peuple par la pratique des vertus. Elle institue un régime dictatorial : noblesse de mérite militaire et travail obligatoire. Les oisifs sont réduits à l’esclavage. Le regroupement des familles est obligatoire, la délation récompensée et l’espionnage populaire encouragé. Près de 2160 ans plus tard, en 1960, toute ressemblance avec les pratiques chinoises de ces années-là ne semblera peut-être pas fortuite.
Le roi Zhong Quin adopte le titre de Huangdi qui signifie « premier auguste » et tente d’imposer son essence divine ; il organise l’Empire d’une main de fer, déportant les populations aux fins de peuplement, créant une monnaie unique qui perdurera jusqu’au XXème siècle.
En – 213, devant l’opposition des confucéens, l’empereur décide de faire disparaître toute trace de l’ordre ancien et donne l’ordre de détruire tous les textes écrits, tous les livres, hormis ceux à caractère scientifique. Des lettrés sont mis à mort sous prétexte d’avoir conservé des textes interdits. En 1966, près de 2160 ans plus tard (delta = 2179), Mao Zedong lance la grande Révolution culturelle, qui, elle aussi, veut faire table rase du passé.
La succession de l’empereur Huangdi est mouvementée, mais l’unité de l’Empire sera maintenue jusqu’en 220 après JC, année où commence la période des « Trois Royaumes » suivis, à partir de 316, de la dislocation de l’Empire sous l’effet des invasions barbares.
En Grèce, à partir de – 323, les successeurs d’Alexandre, les Diadoques, vont se disputer l’Empire pendant un demi-siècle. Lors de ces luttes intestines, la Grèce perd une grande partie de sa population. La concurrence avec l’Orient est rude pour les cités qui tombent sous la coupe d’une bourgeoisie de propriétaires fonciers. Les comportements religieux changent : les hommes se cherchent des dieux plus transcendants et aussi plus proches d’eux et plus miséricordieux. Les fidèles, d’abord craintifs, deviennent superstitieux et font le succès des cultes à mystères.
Rome, pendant ce temps, a poursuivi son évolution libérale. Les lois Hortensia de – 287 (= 1873) couronnent l’évolution démocratique en assimilant les décisions de la plèbe – plébiscite – à des lois.
Dès cette époque, va s’engager l’expansion romaine. Au début, sans que Rome ne manifeste une volonté de conquête mais simplement par respect de ses accords, nécessité de sa propre défense ou parce qu’elle est appelée à la rescousse par des voisins mal en point. Puis, progressivement, sous l’emprise d’un appétit de puissance sans frein.
En – 197, les Romains deviennent les protecteurs de la Grèce. En 1949, c’est la création de l’Otan (delta = 2146).
Enfin, tandis que s’achève la troisième guerre punique (- 149 / – 146) et que Carthage est rasée, la même année, Corinthe, ville grecque qui résiste à la domination romaine, est mise à sac et incendiée sur l’ordre du Sénat romain. Ainsi, en – 146, la Grèce tombe définitivement sous la coupe de Rome, tandis qu’est instaurée la riche province d’Asie. Le mythe de la protection et de la liberté qu’apportait Rome prend brutalement fin.
↑ 49 Date retenue pour l’entrée dans le Moyen Âge par le Larousse de Poche. Chronologie universelle 1996
↑ 50 Date retenue pour l’entrée dans les Temps modernes par le Larousse de Poche. Chronologie universelle 1996
↑ 51 Pour toute l’étude qui va suivre, nous devons préciser que toutes les dates proviennent soit de la chronologie universelle publiée chez Larousse (Larousse de poche 1996), soit de l’histoire du Monde, publiée également chez Larousse sous la direction de Claude Mossé.
↑ 52 François Daumas. La Civilisation de l’Égypte pharaonique. Ed. Artaud, 1987
↑ 53 François Daumas. La Civilisation de l’Égypte pharaonique. Ed. Artaud, 1987 p62.
↑ 54 Voir à ce sujet : Etienne Drioton et Pierre de Bourguet. Les Pharaons à la Conquête de l’Art. Ed. Desclée de Brouwer, 1 965, p. 211
↑ 55 Certains textes, tels le célèbre poème philosophique du sixième livre, la Bhagavad-Gita, furent sans doute ajoutés plus tardivement.


