INTRODUCTION AU TOME 3 : LES ÉTAPES AVANCÉES DU CHEMIN SPIRITUEL

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Dans l’introduction du Tome 3 sont présentées les étapes les plus avancées du chemin spirituel pour les aventuriers de la conscience.

“Les conditions dans lesquelles les hommes vivent sur Terre sont le résultat de leur état de conscience. Vouloir changer les conditions sans changer la conscience est une vaine chimère.”
Mère

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Dans le premier tome de cette étude ont été présentées les clefs de décryptage ainsi que la structure générale de la mythologie grecque qui comporte deux arbres principaux :
– celui de Pontos qui concerne la phase de la croissance vitale de l’humanité
– celui d’Ouranos et de ses enfants, les Titans et Titanides, qui traite de l’évolution de la conscience humaine et des forces qui y contribuent
Deux lignées issues des Titans sont davantage centrées sur les directions évolutives :
– celle de Japet qui décrit l’ascension des plans de conscience dans le mental. Avec les enfants de son fils Atlas, les Pléiades, sont abordés les aspects théoriques, tandis qu’avec la descendance de Prométhée sont traitées les expériences et les épreuves que le chercheur peut rencontrer dans ce développement du mental considéré ici dans son sens le plus large sous ses deux aspects séparateur/organisateur et intuitif. Une première branche, à la suite d’Hellen et de son fils Éole, concerne les premières phases du yoga, tandis qu’une seconde, issue de Protogénie, illustre les étapes les plus avancées des « aventuriers de la conscience ».
– celle d’Océanos qui décrit avec différentes branches les objectifs, les obstacles et les réalisations dans le processus de purification-libération selon la Nature.
Dans la branche d’Inachos « l’évolution de la concentration » ou « l’évolution de l’être intérieur », le mythe de Persée et les travaux d’Héraclès exposent les aspects théoriques, tandis que les ascèses et expériences qui mènent au détachement, à la complète individuation, à la transparence de l’être et aux Siddhis (pouvoirs) figurent dans la lignée d’Agénor par ses enfants Europe et Cadmos.
La branche de l’Asopos qui décrit la quête de « l’égalité parfaite » présente les réalisations les plus avancées dans ce processus de libération de la Nature avec les Éacides (les petits-fils d’Éaque : Achille, Ajax et Teucer).
Enfin, la branche du Penée indique de nombreuses erreurs dues à l’orgueil spirituel une fois qu’un contact a été établi avec le psychique.

Nous avons vu également que les dieux de l’Olympe sont issus de quatre lignées différentes de Titans.
Dans celle de Cronos, figurent Héra, Hestia et Déméter, ainsi que les trois frères qui se sont partagés le monde – Zeus « le supraconscient », Poséidon « le subconscient » et Hadès « l’inconscient corporel » – tandis que la surface de la terre, « le conscient », restait leur domaine à tous. Le subconscient étant en rapport avec le plan vital et l’inconscient avec le corps, Poséidon réside dans les profondeurs marines et Hadès dans le monde souterrain.
Athéna, la déesse qui veille à l’évolution de l’être intérieur, « le maître du yoga » ou « le guide intérieur », est née d’une fécondation de Métis « l’Intelligence divine » par Zeus « le supraconscient ». D’Héra et de Zeus sont nés Héphaïstos et Arès, respectivement les pouvoirs qui façonnent et détruisent les formes à partir des impulsions créatrices issues du plan des Titans.
Aphrodite guide « l’amour en évolution dans l’homme » tandis qu’Apollon et Artémis sont des expressions de l’être psychique, respectivement puissances d’illumination et d’exactitude dans l’action.
Hermès, le dernier dieu arrivé sur l’Olympe et fils de la septième Pléiade Maia, symbolise le plan de la plus haute Connaissance mentale, le surmental, dernier plan appartenant au monde de la dualité.

Enfin, nous avons évoqué les lignées des trois autres Titans qui, bien qu’occupant une place plus discrète dans les mythes, n’en sont pas moins des éléments essentiels :
– celle d’Hypérion concerne le plan supramental, ses enfants Hélios, Séléné et Éos étant respectivement les symboles de la Lumière de Vérité, du Moi véritable (de la Personne divine au-delà de l’impersonnel), et de l’éternel Nouveau.
– celle de Koios et de sa fille Léto, mère d’Apollon et Artémis, est en rapport avec l’être psychique.
– celle de Crios présente les aides divines à l’évolution.

Dans le second tome ont été principalement examinées :
– l’approche théorique du chemin de purification-libération avec les douze travaux d’Héraclès dont l’arrière-grand-père Persée combat le nœud essentiel, la peur. Les deux premiers travaux, le Lion de Némée et l’Hydre de Lerne, illustrent la première grande étape du yoga, le chemin vers le détachement par la libération de l’ego et du désir. L’accès aux trois derniers, situés en des contrées imaginaires, ne peut qu’être à peine défriché par l’humanité présente.
– les premières expériences dans l’ascension des plans de conscience :
* le travail de l’intellect pour sortir de l’illusion, laquelle ne peut totalement être vaincue que lorsque cesse toute peur (c’est le mythe de Bellérophon, petit-fils de Sisyphe, le vainqueur de la Chimère monté sur le cheval Pégase)
* l’importance progressive donnée à l’intuition et à la conscience témoin
* le cheminement jusqu’à la première grande expérience de contact avec le Réel (la conquête de la Toison d’Or par Jason et les Argonautes)
* le risque majeur d’enfermement dans un système qui peut en résulter, c’est-à-dire la récupération par l’ego mental de l’expérience spirituelle (le labyrinthe construit par Dédale où fut enfermé le Minotaure).
Mentionnons pour mémoire un personnage de la lignée de Salmonée qui a une importance particulière car il traversera toute la mythologie sur plus de trois générations : Nestor « l’évolution de la rectitude (alignement) » (ou de la « sincérité » ou encore de « l’intégrité »).
– les mouvements principaux qui ont accompagné le travail du « guide intérieur » ou « maître du yoga » incarné par la déesse Athéna, l’un des plus essentiels étant la lutte contre les fausses directions. Ils sont développés dans la lignée des rois d’Athènes. Le plus célèbre d’entre eux est incarné par Thésée, le redresseur des erreurs des débuts du chemin. Il intervient donc pour mettre fin à la plus grave d’entre elles dans la traversée de la zone intermédiaire en tuant le Minotaure dans le labyrinthe.
– les premiers pas sur le chemin de « l’exactitude » avec les noces de Cadmos et d’Harmonie et leur descendance immédiate.
Dionysos illustre sur ce chemin de purification/libération une « voie ensoleillée » vers l’ivresse divine ou extase s’opposant à la voie qui met en avant l’effort et la souffrance considérée comme rédemptrice. Ce dieu a aussi été associé à une voie de dévotion extatique où prédomine le vital du fait de la proximité physique des centres psychique et émotionnel. (La voie dionysiaque peut sans doute aussi être rapprochée du véritable Tantrisme qui prend tous les obstacles pour en faire un moyen de yoga et embrasser la totalité de la vie afin de participer à la joie du jeu divin.)

Avec ce troisième tome, nous abordons les étapes les plus avancées du yoga, et avec l’Iliade et l’Odyssée, les limites extrêmes atteintes par les initiés à l’époque d’Homère. Il est toutefois possible d’imaginer que des civilisations plus anciennes – ou même peut-être certains initiés grecs dans la mesure où nous n’avons pas connaissance du contenu de La Télégonie, dernier manuscrit du cycle troyen – soient parvenues sur le plan individuel à de plus grandes réalisations encore.

Si l’ensemble de la mythologie semble avoir été élaborée dans ses grandes lignes en une seule fois, ce sont d’abord les expériences les plus avancées qui ont été chantées par les aèdes, principalement Homère. Puis d’autres initiés ont progressivement détaillé le chemin à rebours, sans doute contraints par la nécessité de développer les bases et d’aider dans leur progression des chercheurs moins avancés, ou encore parce que la connaissance tombait dans l’oubli du fait des cycles. En fait, c’est un schéma qui semble se reproduire presque toujours à la suite des grandes révélations ou transmissions : un avatar (une incarnation divine) donne une impulsion au monde, en avance sur son époque, puis des érudits ou des sages l’explicitent.

Pour bien comprendre les enjeux de la guerre de Troie, une claire vision de son objet et de la nature des forces en présence s’impose. Avant d’en aborder l’étude, nous devons au préalable terminer celle de toutes les lignées, en suivant au plus près possible le cheminement du chercheur.
Toutefois, suivre cette progression de façon absolument cohérente aurait nécessité des sauts incessants d’une branche à l’autre. Le lecteur pourra donc avoir parfois l’impression légitime d’un retour en arrière.

Dans le premier chapitre sont donc abordés :
– dans le cadre du processus de purification-libération (Océanos), dans la lignée du Penée qui concerne l’évolution vers « l’égalité » : les risques d’égarement résultant d’un manque de purification de l’être extérieur – en particulier celui de l’orgueil spirituel incarné par Ixion -, ainsi que la lutte pour y remédier (la guerre des Lapithes contre les Centaures).
– dans le processus d’ascension des plans de conscience (Japet) :
* la lignée de Périérès qui, par la transparence et la purification vitale (Apharée et Leucippos), permet l’obtention de la « vision d’ensemble » et du « discernement intuitif » (Idas et Lyncée). Idas et Lyncée appartiennent encore à la dualité. Le « discernement intuitif » représenté par Lyncée devra donc disparaître pour laisser la place à la « vision en Vérité » représentée par Circé.
* les filles d’Éole qui permettent de souligner une autre erreur majeure qui guette les chercheurs avancés : la glorification de l’humain
la lignée des chercheurs qui « marchent en avant » (Protogénie), conquièrent le silence mental (Endymion) et travaillent pour réaliser une parfaite sincérité (Thestios) et pour obtenir la joie (Oineus « le vigneron »). Dans la descendance de ce dernier, figure la purification du vital archaïque (Méléagre et la chasse au sanglier de Calydon), et l’obtention du détachement (Déjanire), dans une aspiration à la non-dualité.
Dans la fin du chapitre sont examinés les derniers exploits de Thésée et le mythe d’Orion.

Au chapitre 2, dans le cadre du processus de purification-libération (Océanos) et dans la descendance de Cadmos, le mythe d’Œdipe et les guerres de Thèbes explicitent les processus avancés de la purification.

Au chapitre 3, les dernières lignées sont examinées :
Celle de Tantale expose les résultats de la croissance de « l’aspiration », la réponse au sentiment de « manque ». Lorsque cesse la peur (Atrée), se développe une puissante volonté intelligente en quête de liberté, aspiration qui cependant ne sort pas du cadre d’une amélioration de l’ancien (Agamemnon et Ménélas).
Nous avons fait figurer sur la Planche généalogique 8 la descendance de Tantale sous la Pléiade Stéropé uniquement pour indiquer que la guerre de Troie ne peut généralement concerner un chercheur qui n’est pas déjà sérieusement installé sur le plan du mental supérieur avec une réalisation conséquente dans la maîtrise (Hippodamie, femme de Pélops, descend de Stéropé). Toutefois, cette branche de « l’aspiration » – ou du « besoin » généré par le manque – est indépendante du mental. En effet, Tantale n’est généralement raccordé à aucune branche généalogique, sauf chez les auteurs tardifs qui en font un fils de Zeus et de Plouto « la richesse ».

Dans le processus d’ascension des plans de conscience (Japet)
– la lignée royale troyenne issue de la Pléiade Électre « le mental illuminé » représente le mouvement du libéré vivant qui, par un manque de consécration, poursuit dans la voie du rejet de la nature extérieure.
– la lignée royale de Sparte issue de la Pléiade Taygète expose les buts et les réalisations d’un chercheur parvenu au stade du mental intuitif : puissance et douceur (Castor et Pollux), en vue de plus de sagesse et de liberté (Clytemnestre et Hélène).
– la lignée de Maia, la plus élevée des Pléiades, marque l’accès au surmental (par son fils, le dieu Hermès)
– la lignée de Déion, qui illustre les réalisations les plus avancées dans le processus d’ascension, décrit avec Ulysse celle de la « transparence », et avec son fils Télémaque, pose les bases des yogas du futur par « intégration ».

Les héros de la lignée royale d’Arcadie qui traite de « l’endurance » indispensable aux étapes avancées du chemin interviennent de façon transversale dans les mythes correspondants, avec par exemple Atalante « l’égalité » et Augé « une lumière éclatante », union tardive d’Héraclès.
Enfin, dans le processus de purification, la lignée de l’Asopos qui concerne également les chercheurs les plus avancés, par la plongée dans les profondeurs archaïques de l’évolution et l’attention portée aux infimes mouvements de la conscience, établit le mouvement essentiel au grand renversement et annonce les yogas futurs (Achille et son fils Néoptolème).

Les derniers exploits ou « actes libres » d’Héraclès concernant les premiers éléments d’une approche théorique des yogas les plus avancés sont exposés au Chapitre 5, à la suite du chapitre consacré à la guerre de Troie.

Les premiers chapitres de ce troisième tome finissent donc de présenter le développement ultime des « anciennes » voies de yoga qui conduisent jusqu’à la libération personnelle par la maîtrise et l’égalité progressives, jusqu’aux réalisations du sage et du saint (celles des libérations mentale et vitale). Mais celles-ci ne permettaient pas la transformation des niveaux profonds du vital et du corps auxquels les initiés se heurtaient. Aussi ont-ils été conduits à considérer que l’union totale avec le Suprême n’était possible que dans les plans de l’esprit et par là même, à rejeter la nature extérieure ou à tout le moins à ne pas s’en soucier, soit en l’acceptant telle qu’elle était, soit en s’en détachant, soit le plus souvent en visant la plus haute maîtrise possible. Mais toujours dans ce dernier cas, il s’agissait d’une amélioration de l’homme actuel en vue de toujours plus de sagesse et plus de vertu, mais non de sa transformation. Les anciens se satisfaisaient donc de l’expérience de l’esprit dans le mental, à laquelle ils parvenaient par le renoncement, la libération du désir et de l’ego, et l’accès à quelque état supérieur ou Nirvana.
Il y a des Nirvana ou « expériences d’anéantissement » sur tous les plans, psychique, mental et vital. Mais il existe aussi la possibilité d’atteindre au principe supérieur d’Existence (Sat), au Divin impersonnel et au-delà encore au Divin personnel. Cf. Agenda Tome 3, p.416, 30 octobre 62.

Toutefois, certains initiés anciens ne se sont pas satisfaits de cette libération partielle et de ces paradis de l’esprit, refusant une libération individuelle qui laissait le monde à sa souffrance et à son ignorance.
C’est donc le renversement des croyances et des pratiques anciennes, ainsi que la possibilité d’une divinisation de la nature toute entière qui est examinée dans la guerre de Troie. Le chemin d’une évolution vers une plus grande liberté en est l’enjeu (Hélène). Et le succès des Achéens « la volonté, la concentration qui vainc tous les obstacles » affirme cette possibilité. Le nouveau yoga qui s’y dessine implique un renversement radical pour celui qui est déjà un libéré vivant en l’esprit. Une fois ce renversement effectué et la volonté de parvenir à une amélioration de l’homme actuel définitivement abandonnée (la mort d’Agamemnon), la quête de nouveaux chemins devient possible.

Les « Retours » décrivent alors les accomplissements puis les « renversements » qui doivent être effectués en différents domaines, mais seul le détail du retour d’Ulysse nous est parvenu avec l’Iliade. Il illustre les dernières étapes de la libération vitale et la réalisation de la circulation harmonieuse des énergies entre l’esprit et la matière ou « transparence », préalable indispensable pour permettre au corps de supporter l’action des forces divines dans la dernière étape du yoga selon Sri Aurobindo, celle de la « transformation » supramentale. Sri Aurobindo décrit en effet la nécessité d’une triple transformation, psychique, spirituelle et enfin supramentale.
Si la « maîtrise » s’opère très bien « d’en haut », il faut en revanche descendre dans les mémoires de l’évolution pour transformer la nature et changer ses lois immuables ou que l’on croit telles. En effet, la réalisation de la sagesse (la purification et le dépassement des limites du mental, des opinions et préférences, qui permet son illumination) et de la sainteté (la purification et la maîtrise dans le vital et le dépassement de tout désir, de tout attachement, de toute attraction et répulsion) ne permettent pas la transformation complète de l’être extérieur, vital profond et corps. Car c’est bien un état dans lequel le corps ne subit plus mais est devenu le maître qui est recherché.
Certains parmi les anciens yogas se donnaient pour but d’éveiller la Shakti (la manifestation d’un pouvoir de la Conscience et de la Force suprêmes) depuis le bas, par la montée de la Kundalini. Là où elle s’éveille, elle donne un sentiment de grand pouvoir, mais lorsqu’elle monte depuis la matière, elle est toujours voilée et il y a toujours le risque d’un mélange avec l’ego. En revanche, si on reçoit la Shakti d’en haut, elle est restée pure et on peut la faire descendre avec suffisamment de précaution et de lenteur pour qu’elle ne soit pas obscurcie en entrant dans la matière, et qu’elle puisse purifier au fur et à mesure. C’est la méthode de yoga préconisée par Sri Aurobindo.

Le chemin doit donc éviter soigneusement toute occasion de glorification de l’ego qui ne peut conduire qu’à une rechute dans l’animalité ou au règne de pouvoirs démoniaques. Il doit au contraire, par une consécration progressive dans l’humilité, préparer un dévoilement conscient du Divin dans la matière.

Il pourrait sembler que les mythes abordés dans ce volume ne concernent que de rares chercheurs, mais en réalité leur étude peut être précieuse pour chacun quel que soit son niveau, et cela pour deux raisons.
D’une part, les histoires décrivent souvent des processus dont seule l’étape ultime est illustrée. Le travail sur la peur, avec le mythe de Persée, en est un bon exemple. D’autre part, le chemin spirituel est une approche en d’innombrables spirales où la libération de toute limite s’acquiert d’abord dans l’esprit (libération de l’intelligence supérieure de son asservissement à la nature extérieure), puis dans le mental (libération des préjugés, opinions, préférences, illusions, etc.) et le vital (libération du désir et de ce qui lui est associé, de la peur, de l’attraction et de la répulsion, et du nœud de l’ego), et enfin dans le corps (libération des lois de la nature). Les expériences sont donc souvent de même « couleur » même si leur intensité – et donc la difficulté – augmente avec la progression.