DIONYSOS

Print Friendly, PDF & Email

Cette page propose une interprétation des mythes liés à Dionysos qui appartient à la lignée de Cadmos et d’Harmonie, et donc figure dans le processus de purification-libération. Il est symbole de l’extase ou de l’enthousiasme divin au sens premier du terme « celui qui est en dieu ».

Cette page du site ne peut être vraiment comprise qu’en suivant la progression qui figure sous l’onglet Mythes grecs interprétation et suit le cheminement spirituel.
La méthode pour naviguer dans le site est donnée sous l’onglet Accueil.

Dionysos tenant un cratère

Dionysos tenant un cratère – British Museum

Dans la lignée du Titan Océanos, le chapitre précédent traitait de la descendance d’Europe et donc de l’évolution de l’intelligence discernante comme résultat du processus d’élargissement de la conscience ou de l’« extension de la vision » obtenue par l’acquisition d’une « intelligence discernante ». Il s’agissait essentiellement du dépassement des limites imposées par la nature inférieure et de la purification de l’intelligence supérieure des mélanges de fonctions.
Nous abordons ici, dans la lignée du même Titan, la descendance de Cadmos, frère ou oncle d’Europe selon les sources qui ne traite plus ici de la purification de l’intelligence mais du traitement des mémoires de l’évolution.

Voir Arbre généalogique 21 et Arbre généalogique 22

Nous adoptons ici la généalogie dans laquelle Europe et Cadmos sont frère et sœur, issus d’Agénor et Téléphassa. Nous avons déjà mentionné dans le chapitre précédent les incertitudes généalogiques autour des deux personnages de Bélos et d’Agénor, fils de Lybie et de Poséidon (Voir à ce sujet T. Gantz, chapitre VI). Selon une première tradition (Phérécyde), Agénor aurait eu deux épouses. Par Damno « la maîtrise (dans l’incarnation) » il fut le père de Phénix (Phoinix) « pourpre » et de deux filles, Isaié et Mélia, qui contractèrent des unions respectivement avec Égyptos et Danaos. Ce Phénix est sans doute celui à qui Homère attribue la paternité d’Europe. Nous avons suggéré que cette première union décrivait une étape préliminaire du chemin, à savoir une « maîtrise » réalisée par la volonté de la personnalité extérieure. Avec les deux filles, ancêtres d’Héraclès, commence alors vraiment le processus de libération. Par une seconde épouse, Argiopé « celle qui s’exprime de façon lumineuse et pure », Agénor eut un fils, Cadmos. Cette version établit ce dernier comme l’oncle d’Europe.
Dans une autre tradition, Cadmos et Europe sont frères et sœurs, enfants de Phénix.
Enfin, chez Apollodore et Hygin, Cadmos, Europe et Phénix sont issus d’Agénor et Téléphassa, « la pureté (colombe) au loin », ou Argiopé, « celle qui s’exprime de façon lumineuse, pure ». Le symbolisme du nom Phénix « pourpre » est obscur. Il est peut-être lié au feu intérieur qui croît avec l’élargissement de la conscience. )

Le mariage de Cadmos et d’Harmonie initie le processus de purification conduisant à la libération de la nature. En effet, cette voie, rappelons-le, se propose d’en accélérer l’évolution par la purification et la libération de la sujétion aux couches inférieures du moi. Il ne s’agit pas tant de découvrir de nouveaux horizons que de dégager les scories de l’évolution afin que le Nouveau puisse agir en nous.
Nombre de processus décrits ici sont répétitifs car ils s’attaquent à des couches successives de nœuds ou mémoires. Le chemin spirituel est en effet une suite d’ascensions et d’intégrations, de conquêtes sur des plans de plus en plus élevés qui permettent de descendre vers des obscurités de plus en plus profondes, dans les archaïsmes de notre nature inconsciente. Comme le yoga préconisé par les mythes écarte les démarches qui viseraient seulement une libération individuelle dans les mondes de l’Esprit ou une fuite en quelque paradis et prend pour but la divinisation de la nature inférieure, il exige une transformation en profondeur de celle-ci.
Le processus examiné ici suppose que le chercheur à déjà connu une première expérience du Réel, si fugitive soit-elle (Épaphos, celui qui a reçu le « toucher » de l’Absolu). Il fait des incursions dans le mental supérieur, acceptant l’intuition comme une aide sur son chemin. Il s’est engagé plus ou moins consciemment dans un processus de purification (conscience des mouvements intérieurs, distanciation du monde extérieur et vigilance pour démêler les mélanges et les autres sources d’impureté).

Agénor, ne voyant pas sa fille Europe revenir, envoya sa femme Téléphassa et tous ses autres enfants à sa recherche, leur interdisant de revenir avant qu’ils ne l’aient trouvée. Leurs recherches furent vaines et ils s’établirent en Thrace où Téléphassa mourut. (Certains disent que seul Cadmos fut envoyé à la recherche de sa sœur.)
Cadmos décida alors de consulter l’oracle de Delphes. Ce dernier lui dit de cesser ses recherches car il ne retrouverait pas sa sœur, mais de suivre une vache qu’il rencontrerait sur son chemin. Là où elle se coucherait (ou tomberait d’épuisement) il devait fonder une ville.
Cadmos suivit les instructions de l’oracle. Il parcourut la Phocide où il trouva une vache qui lui fit encore traverser une grande partie de la Béotie (province qui portait alors le nom d’Aonie) avant de s’arrêter.
Préalablement à la pose de la première pierre de fondation, Cadmos décida de sacrifier la vache en l’honneur d’Athéna. Comme il avait besoin d’eau lustrale, il envoya ses compagnons puiser de l’eau à la source voisine. Celle-ci était consacrée au dieu Arès et gardée par un terrifiant dragon-serpent qui mettait à mort tous ceux qui s’approchaient. Ses compagnons furent décimés. Cadmos se rendit alors lui-même à la source et tua le dragon. Puis, sur les conseils d’Athéna (ou d’Arès), il sema les dents du Dragon mort dont surgirent de redoutables guerriers en armes, les « Spartoi » ou « Semés » qui s’entretuèrent, selon les uns délibérément, selon d’autres involontairement. D’après certains auteurs, Cadmos leur jeta des pierres, ce qui provoqua leur combat fratricide, chacun d’eux se croyant attaqué par les autres.
Seulement cinq d’entre eux survécurent qui établirent les bases de la future cité.
Pour avoir tué le Dragon qui était un protégé d’Arès, Cadmos dut passer une année au service d’Arès. Puis Cadmos procéda à la construction de la Cadmée qui prit plus tard le nom de Thèbes.

Cadmos combattant le dragon

Cadmos combattant le dragon – Musée du Louvre

La signification du nom Cadmos est obscure. Avec les lettres stucturantes, ce pourrait être « l’ouverture de la conscience à la maîtrise ou au service ». La racine ΔΜ est en effet liée soit à l’idée du dompteur (la maîtrise) soit à celle de l’esclave (le service).
On peut aussi noter que la racine καμ (issue de l’aoriste du verbe καμνω « travailler ») donnerait avec l’insertion du delta « le travail en vue de l’union ». Ce qui serait davantage en accord avec les notions de purification et libération en vue de l’union portées par les héros de cette branche.

La raison symbolique pour laquelle Téléphassa et ses enfants ne purent retrouver Europe nous échappe. Peut-être est-ce simplement pour signifier que le processus d’élargissement de la conscience et celui de la purification vont progresser en parallèle mais en s’ignorant l’un l’autre.
Parallèlement à l’élargissement de la conscience et à l’affinement du discernement par sa participation au monde, le chercheur doit en effet procéder à une purification active des nœuds de sa nature afin d’établir progressivement une égalité parfaite. C’est la voie dont Cadmos sera le fondateur à Thèbes « l’incarnation de la conscience intérieure », la plus importante des villes de Béotie.

Toutefois, avant de parvenir à Thèbes, Cadmos et Téléphassa s’installèrent d’abord en Thrace, la province de l’ascèse, ce qui marque les débuts de la quête. C’est là que mourut Téléphassa « la pureté au loin », ce que nous pouvons comprendre comme l’indice de la fin de la période préparatoire.

Les débuts du yoga sont alors marqués par une période d’incertitude. Bien que sa voix intérieure (l’oracle Apollinien de Delphes) ait demandé au chercheur de continuer sa route jusqu’à ce qu’il soit guidé par « une lumière supérieure » (la rencontre de la vache), l’errance se poursuit encore un certain temps.
En effet, Cadmos parcourut d’abord la Phocide dont le nom est associé au « phoque ». Cet animal est le symbole d’éléments vitaux, peut-être subconscients (Protée, l’un « des vieillards de la mer » gardait les troupeaux de phoques de Poséidon). Il évoque surtout l’idée d’une transition (c’est un animal à la fois d’eau et de terre). On peut donc sans doute associer cette traversée de la Phocide à une période à la fois d’errance et d’expériences subconscientes durant laquelle le chercheur ignore la direction à suivre en ce qui concerne la quête.

Puis Cadmos rencontra la vache annoncée qui lui fit traverser la Béotie : dans les débuts du chemin, après la période d’errance, le chercheur est guidé par une « lumière » et il lui est seulement demandé de la « suivre ». Concrètement, cela se traduit par des ouvertures qui revêtent différentes formes : rencontres, lectures, etc.

Puis, par le sacrifice de la vache à la déesse Athéna, le chercheur reconnaît que la « lumière » qui l’a guidé pendant la phase précédente préparait