INTRODUCTION AU TOME 2 : LES DOMAINES DE LA CONSCIENCE

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Cette page du site décrit les domaines de la conscience qui constituent la trame sous-jacente des mythes grecs.

Elle ne peut être vraiment comprise qu’en suivant la progression qui figure sous l’onglet Mythes grecs interprétation et suit le cheminement spirituel.
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Éros symbole de la Félicité

Éros (symbole de la Félicité) – Musée du Louvre

« De même qu’il existe une catégorie de faits pour lesquels nos sens sont les meilleurs guides disponibles mais très imparfaits, de même qu’il existe une catégorie de vérités que nous cherchons à la lumière pénétrante mais encore imparfaite de notre raison, de même, selon les mystiques, il existe une catégorie de vérités plus subtiles qui dépassent la portée des sens et de la raison, mais qui peuvent être vérifiées par une connaissance directe, intérieure, et par une expérience directe. Ces vérités sont suprasensibles mais elles n’en sont pas moins réelles : elles ont d’immenses effets dans la conscience et changent sa substance et son mouvement, elles apportent en particulier une paix profonde et une joie permanente, une grande lumière de vision et de connaissance, la possibilité de surmonter la nature animale inférieure, et des perspectives de développement spirituel qui n’existeraient pas sans elles. Une nouvelle vision des choses se révèle et apporte, si on la pousse pleinement jusqu’au bout, une grande libération, une harmonie intérieure, une unification – et bien d’autres possibilités. Il est vrai qu’une petite minorité dans l’espèce humaine a eu l’expérience de ces choses, mais une multitude d’observateurs indépendants en ont témoigné à toutes les époques, sous toutes les latitudes et dans toutes les conditions, et l’on compte parmi eux quelques-unes des plus grandes intelligences du passé et des plus remarquables personnalités mondiales. Faut-il condamner tout de suite ces possibilités comme des chimères sous prétexte qu’elles dépassent non seulement l’homme moyen de la rue mais qu’elles ne sont pas aisément saisissables, même par de nombreux intellects cultivés, ou que leur méthode est plus difficile que celle des sens et de la raison ordinaires ? Si elles sont tant soit peu véridiques, ne vaut-il pas la peine d’explorer la possibilité qu’elles offrent et les hautes étendues de découverte de soi et de découverte du monde qu’elles révèlent à l’âme humaine ? Au mieux, si elles sont vraies, il doit en être ainsi ; au pire, s’il s’agit seulement d’une possibilité – et toutes les réalisations de l’homme sont seulement une possibilité aux premiers stades – c’est une grande, et peut-être bien une très fructueuse aventure. »

Sri Aurobindo

« Quand nous avons dépassé les savoirs,
alors nous avons la Connaissance.
La raison fut une aide ; la raison est l’entrave.

Quand nous avons dépassé les velléités,
alors nous avons le Pouvoir.
L’effort fut une aide ; l’effort est l’entrave.

Quand nous avons dépassé les jouissances,
alors nous avons la Béatitude.
Le désir fut une aide ; le désir est l’entrave.

Quand nous avons dépassé l’individualisation,
alors nous sommes des Personnes réelles.
L’ego fut une aide ; l’ego est l’entrave.

Quand nous dépasserons l’humanité,
alors nous serons l’Homme.
L’animal fut une aide ; l’animal est l’entrave.

Transforme ta raison en une intuition ordonnée ;
que tout en toi soit lumière. Tel est ton but.

Transforme l’effort en un flot égal et souverain de force d’âme ;
que tout en toi soit force consciente. Tel est ton but.

Transforme la jouissance en une extase égale et sans objet ;
que tout en toi soit félicité. Tel est ton but.

Transforme l’individu divisé en la personnalité cosmique ;
que tout en toi soit divin. Tel est ton but.

Transforme l’animal en le conducteur des troupeaux ;
que tout en toi soit Krishna. Tel est ton but. »

Sri Aurobindo

Dans le premier tome de cette étude, plusieurs clefs de décryptage de la mythologie grecque ont été présentées. Elles ont permis de mettre à jour sa structure générale, d’approcher son sens caché et de découvrir qu’elle représentait un extraordinaire panorama de l’évolution humaine et décrivait les chemins de l’avenir que les initiés de la Grèce antique, et sans doute de bien des civilisations avant eux, avaient commencé à explorer.
Deux de ces chemins revêtent une importance particulière : celui de l’ascension des plans de conscience dans la lignée de Japet et celui de la purification-libération dans la lignée d’Océanos.

À l’orée de ce second tome, si nous voulons pénétrer davantage le sens profond de cette mythologie, il nous faut approfondir la structure de la conscience sur laquelle elle s’appuie et tenter d’obtenir quelque vision d’ensemble des modes d’approche de l’Absolu ainsi que des différentes catégories d’expériences et de réalisations.
Seulement ainsi pourrons-nous comprendre les aventures qui précèdent la guerre de Troie et les enjeux que celle-ci nous dévoile dans la longue lutte qui opposa la coalition achéenne à celle des Troyens.

Même si les expériences humaines individuelles relatent toutes finalement une approche similaire de la Vérité, elles sont immensément variées en raison de la diversité des individus et de leur héritage. Elles donnèrent lieu à une multitude de voies et d’enseignements pour lesquels, même de nos jours, il est bien difficile d’avoir une vision d’ensemble.
Les héritiers grecs des anciennes connaissances védiques et égyptiennes, qui possédaient une meilleure connaissance que nous de la conscience du fait qu’ils étaient plus proches des « temps de l’intuition », eurent eux-mêmes bien du mal à organiser les généalogies dans un ensemble cohérent sur lequel tous pouvaient s’accorder.
Homère n’a laissé que très peu d’indications et ce sont les œuvres d’Hésiode qui nous ont légué la première et quasiment seule tentative grecque de présenter une vision d’ensemble de ces généalogies. C’est une œuvre attribuée à ce poète « Le Catalogue des Femmes » qui en représente l’expression la plus fiable, bien qu’elle ne nous soit parvenue qu’au travers de quelques fragments, le plus souvent indirects. Il semblerait que ce fut le poème de référence utilisé par les Anciens en ce domaine. Toutefois, les nombreuses lacunes dans les textes ont favorisé la diversité des hypothèses et les divergences ultérieures.

La structure de la Conscience qui est succinctement présentée ici n’est ni arbitraire ni imaginaire mais résulte de l’expérience de nombreux initiés et mystiques de tous les temps.
Toutefois, elle est si complexe et il y a tant de domaines qui échappent à la compréhension ordinaire et sont difficilement communicables avec les mots du langage courant par ceux qui en ont eu l’expérience qu’il est indispensable de garder une certaine fluidité dans son approche. Connaissant la tendance de l’intellect humain à vouloir organiser et compartimenter la connaissance pour mieux la dominer et l’asservir à ses propres intérêts, Sri Aurobindo, comme Homère avant lui, s’est toujours refusé à en donner une description trop figée. Et ce d’autant plus qu’il n’y a jamais de séparation fixe, car toutes choses ne sont finalement que des modalités ou variétés infinies de la Conscience Une qui joue dans l’univers selon son propre jeu et non selon les règles du mental humain, aussi développé puisse-t-il être.
A l’inverse, une ignorance de cette structure et des voies qui en découlent peut conduire à s’égarer sur des chemins de traverse ou à prendre des expériences modestes pour des réalisations ultimes, si tant est que de tels errements ne soient pas aussi une nécessité pour l’évolution de ceux qui les vivent.
Car ces plans ne sont pas seulement le résultat d’expériences subjectives mais bien des domaines de la conscience peuplés d’êtres, d’entités et de hiérarchies qui évoluent selon leurs lois et leurs rythmes propres.

Il n’est donc pas question d’exposer ici une structure absolue de l’homme, de la Conscience et de ses modalités, mais seulement de donner les indications nécessaires permettant de comprendre l’organisation générale des mythes et la place qu’y occupent les expériences et les enseignements particuliers, traduits en symboles, qui y sont relatés.

Les plans du Devenir : Le monde créé sensible ou la nature humaine extérieure

La façon la plus simple d’aborder cette complexité est l’observation de la nature et celle de l’homme qui, dans sa croissance depuis la conception, retraverse de façon accélérée les étapes de l’évolution, en conserve les mémoires et en subit les lois.

Afin de rapporter cette évolution aux éléments constitutifs essentiels de l’être dont nous avons une perception sensible, il en a été retenu trois dont tous les autres mis en avant par les différentes traditions psychologiques, ésotériques ou spirituelles ne sont que des subdivisions ou des aspects particuliers : la matière, la vie et le mental.
Ces plans seront appelés « extérieurs » par rapport aux domaines « intérieurs » de l’être ou encore « inférieurs » au sens où ils sont « en-dessous » ou se manifestèrent en premier dans l’évolution et non parce qu’ils sont qualitativement inférieurs.

Du point de vue de l’évolution, nous avons proposé de considérer que la matière contenait, involués en elle-même, la vie et le mental. Lorsqu’elle évolua suffisamment pour permettre l’apparition de la vie, alors se produisit une puissante aspiration à réaliser la jonction entre le plan de la Vie cosmique et la semence involuée dans la matière : ce fut l’émergence de la vie et les débuts du règne végétal. Le même processus eut lieu pour le mental et son développement progressif permit la croissance du règne animal en de nombreuses étapes, celle du mental réflexif n’étant que la dernière d’entre elles qui permit l’évolution humaine.
Nous avons aussi proposé de considérer que la conscience soit constitutive de l’univers et donc présente en toutes choses et dans tous les êtres à différents degrés, et donc déjà au niveau minéral.

Cette répartition nous a conduit d’autre part à considérer le mental dans son sens le plus large, intégrant non seulement tous les aspects du mental séparateur (de la pensée intellectuelle, des idées et des facultés cognitives liées au processus de distanciation) mais aussi celles de « l’intelligence » au sens le plus large (Métis), intégrant les facultés liées au processus d’identification (telle que l’intuition, la perception mentale directe, etc.).

Le physique

Nous laisserons de côté la matière minérale et même la matière vivante jusqu’au niveau de la cellule, car l’homme, à peu d’exceptions près, est encore loin de pouvoir en être conscient.
Cette matière qui nous