LA LIGNÉE ROYALE TROYENNE : LAOMÉDON, PRIAM, HECTOR, PÂRIS ET ÉNÉE

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Les lignées impliquées dans la guerre de Troie comprennent : la lignée de Tantale, la lignée royale troyenne, la lignée de Sparte, la lignée de Maia, la lignée de Déion et la lignée de l’Asopos. La lignée royale troyenne étudiée ici symbolise la stabilisation du mental illuminé dans le contexte de la quête du divin en l’esprit et la séparation esprit/matière. Elle comprend en particuiier Tros, Ilos, Ganymède, Laomédon, Priam, Pâris et Hector.

Ganymède tenant un cerceau - Musée du Louvre

Ganymède tenant un cerceau – Musée du Louvre

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Les chefs de guerre qui vont s’opposer à Troie aux troupes Achéennes appartiennent à la lignée royale troyenne dans la descendance de la Pléiade Électre. Nous avons associé celle-ci au plan du mental illuminé situé juste au-dessus de celui du mental supérieur auquel certains auteurs anciens ont raccordé la lignée des Atrides par les ascendants d’Hippodamie.

Voir Arbre généalogique 16

Si ce rapprochement est exact, les Troyens représentent l’état le plus vaste ou le plus intégrateur sur le plan mental qui puisse être stabilisé à ce stade du yoga, du moins à cette époque de la Grèce ancienne. C’est pour cette raison que la guerre fut située à Troie sur la côte d’Anatolie, à la limite orientale de l’empire grec, c’est-à-dire à la limite du yoga personnel. Des territoires encore plus à l’Est sont mentionnés, tel celui des Amazones ou encore la Colchide, mais ils font figure d’exception.
Il ne s’agit donc pas d’une guerre des Grecs contre un peuple étranger, mais bien d’une guerre civile. D’un côté les Achéens « ceux qui par la concentration », travaillent à la purification/libération de l’être (ils sont parfois aussi nommés Danaens « ceux qui travaillent à l’union » ou Argiens « ceux qui travaillent en vue de la pureté, de la lumière ») sous la direction de « la volonté intelligente unifiée » (Agamemnon). De l’autre les Troyens « ceux qui travaillent au juste développement sur le plan de l’esprit » aussi appelé Dardaniens « ceux qui œuvrent à l’union dans la séparation esprit-matière » (descendants de Tros et de son grand-père Dardanos).
Dans cette lutte intérieure pour la conquête de la Vérité évolutive (Hélène) s’opposeront :
– d’une part la volonté d’incarner le Divin dans l’homme – c’est-à-dire le refus de séparer le monde de l’Esprit de celui de la Matière associé à la volonté de transformation afin de réaliser la divinité de l’homme dans son intégralité ;
– d’autre part la volonté du « libéré vivant » de se maintenir dans la paix et la joie du Soi, sans plus de rapport avec l’action en ce monde, démarche qui se désintéressait de la transformation de l’être extérieur, peut-être parce qu’elle la considérait impossible au-delà d’un certain seuil de maîtrise.
En effet, « La connaissance de soi, l’absence de désir, l’impersonnalité, la béatitude, la liberté par rapport aux modes de la Nature, lorsqu’elles se retirent en elles-mêmes, qu’elles sont en elles-mêmes absorbées, inactives, n’ont nul besoin de l’égalité ; car elles ne prennent point connaissance des choses où s’élève l’opposition entre l’égalité et l’inégalité ».

Dardanos

Le fondateur de la lignée est Dardanos, considéré comme le fils de Zeus et de la Pléiade Électre, symbole du mental illuminé. Son nom est construit sur la forme X+RX, comme celui du Tartare. Il pourrait donc indiquer une union et son inverse. Nous le comprenons comme une union en l’esprit dans la séparation esprit/matière.

Dardanos s’enfuit de Samothrace à cause de la douleur qu’il éprouvait après la mort de son frère Iasion foudroyé pour avoir désiré Déméter. Il trouva refuge auprès du roi de Phrygie, Teucer (Teukros) uni à Idaea. Ce roi était le fils du dieu-fleuve Scamandre, le fleuve de la plaine Troyenne que les dieux nomment le Xanthe. Il donna à Dardanos la moitié de son royaume et sa fille Batéia (parfois appelée Arisbé).
Certains disent que, suivant les conseils d’Apollon, Dardanos fonda sur les pentes de l’Ida la cité qui porte son nom, Dardania. (Cette ville doit être distinguée de Troie qui sera bâtie dans la plaine). A la mort de Teucer, il hérita du royaume. Il eut pour enfants Ilos et Érichthonios.

Le chercheur qui ouvre symboliquement cette lignée hérite des initiations données à Samothrace « une haute ascèse » (puisque Dardanos en était originaire). Il est obligé de se remettre en route lorsque le supraconscient met fin en lui à la partie qui se croyait être arrivée au terme du yoga, à l’union (Dardanos a quitté Samothrace lorsque son frère fut foudroyé par Zeus parce qu’il voulait s’unir à Déméter). En effet, parvenir à un état qui donne « le pouvoir de guérison », si tel est le sens à donner au nom Iasion, ne constitue en aucun cas la réalisation ultime de l’union à laquelle doit conduire Déméter « la mère de l’union ». Rappelons en outre qu’un mortel ne peut, sauf exception, s’unir à une déesse.
Il semblerait que les initiations données à Samothrace, ouvertes à tous, aient constituées un préalable à celles d’Eleusis où se tenaient les mystères de Déméter-Perséphone. A l’origine même de la lignée figurerait donc un manque de « connaissance » du vrai chemin d’évolution, préfigurant les refus de Laomédon d’honorer ses engagements et la guerre de Troie.

Le chercheur quitte alors les anciennes formes d’ascèse et se tourne vers un travail de « juste ouverture de conscience au plus haut de l’esprit » pour réaliser l’union (Dardanos se réfugie auprès du roi Teucer – à distinguer de son homonyme, fils de Télamon et frère d’Ajax – qui est uni à Idaea). Teucer est roi de Phrygie « qui brûle », symbole du feu intérieur (Agni).
Cette nouvelle recherche est soutenue par « le courant d’énergie » qui aide à l’élargissement de la conscience, le fleuve Scamandre. Du point de vue du mental inférieur, c’est une force qui permet à l’homme « l’ouverture de la conscience à gauche, du côté de l’intuition et de l’unité » qui oriente l’aspiration vers les hauteurs de l’esprit. Mais dans sa totalité et vu du surmental, ce fleuve, appelé Xanthe par les dieux, le fleuve « jaune doré », symbolise un courant de conscience énergie qui amène une progression de l’être intérieur vers une identité en nature et de puissance d’être avec le Suprême (Ξ).
Le chercheur choisit donc de poursuivre l’ascension jusqu’au point « qui lui est accessible en conscience » (le nom Batéia, femme de Dardanos, évoque le lieu « jusqu’où la conscience peut aller »). Pour cela, il établit les bases de sa quête sur ce qui mène vers les hauteurs de l’union (il établit sa cité sur les pentes de l’Ida). Il y a lieu de distinguer l’Ida crétois, lieu de naissance de Zeus, de l’Ida phrygien en Troade, bien que ces monts soient des symboles d’union en l’esprit : le premier figure la première manifestation du surmental en l’homme, le second l’achèvement de l’union en l’esprit avec le Divin.

Dardanos engendra Érichthonios « celui qui œuvre à une puissante incarnation », le socle de la libération. Un Ilos homonyme « la conscience libre » est aussi mentionné, mais il mourut sans descendance. L’Ilos le plus célèbre est le fils de Tros, et donc l’arrière-petit-fils de Dardanos.

Érichthonios

Érichthonios passait pour le plus riche des mortels.
Il comptait parmi ses richesses trois mille juments fières de leurs pouliches bondissantes dont s’éprit Borée, le vent du Nord, tandis qu’elles paissaient. Prenant l’apparence d’un étalon à crinière bleue, il engendra douze pouliches qui couraient sur les épis sans les courber et bondissaient sur le large dos de la mer en se jouant des brisants.
Érichthonios eut un fils, Tros.

Érichthonios « celui qui va profondément sous terre (dans l’inconscient) » représente le travail dans l’inconscient vital corporel, descente permise par l’accès plus ou moins stabilisé au mental illuminé. Le chercheur a alors développé de nombreux pouvoirs dans le domaine de la force vitale car Érichthonios « était le plus opulent de tous les hommes et possédait trois mille juments avec leurs poulains » », symboles de très nombreux « pouvoirs ».
Le cheval tient une place importante chez les Troyens qui lui vouent un certain culte, au point de faire pénétrer en leur cité son effigie, le cheval de Troie. Son symbolisme dont on a déjà vu plusieurs exemples (avec les Centaures, les juments de Diomède, etc.) est lié de manière générale au pouvoir, à la force et souvent plus précisément à la force vitale.

Cette puissante capacité d’incarnation (ou d’individuation) est celle qui génère le plus de réalisations et produit le plus de pouvoirs (Érichthonios est le plus riche des mortels et possède trois mille juments).
Un travail de maîtrise appliqué sur ces potentiels vitaux a permis de révéler de grands pouvoirs « habiles » et « légers » qui ne perturbent pas la croissance du yoga ni ne sont altérés par les remous ou les nœuds du vital (les pouliches bondissantes engendrées par Borée ne courbent pas les épis et se jouent des brisants). Borée est le vent du Nord, symbole de l’ascèse yoguique. Sri Aurobindo nous dit que si les pouvoirs ne doivent pas être recherchés, le chercheur ne doit non plus les refuser systématiquement lorsqu’ils se manifestent.

Ce haut niveau de réalisation est possible par une ascèse prenant son inspiration dans les hauteurs du mental (Borée a pris la forme d’un étalon à crinière bleue). La crinière bleue de l’étalon exprime le pouvoir du surmental.
Contrairement aux analyses courantes, nous distinguerons les chevaux d’Érichthonios de ceux que Zeus donna à Tros en échange de Ganymède (voir ci-dessous).

Tros et ses fils Ilos, Ganymède et Assarakos

Érichthonios, uni à Astyoché, fille du dieu-fleuve Simois, eut un fils, Tros.
Celui-ci engendra à son tour trois fils « parfaits » (selon Homère) : Ilos, Assarakos et
Ganymède.

Érichthonios « celui qui va profondément sous terre (dans l’inconscient) » s’unit à Astyoché « la concentration des capacités de l’être » qui lui donna un fils, Tros.
Le chercheur avance sur le chemin de « l’incarnation » ou « l’individuation » par le « rassemblement de son être » et développe « un juste mouvement sur le plan de l’esprit », si l’on peut ainsi comprendre le nom Tros avec les lettres structurantes ΤΡ). Le nom Tros rappelle celui d’Atrée « la volonté transformatrice » dans la lignée des adversaires achéens. Il comporte la même structure à