LA LIGNÉE DE L’ASOPOS : ACHILLE

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La lignée de l’Asopos illustre la purification des couches profondes du vital effectuée successivement par Éaque, Pélée et Achille. Les autres lignées majeures impliquées dans la guerre de Troie comprennent : la lignée de Tantale, la lignée royale troyenne, la lignée de Sparte, la lignée de Maia et la lignée de Déion.

Pélée luttant avec Thétis qui prend la forme du feu puis d'un gros chat, en présence de Chiron et d'une Néréide

Pélée luttant avec Thétis qui prend la forme du feu puis d’un gros chat, en présence de Chiron et d’une Néréide – Staatliche Antikensammlungen

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Voir Arbre généalogique 25

Bien que cela ne soit pas précisé, nous pouvons suivre Apollodore qui fait du dieu-fleuve Asopos un fils d’Océanos, comme tous les autres fleuves, symboles des courants de conscience-énergie qui travaillent à l’évolution.
Le nom Asopos, comme celui de sa femme Métope, est en rapport avec « la vision » (Οψ). Il signifierait « le marécageux » ou « celui qui voit la boue ». On pourrait alors y voir le travail de yoga qui plonge dans les bourbiers du subconscient et de l’inconscient.
Nous avons déjà rencontré quelques-unes des vingt filles de l’Asopos, qui chacune représente un mouvement important du yoga.
– Antiope « un renversement de conscience » qui marque l’entrée dans le processus de purification. Selon Homère, elle eut de Zeus deux fils, Amphion et Zéthos, les fondateurs de Thèbes, la ville où s’incarne le processus de purification/libération. (Toutefois, nous avons aussi considéré lors de l’étude de ces deux héros une autre filiation par Nyctéus.)
– Thébé « le processus d’incarnation de la conscience intérieure » : elle s’unit à Zeus et donna son nom à la ville éponyme.
– Ismène « la volonté personnelle » qui s’unit à Argos « le lumineux », symbole du chercheur de vérité.
– Harpina « une forte évolution des renversements d’équilibre » : elle s’unit au dieu Arès et lui donna Oinomaos « celui qui désire vivement l’ivresse divine », le père d’Hippodamie « la maîtrise des énergies (vitales) ». (Nous avons vu qu’il existait d’autres filiations pour Oinomaos.)
– Salamis « un élan vers la consécration » : elle s’unit à Poséidon, le dieu qui régit le subconscient, et lui donna Cychreus « l’ouverture de la conscience au juste mouvement de l’accomplissement » qui fut le père de Chariclo « une joie célèbre ». Celle-ci s’unit au grand guérisseur Chiron « celui qui manie les énergies de façon juste (à travers les mains) » à qui furent confiés nombre de grands héros dans leur jeunesse, dont Achille.
– Et la plus importante, Égine « le besoin d’évolution » : Zeus l’enleva pour la conduire à Oinoné « la structure pour l’évolution de la joie (le cellier) ». Ce fut Sisyphe « l’intellect » qui révéla à l’Asopos le coupable du rapt. Le dieu-fleuve voulait empêcher l’union de Zeus avec sa fille mais ce dernier, avec sa foudre, le découragea de le poursuivre.
Cet enlèvement perpétré contre la volonté du père montre une réticence du chercheur qui « voit le marécage humain profond » à s’engager plus avant dans cette voie de descente (refus que Zeus s’unisse à Égine). L’intellect apporte son soutien à ce refus (Sisyphe dénonce Zeus à l’Asopos).
Cet enlèvement laisse donc entendre un changement de direction dans le yoga : le supraconscient apporte son soutien au « besoin d’évolution » pour le conduire vers « une structure pour l’évolution de la joie ».

Avant de poursuivre avec l’histoire d’Éaque, fils d’Égine et de Zeus, il nous faut évoquer l’union d’Égine avec Actor (Aktor) « le guide » ou « le juste mouvement d’ouverture de la conscience vers l’esprit ».
Celui-ci est soit un fils de Déion « l’union en conscience » (le dernier fils d’Éole que nous avons étudié), soit un fils de Myrmidon « une fourmi » et de Pisidicé « celle qui cherche la juste manière d’agir » : il représente donc la volonté de trouver le juste dans les mouvements insignifiants du quotidien (au niveau de la fourmi).
D’Actor et d’Égine naquit Ménoitios « celui qui se maintient dans l’esprit » qui engendra lui-même Patrocle « les ancêtres glorieux », soit les réalisations passées auxquelles le chercheur s’accroche pour ne pas poursuivre le yoga au-delà de la libération en l’esprit. Le renversement eut lieu durant la guerre de Troie quand Patrocle fut tué par Hector, lorsque le chercheur cesse de se « maintenir dans l’esprit » et surtout, cesse de « s’accrocher aux réalisations du passé ».

Éaque

Éaque « l’ouverture de la conscience » est un fils de Zeus et d’Égine, et donc incarne une nouvelle impulsion donnée par le supraconscient au « besoin d’évolution ». Si l’on considère que le nom Éaque est formé à partir de Αια qui est une autre forme du nom Gaia « la Terre » (la matière ou le corps), ce nom exprimerait alors « une ouverture de la conscience corporelle ».
Son seul nom évoquerait alors un retournement majeur dans le yoga qui ne considérait pas jusque-là comme possible la transformation corporelle. Toutefois, le renversement définitif ne peut encore se produire car la libération mentale et vitale n’est pas totalement accomplie (étape marquée par les morts d’Hector et d’Achille).

Selon un scholie de Pindare, arrivé à l’âge adulte, Éaque se retrouva seul sur une île et en fut affligé. Zeus transforma alors toutes les fourmis en hommes et femmes, créant le peuple des Myrmidons : cette histoire indiquerait une nouvelle attention portée aux infimes mouvements de la conscience sous l’impulsion du supraconscient.

Éaque était « le plus pieux de tous les Grecs », et aussi « le meilleur au combat comme au conseil ». Pindare ajoute qu’il rendait des jugements lors des disputes entre les dieux. Certains auteurs tardifs affirment même qu’il siégeait dans l’Hadès aux côtés de Minos et Rhadamanthe.
Éaque symbolise donc le chercheur le plus avancé dans les trois yogas, celui de la Dévotion (c’est le plus pieux), celui de la Connaissance (le meilleur au conseil) et celui des Œuvres (le meilleur au combat).
Pour Pindare, c’est même un chercheur installé dans le surmental, pouvant discerner en lui-même et régler les conflits de forces agissant dans le surmental (Éaque traite à égalité avec les dieux et arbitre leurs disputes). Rappelons en effet que le plan du surmental, bien que très élevé, participe encore de la dualité. Ce n’est pas encore le plan de l’Unité du supramental.

Éaque participa avec Apollon et Poséidon à la construction des murailles de Troie. Apollon, ayant vu trois serpents s’élancer vers le haut des murailles et l’échec des deux premiers à l’atteindre, prédit alors que la cité serait prise du côté construit par Éaque, et même par un de ses propres descendants :
Pindare nous dit que ni la lumière psychique, ni le travail sur le subconscient ne peuvent seuls opérer le renversement (la tentative manquée des deux premiers serpents). C’est le travail sur les trois voies de yoga en vue de l’ouverture à « une nouvelle conscience (corporelle) » qui provoque la réorientation du yoga (la cité sera prise du côté construit par Éaque).
Mais lorsqu’elle s’éveille, cette nouvelle conscience qui œuvre par la triple voie (le yoga intégral) commence par contribuer à établir une protection pour permettre la spiritualisation de la conscience. C’est cette protection qui cèdera la première par l’action d’un des propres descendants d’Éaque, c’est-à-dire également sous l’effet de ce triple yoga des Œuvres, de la Dévotion et de la Connaissance. Autrement dit, la consolidation de l’erreur troyenne par les premiers pas dans cette nouvelle ouverture de la conscience (corporelle) ne peut être évitée. Et c’est dans le corps et par le yoga intégral que se produira le renversement.

Éaque « une ouverture de la conscience (corporelle) » eut une première union avec Endéis « le feu intérieur », la fille de Chiron « la concentration de la conscience qui évolue de façon vraie » et de Chariclo « une joie célèbre ».
De cette union naquirent deux fils, Pélée « celui qui vit dans la boue (qui plonge dans les profondeurs de l’humain) » et Télamon « le résistant, l’endurant ».
Cette première union annonce une descente du chercheur dans la boue du subconscient et avertit qu’une grande endurance sera nécessaire pour effectuer ce nouveau yoga.

D’une seconde union avec Psamathé « le sable », fille du vieillard de la mer Nérée « l’évolution du mouvement vrai », Éaque engendra Phocos « le phoque ». Nérée est le symbole des tous premiers jaillissements de la vie qui émerge de la matière. Psamathé peut être assimilée à du « sable intérieur », c’est-à-dire à « une terre propre », des « mouvements vrais », à opposer à la boue dans laquelle plonge le chercheur (Pélée). Phocos « le phoque » symboliserait alors la capacité d’adaptation et de transformation, la souplesse, le juste travail de la conscience qui descend dans le vital pour la transformation en se jouant des difficultés.

Phocos suscita la jalousie de ses frères, soit parce qu’il était meilleur aux jeux, soit parce qu’il était le préféré d’Éaque. Aussi Pélée et Télamon (ou seulement l’un des deux), ourdirent-ils la mort de Phocos. À la suite de ce meurtre, ils furent bannis par leur père. Télamon se réfugia à Salamine et Pélée en Phtie à la cour d’Eurytion qui le purifia du meurtre.

Cette adaptabilité donne de meilleurs résultats dans le yoga que le travail des profondeurs ou même que l’endurance (Phocos est meilleur aux jeux que Pélée ou Télamon), et se positionne naturellement dans la continuité de la nouvelle ouverture de conscience (il est le préféré d’Éaque).
Mais le chercheur ne peut sans doute le comprendre, car cette adaptabilité dans la légèreté, bien qu’elle fasse ses preuves, ne peut encore être admise par le chercheur encore accroché à ses vieux schémas de yoga (Pélée et Télamon sont jaloux). Les réalisations qui jailliront plus tard de cette exigence de « souplesse », incarnées par la descendance de Phocos, n’ont pas encore leur place puisque la guerre de Troie n’a pas eu lieu. C’est pourquoi Pélée fut purifié du meurtre.
(Pindare toutefois ne semble pas cautionner cette hypothèse car il dit ne pas pouvoir justifier le crime.)

Phocos et ses fils

Avec les enfants de Phocos, nous anticipons très largement sur les derniers développements du yoga. Toutefois, il nous faut en dire un mot ici car nous ne reviendrons pas sur cette lignée. En effet, la descendance de Phocos exprime l’une des plus grandes (re)découvertes effectuées par Mère dans son yoga, la puissance du mantra pour insuffler une nouve