Auteur : damien

Jason et la toison d’or

Ce chapitre, reproduit ici dans son intégralité (hormis les notes de bas de page), est le troisième du Tome 2.

LA CONQUÊTE DE LA TOISON D’OR

 

L’ILLUMINATION
OU
L’EXPÉRIENCE D’UNE « DESCENTE » DES PLANS SUPÉRIEURS

 

Un âge de la Vérité, le Satya Youga des Indiens, ou, plutôt, un âge de l’intuition a précédé l’histoire de notre humanité mentale. Notre enfance au monde, si l’on en juge par les bribes de tradition, fut saisie d’une illumination, comme l’est parfois notre brève enfance humaine avant que la raison ne piétine nos rêves, ou comme l’est le chercheur de vérité quand, soudain, au début de sa quête, le voile se déchire un instant, dans un éblouissement, pour lui dire : « Voilà où tu vas. » Puis tout se referme et nous sommes laissés au lent piétinement des années, ou des siècles, pour redécouvrir, longtemps plus tard, une vérité d’enfant.

                                                                                                                                                          Satprem

 

 

Si le mythe de la Toison d’Or a été placé par les Anciens dans la descendance de Japet, et plus précisément dans celle d’Éole, c’est que l’expérience qui couronne la progression relève plus particulièrement de l’ascension des plans de conscience et non de la voie de purification-libération dans la descendance d’Océanos, même si l’être psychique peut également se manifester d’une manière ou d’une autre.
Autrement dit, c’est une expérience qui résulte davantage d’un perfectionnement, d’une purification et d’un élargissement de la conscience mentale, que d’un vrai travail de purification-libération du vital, même si les deux voies ne peuvent jamais être totalement dissociées.

Tel qu’il a été rapporté par Apollonios de Rhodes, le mythe de Jason et des Argonautes retrace le parcours du chercheur depuis son entrée effective sur le chemin jusqu’à l’expérience majeure d’une « descente » spirituelle de force et de connaissance depuis le plan du surmental. Cette descente « illumine » d’abord le mental puis descend éventuellement dans les centres en dessous, créant une certaine ouverture psychique au niveau du cœur. En effet, la lumière agit d’abord dans le mental – car le mental supérieur reçoit plus rapidement ce qui descend – bien que ce soit le cœur qui reconnaisse toujours le premier l’essence divine. C’est pourquoi Hermès figure parmi les ascendants de Jason (c’est une descente du surmental) et ce pourquoi on peut considérer la lignée de Créthée comme appartenant au plan du mental supérieur.
En général, à notre connaissance, cette première expérience ne dure pas au-delà de quelques jours ou quelques semaines. Elle constitue seulement une déchirure temporaire du voile dans le mental. C’est la raison pour laquelle Médée se sépara de Jason au retour de la quête, détruisant même les fruits de leur union (elle tuera ses enfants avant de retourner en Colchide). En effet, seules les « réalisations » sont définitives.

Cependant, ce serait une erreur de considérer que cette expérience d’illumination constitue un passage obligé au début du chemin, ni même qu’elle soit la première à surgir, même si c’est la plus répandue dans une civilisation qui met le mental en avant. Beaucoup d’autres chercheurs expérimentent en premier une ouverture psychique ou l’une des innombrables expériences dont Sri Aurobindo parle abondamment dans les Lettres sur le Yoga.

 

Même si les Anciens n’ignoraient pas l’impérative nécessité de la purification-libération, puisqu’ils célébrèrent en tout premier lieu les travaux d’Héraclès, la quête de la Toison d’Or semble avoir pris une importance croissante au cours du temps.
En effet, la voie de la purification-libération se heurtant à des impossibilités majeures de transformation, cette expérience fut mise en avant comme un premier pas vers l’expérience d’union dans le Soi ou vers « l’éveil », et considérée comme primordiale, du moins tant que la voie dionysiaque de l’extase mystique ne s’imposa pas à sa place dans nombre d’écoles initiatiques.
A notre époque, si beaucoup d’écoles continuent à rechercher cette union avec le Soi, Sri Aurobindo pour sa part insiste surtout sur la « psychisation » de l’être comme premier mouvement, qui doit accompagner la spiritualisation du mental, afin de permettre ultimement le travail de la Force du Suprême pour la transformation de l’être extérieur. Cette progression permet en effet d’éviter bien des pièges.
De plus, son but étant la divinisation de la nature pour l’humanité entière, il voulait ainsi éviter que se reproduise les vieilles erreurs du passé qui se contentent d’une libération individuelle en l’Esprit sans rien changer à la nature extérieure du chercheur ni au reste de l’humanité.

Satprem, à la suite de Sri Aurobindo, dans son livre La Genèse du Surhomme, semble même indiquer qu’à partir d’un certain niveau de progression dans l’ascension des plans de conscience, le chercheur doit renoncer à poursuivre plus avant dans cette voie pour procéder à une purification-libération approfondie de sa nature. Pour lui, à un certain moment, le chercheur doit choisir entre la voie de l’ascension dans laquelle il peut explorer les plans supérieurs du mental « qui sont comme la source pure de tout ce qui se passe ici dans la déformation » et la voie de libération de la Nature. Il nous dit que la première voie est si tentante que tous les sages du passé ou les esprits avancés d’aujourd’hui l’empruntent, mais qu’arrivés là-haut, on ne peut que s’apercevoir que les moyens de là-haut n’ont guère de pouvoir ici. C’est, dit-il, l’éternelle histoire de l’Idéal et des réalités. Pour lui, il ne s’agit pas de rejeter tous les encombrements pour s’échapper vers le haut, mais d’une méthode globale qui serait davantage une descente ou plutôt un dévoilement de la Vérité partout contenue, jusque dans les cellules de notre corps.

Même si l’on admet que cette expérience de la descente d’éclairs de vérité issus du surmental n’est que l’une des formes possibles, il nous faut encore être très prudents avant de considérer le récit qu’en a fait Apollonios de Rhodes comme la seule démarche vers elle.
En effet, autant la description du chemin théorique est relativement aisée lorsqu’il s’agit d’en illustrer les buts principaux (par exemple dans la voie de psychisation de l’être, l’abandon du désir et de l’ego, la lutte contre l’illusion et les peurs, l’élargissement de la conscience, etc.), autant le problème se complique lorsqu’il s’agit des expériences, car il est alors nécessaire de distinguer le général du particulier.
Il est ainsi impératif de déterminer dans quelle mesure les expériences vécues sur le plan individuel sont un passage obligé pour tous, si elles sont propres à une voie particulière ou à un type d’individu, se produisent toujours dans le même ordre et font partie d’un processus répétitif ou en marquent la fin.
Si la connaissance préalable de certaines étapes peut éventuellement aider le chercheur, elles doivent être parfaitement définies, universelles, et les processus évolutifs qui y conduisent clairement identifiés. Leur exposé ne doit pas conduire le chercheur à s’inquiéter de n’avoir pas vécu telle ou telle expérience, ni à dresser une hiérarchie dans la progression, tombant ainsi dans le piège classique de la course aux grades spirituels. Ce fut sans doute ce qui motiva en grande partie l’interdiction absolue de toute divulgation, même partielle, du sens profond des mythes.
En tout état de cause, les initiés ont toujours recommandé aux chercheurs de ne partager leurs expériences qu’avec leurs guides, ou du moins avec la plus grande prudence pour éviter la trop rapide dissipation de l’énergie et la perte de nombre de leurs bénéfices.

De nombreux récits du mythe de la Toison d’Or semblent avoir existé mais une seule version grecque complète nous est parvenue, celle d’Apollonios de Rhodes qui date de l’époque hellénistique, vers le IIIe siècle avant J.-C. C’est elle qui servira de base à notre étude.
Il existe une autre version d’un auteur latin du premier siècle après J.-C., Caius Valerius Flaccus, largement inspirée d’Apollonios.

Chaque chercheur pourrait donc faire un récit de « sa » quête. La progression que nous allons examiner à travers ce texte commence dès les préliminaires du chemin.
L’expérience de l’illumination proprement dite n’intervient qu’à la fin du récit. Comme c’est une descente des plans de l’Esprit, celui-ci choisit son heure, mais il semblerait que le chercheur soit averti quelque temps à l’avance que quelque chose d’exceptionnel va se produire.
Elle peut donc survenir au milieu de la vie courante, sans aucune condition particulière, mais les conditions extérieures « s’organisent » pour que le chercheur puisse la vivre pleinement.
Pour les chercheurs qui n’ont pas assez travaillé la purification de leur être, la puissance de la force qui descend produit aussi le plus souvent des manifestations d’exubérance difficilement maîtrisables dues à l’irruption de cette force dans un vital non purifié.

Signalons enfin que ce mythe est étudié ici sur la base des expériences intérieures mais qu’il peut pour chacun être illustré avec des confrontations extérieures tant il est vrai, comme le dit Satprem, que : « Toutes les routes du dehors sont comme doublées d’une route intérieure, et les obstacles, les ombres, les accidents que nous n’avons pas surmontés sur la route du dedans reviennent à nous sur la route du dehors, mais une route infiniment plus dure, plus longue, plus impitoyable parce qu’elle avale toute une vie pour une seule petite expérience qui nous fait dire un jour : Ah ! C’est tout ! ».

Présentation des trois tomes

L’interprétation donnée dans les livres présentés ici couvre la totalité des mythes grecs tels qu’ils figurent dans les ouvrages généraux dont principalement :
– Le travail remarquable de Timothy Gantz, Mythes de la Grèce archaïque, Ed. Belin 2004.
The Routledge Handbook of Greek Mythology, de Robin Hard, Editions Routledge 2004.

Dans la mesure où cette mythologie expose les différentes voies du cheminement spirituel, les sources les plus fiables sont à la fois celles qui sont les plus anciennes – même si nous n’avons souvent accès qu’à des compilations tardives – et celles qui émanent d’initiés. De manière générale, nous avons pu constater que ces derniers se sont exprimés sous une forme poétique plus à même d’exprimer des vérités d’ordre supérieur au mental et parfois reçues directement par « inspiration ».

En dehors des poètes les plus connus tels Homère et Hésiode, nous nous sommes donc fondés sur les textes, fragments ou scholies de Pindare, Bacchylide, Phérécyde et Stésichore.

Les Argonautiques d’Apollonios de Rhodes servirent de base au décryptage du mythe de Jason bien que cet auteur ne nous paraisse pas compter parmi les « grands initiés », n’ayant parcouru qu’une partie du chemin. Ce texte est en effet le seul qui illustre de façon détaillée la quête des Argonautes, laquelle concerne les débuts du chemin jusqu’à la première grande expérience spirituelle.

Les auteurs tragiques ont été considérés avec beaucoup de prudence. Car pour étayer leur dramaturgie, ils ont humanisé les grands héros, introduisant des variantes étrangères au sens profond des mythes. Par jeu, nécessité de secret ou pour donner à leurs œuvres théâtrales une valeur d’édification morale, ils présentèrent certaines histoires à l’inverse de ce qu’un initié devait comprendre.
Eschyle, par exemple, glorifie les défenseurs de Thèbes pour montrer combien il était criminel de se retourner contre sa propre cité. Or le chercheur doit entendre à l’inverse que ce sont les attaquants qui sont dans le juste, le mythe traitant de la purification des centres d’énergie et du rétablissement d’une harmonie intérieure. Cela est illustré par la tentative avortée des Sept contre Thèbes puis par le succès de leurs fils, les Épigones, une génération plus tard.

Les œuvres des mythologues sont incontournables pour pallier au manque de sources. Toutefois, elles doivent être considérées avec prudence et corrélées avec celles d’autres auteurs. Parmi elles, la Bibliothèque d’Apollodore est d’un grand intérêt dans la mesure où l’auteur, bien qu’appartenant à une période tardive, semble avoir approché suffisamment le sens profond des mythes pour écarter les versions douteuses.

Nous avons parfois puisé chez les historiens, tels Pausanias ou Diodore, des indications complémentaires utiles.

Pour ce qui concerne la reconstitution des généalogies, le Catalogue des Femmes d’Hésiode a été considéré comme la source la plus fiable.

Un certain nombre de sites web, tels theoi.com, remacle.org, mythindex.com, etc. nous ont également fourni des compilations précieuses.

Table des matières

TABLE DES MATIÈRES

 

TOME 1

 

Prologue

                                                                       

Chapitre 1 : LES CLEFS DU DÉCRYPTAGE   

                        

                   Les lettres symboles                                                     

                   L’élaboration de l’alphabet grec

                           Les lettres de l’alphabet

                   Le décryptage des noms propres                                 

                   Les symboles élémentaires                                          

                   La structure des arbres généalogiques                        

                   La chronologie                                                              

                   Les sources

 

CHAPITRE 2 : LES DIEUX DE L’OLYMPE   

                             

                   Zeus                                                                              

                   Héra                                                                              

                   Arès                                                                               

                   Héphaïstos                                                                    

                   Hestia

                   Déméter

                   Poséidon                                                                       

                   Apollon                                                                          

                   Artémis                                                                         

                   Athéna                                                                          

                   Aphrodite                                                                      

                   Hermès                                                                         

                   L’organisation en couples des douze dieux 

 

                

CHAPITRE 3 : LA GENÈSE ET LA CROISSANCE DE LA VIE

                 LA MONTÉE EN PUISSANCE DE ZEUS

                      

                  

                   Les enfants de Chaos                                                   

                            Les enfants de Nuit                                                  

                   Les enfants de Gaia                                                      

                   Les enfants de Pontos ou l’évolution de la Vie            

                              –   Nérée, le vieillard de la mer                                

                              –   Thaumas et ses enfants : Iris et les Harpies         

                              –   Phorcys et Céto et leurs enfants : les Grées,

                              les Gorgones, Échidna, etc.                                    

            –    Eurybié                                                            

                   Le règne des Titans et la montée en puissance de Zeus      

           –    Symbolisme des Titans                                      

           –    Naissance et montée en puissance de Zeus                    

                   Les enfants de Typhon et d’Échidna :                                                          

                            – Orthros, Cerbère, l’Hydre de Lerne et la Chimère                                    

                   Le règne de Zeus                                                          

                   Prométhée et Épiméthée                                             

      –      La chute                                                          

      –      Le châtiment de Prométhée                               

      –      Deucalion et Pyrrha, le mythe du déluge             

                   Les cinq races de l’humanité

 

                  

CHAPITRE 4 : LA STRUCTURE DE LA MYTHOLOGIE

                  LES TITANS ET LEUR DESCENDANCE

                     

                   Hypérion-Théia                                                             

     –      Hélios et son fils Phaéthon                                

     –      Séléné                                                             

     –      Éos                                                                 

                   Coéos-Phoebé                                                              

                   Crios-Eurybié                                                                

     –      Astraéos-Éos

  •      les vents (Borée, Notos, Eurus et Zéphyr) et Éosphoros                         

     –      Pallas-Styx                                                      

     –      Persès-Astéria, et leur fille Hécate                      

     –      Thémis                                                            

                   Japet-Clymène                                                             

     –      Atlas, les Hyades et les Pléiades

  •       les sept plans de la conscience mentale                   

     –      Les Deucalionides : les enfants d’Hellen

et ceux de Protogénie                                       

                   Cronos-Rhéa                                                                 

     –      Hadès                                                             

     –      Tityos, Tantale et Sisyphe                                 

                   Océanos-Téthys                                                            

     –      Les Océanides                                                  

     –      Les dieux-fleuves 

         

Tome 3

Le troisième tome traite des étapes les plus avancées du yoga qui conduiront le chercheur jusqu’au grand retournement de la guerre de Troie qui initie le travail dans les profondeurs du vital et du corps.

Plusieurs grandes aventures héroïques marquent la période qui précède :

La guerre des Lapithes contre les Centaures qui aide le chercheur à débusquer en lui des attitudes erronées bien dissimulées sous des apparences trompeuses, parmi lesquelles la déviance du Lapithe Ixion « l’orgueil spirituel » qui peut encore se manifester loin sur le chemin.

La chasse au sanglier de Calydon à laquelle participèrent tous les plus grands héros :
« Artémis envoya un gigantesque sanglier solitaire, sauvage et aux blanches défenses qui venait chaque jour ravager le verger d’Oineus. Méléagre prit le commandement d’une troupe de héros pour le pourchasser« .
Et pour la première fois dans les mythes, une femme fit partie de la troupe des chasseurs-guerriers, Atalante « l’égalité », secondant Méléagre « celui qui travaille à l’exactitude ». C’est en effet à ce travail « d’égalité » ou « d’équanimité » qu’est désormais appelé le chercheur afin de parvenir au « détachement » représenté par la sœur de Méléagre, Déjanire « celle qui tue l’attachement ».

Les guerres de Thèbes : celle des Sept qui vit les enfants d’Œdipe s’entretuer, puis celle des Épigones qui marque l’accomplissement du travail de purification de tous les centres ou chakras.
Avant même que ne commencent ces deux guerres, le chercheur doit s’être délivré d’une terrible erreur, celle de la fausse sagesse : en effet, lors de son arrivée aux portes de la ville, Œdipe dut vaincre Phix ou la Sphinge« l’arrêt de la pénétration de la conscience dans l’être », symbole d’un simulacre de sagesse. Cette Sphinge était la fille qu’Orthros « le mensonge » engendra avec sa propre mère Échidna « l’arrêt de l’évolution dans l’union ».

 

Puis sont examinées plusieurs lignées parmi lesquelles celles des héros qui interviennent dans la guerre de Troie :

– La lignée de Tantale qui marque l’évolution de « l’aspiration » et où figurent Agamemnon et Ménélas, les moteurs de la guerre.

– La lignée royale troyenne dans la descendance de la Pléiade Électre, symbole du plan du mental illuminé.

– La lignée royale de Spartes concernant « ce qui est ensemencé » dans laquelle prend place l’enjeu de la guerre, Hélène « la direction évolutive la plus vraie ».

– Celle du fleuve Asopos avec son illustre descendant Achille « celui qui travaille à parachever la double libération du mental et du vital » qui consacrent les états de sagesse et de sainteté ». Comme roi des Myrmidons « les fourmis », il s’occupe des infimes mouvements de la conscience, seule direction du yoga qui permettra la victoire finale des Achéens.

L’auteur nous livre alors une interprétation détaillée des deux grands mythes de l’antiquité grecque :

L’Iliade ou la grève d’Achille, qui explique que la libération en l’esprit n’est pas l’accomplissement ultime et que le chercheur doit désormais chercher non plus une libération individuelle, mais celle de l’humanité entière qui passe par le plus difficile des yogas, celui du corps.

L’Odyssée qui expose les étapes les plus avancées connues aux temps des anciens grecs où l’on s’aperçoit que le travail spirituel se développe selon un mouvement spiralé dans lequel le chercheur retrouve, sur des niveaux toujours plus profonds, ce qu’il a déjà rencontré dans le mental et dans le vital. Ce qui explique l’apparente similitude de bien des exploits de Jason et d’Ulysse.

Enfin, l’Odyssée, qui est un mythe relatant les « expériences », est mise en rapport avec les derniers exploits d’Héraclès, les « praxeis » ou « actes libres » qui parachèvent les douze travaux ou « athloi », ouvrant les voies du futur.

Tome 2

Après avoir exposé dans le premier tome les clefs de décryptage et la structure générale de la mythologie, l’auteur présente en introduction à ce deuxième tome la structure de la conscience. Celle-ci n’est ni arbitraire ni imaginaire mais résulte de l’expérience de nombreux mystiques de tous les temps.
En effet, sa connaissance constitue une base indispensable pour rapprocher les mythes des différentes catégories d’expériences et de réalisations.

Une ignorance de cette structure et des voies qui en découlent peuvent conduire à s’égarer sur des voies de garage ou à prendre des expériences modestes pour des réalisations ultimes, si tant est que de tels errements ne soient pas aussi une nécessité pour l’évolution de ceux qui les vivent.
Car tous ces plans ne sont pas seulement des expériences subjectives mais bien des domaines de la conscience peuplés d’êtres, d’entités et de hiérarchies qui évoluent selon leurs lois et leurs rythmes propres.
Dans cette introduction, sont précisées des notions telles que l’ego, le Soi, l’être psychique, le conscient, le subconscient, l’inconscient, le nescient et le supraconscient, ainsi que la différence entre les expériences et les réalisations.

 » Le Soi est la partie individualisée du Divin et pourtant impersonnelle (sans conscience d’ego) qui d’au-dessus soutient l’être individuel en étroite liaison avec son délégué dans l’incarnation, l’âme, qui développe autour d’elle l’être psychique. (…)
L’ego – ou plutôt conscience d’ego car il s’agit d’une déformation de la conscience – est une représentation erronée de nous-mêmes à laquelle nous accordons à tort une certaine unité et cohérence.
Il résulte de la perception, du sentiment et même de la sensation de nous-mêmes comme d’un être séparé, distinct des autres êtres et du reste du monde, auquel nous nous identifions. Il imprègne non seulement le mental mais aussi le vital et le corps.
D’où une identification avec nos habitudes, nos modes de pensée usuels, et de manière générale, tout ce qui nous donne le sentiment d’une permanence. Cette conscience, se percevant non seulement comme un centre séparé, mais aussi comme « le » centre, ramène tout à elle-même. Elle se projette constamment à l’extérieur pour situer le « moi » par rapport au « non-moi ». Ou encore, elle nous projette dans une fausse image de nous-mêmes.
En fait, il faut distinguer entre le mouvement juste et sa déformation. Car l’ego est la déformation d’une volonté juste d’existence séparée tout comme le désir est une déformation d’une volonté juste de posséder. Mais cette volonté séparatrice aurait dû rester dans le cadre de la subordination à l’Absolu et non assumer cette séparation de son propre droit. »

Nous pénétrons alors sur le sentier spirituel avec l’exposé des mythes qui permettent d’avoir une claire vision, si ce n’est des buts, du moins de la nécessaire progression dans les plans de conscience et du processus de purification qui conduit vers « l’exactitude » et la « libération ».
Ainsi, le développement du mental logique qui, selon le mythe de Sisyphe, ne cesse d’échafauder laborieusement des hypothèses qui aussitôt s’effondrent, permet aussi de vaincre l’illusion : la Chimère que tuera le fils de Sisyphe, Bellérophon. Le mythe de Sisyphe, personnage qui incarne la loi de l’effort, montre aussi que l’effort n’est plus opératif dans les derniers stades du yoga, ceux qui abordent la conscience cellulaire.

Tome 1

 

Le premier tome de cette interprétation de la mythologie grecque concerne essentiellement les clefs utilisées par les anciens pour que le sens réel des mythes ne soit accessible qu’aux seuls initiés. Parmi ces clefs, une attention particulière est apportée aux lettres-symboles ainsi qu’aux arbres généalogiques qui structurent l’ensemble des mythes.
Deux autres chapitres complètent ce premier ouvrage, l’un consacré aux dieux de l’Olympe, principales puissances spirituelles qui soutiennent la phase actuelle de l’évolution humaine, et l’autre à la genèse du monde et aux phases d’évolution pré-mentales.

Les clefs de l’interprétation

Cinq méthodes de cryptage ont été mises au jour :

La première utilise les contenus symboliques des lettres de l’alphabet qui permettent la formation de noms propres dont le sens découle en partie de l’arrangement des lettres employées. Le plus souvent, ces noms (dieux, héros, personnages, lieux…), sont constitués d’une association de lettres signifiantes et de mots du langage courant pour former un rébus symbolique. Chaque lettre exprime, en accord avec son graphisme, une idée ou un archétype fondamental. Ainsi, le thêta Θ représentant « ce qui est à l’intérieur » et le N « l’évolution selon la nature », la déesse Athéna exprime « la puissance spirituelle qui, dans l’homme, soutient la croissance de l’être intérieur » ou encore « le maître intérieur ».
Il y a tout lieu de penser que cette méthode de cryptage était déjà employée par les Égyptiens. Les Grecs, évoquant les signes égyptiens, les appelaient « Ta hiera grammata », les lettres sacrées, ou « Ta hiera glyphica », les hiéroglyphes, expression qui signifie « les (lettres) sacrées gravées ». Pourquoi « sacrées », si ce n’est qu’elles manifestaient, par leur tracé, un contenu symbolique révélateur des « choses sacrées ». Les Égyptiens eux-mêmes s’y référaient comme à « l’écriture des mots divins ».
Par une extension de la signification des lettres à celle des racines, et par une juste compréhension de la méthode de « rébus » utilisée, il est alors possible de définir précisément le sens de chaque nom propre.

La seconde méthode est liée aux sens véhiculés par les symboles élémentaires – images, nombres, etc. – sens, souvent multiples, que tentent d’approcher les « dictionnaires des symboles ». Toutefois, la prudence est de mise avec les indications données dans ces ouvrages, car les Grecs ont parfois repris des significations anciennes qui nous sont totalement étrangères. Ils ont par exemple emprunté aux Védas l’image de la vache comme symbole de la « lumière de Vérité », et non de la « Terre nourricière » ou de l’ « abondance » comme l’indiquent ces dictionnaires. Les troupeaux du soleil, Hélios, sont donc les « éclairs de Vérité » perçus par l’âme du chercheur tout autant que ses « réalisations ».
Cette catégorie comprend également les nombres comme symboles fondamentaux.

La troisième méthode est relative à une structure propre à la mythologie grecque, du moins dans l’usage étendu qui en a été fait, car elle était déjà en germe dans les mythologies d’Égypte et du Moyen Orient : les arbres généalogiques. Ils fournissent des symboles à ramifications multiples et permettent de jouer, par les filiations et les unions, avec quantité de notions telles que la progression spirituelle, la théorie et la pratique, la succession des plans de conscience, l’histoire de la spiritualité, les étapes du chemin et les conditions requises pour s’y engager.
La connaissance de deux ou trois cents personnages (sur les quelques trois mille répertoriés) permet alors de se repérer facilement dans la progression spirituelle.

La quatrième méthode concerne les histoires elles-mêmes, assemblages cohérents de symboles élémentaires et de récits contenant les enseignements ou décrivant les expériences de façon allégorique.
À supposer que les symboles simples aient été déchiffrés sans erreur, la première difficulté est de situer l’histoire dans la progression spirituelle. La réponse est donnée le plus souvent dans les mythes eux-mêmes par l’indication d’un nombre de générations ou d’années « avant » ou « après » les grands repères tels que la Guerre de Troie, la quête de la Toison d’or ou encore la pérégrination des peuples ou des héros au travers de provinces et territoires réels ou imaginaires. D’autres indices plus ponctuels, tels que des parentés éloignées ou encore l’âge des héros, permettent de préciser la chronologie. Thésée, par exemple, avait plus de cinquante ans lors du rapt d’Hélène, et celle-ci était encore nubile.

La cinquième et dernière méthode est relative à un symbole unique, à la fois simple dans son graphisme mais très complexe dans son interprétation : le Caducée d’Hermès. Il contient à lui seul une connaissance ésotérique très vaste concernant les plans de conscience et leurs interactions, la circulation des énergies, etc. Mieux connu sous sa forme dynamique où il est représenté par deux serpents enroulés autour d’un bâton, il a été transcrit sous sa forme statique, dans la tradition cabalistique hébraïque, par le symbole de l’ « Arbre des Sephiroth » dénommé aussi « Arbre de Vie ».

La structure de la mythologie se présente donc selon une arborescence organisée non pas depuis les dieux, mais à partir des couples de Titans. Parmi ceux-ci, deux couples sont à l’origine des grandes lignées dans lesquelles se déroulent la plupart des grands mythes.